Mauvaise qualité de service : le Nigeria renforce la pression sur les opérateurs télécoms
jeudi 29 janvier 2026
Le Nigeria, plus grand marché des télécommunications d’Afrique avec environ 177,4 millions d’abonnés à la téléphonie mobile répartis entre MTN, Airtel, Globacom et T2, est confronté à une dégradation chronique de la qualité des services télécoms.
La Commission nigériane des communications (NCC) envisage d’imposer aux opérateurs télécoms des pénalités totalisant environ 12,4 milliards de nairas (près de 8,9 millions USD) pour des manquements aux normes de qualité de service, selon la presse locale. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de durcissement de la régulation face aux défaillances persistantes des réseaux.
« La Commission est en train de mettre à jour le Règlement sur les procédures d’application afin de garantir que les sanctions et pénalités conservent leur effet dissuasif », a indiqué la NCC à TechCabal. Le régulateur précise que cette révision intègre également de nouvelles infractions liées aux communications, non couvertes par la loi nigériane sur les communications de 2003 ni par ses textes d’application. Cité par Business Day, il a par ailleurs confirmé que des avis préalables à l’application des pénalités ont déjà été adressés aux opérateurs concernés.
Cette annonce intervient quelques jours après la révélation par la presse locale d’une lettre du ministre des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, datée du 8 janvier 2026 et adressée à la NCC. Le ministre y appelle le régulateur à prendre des mesures fermes contre les opérateurs, en raison des pannes récurrentes du réseau observées à l’échelle nationale. Il a fixé un délai de 90 jours pour l’application de sanctions à l’encontre des acteurs ne respectant pas les normes de qualité de service.
« Les attentes sont claires : les Nigérians doivent constater des améliorations tangibles en matière de qualité, de fiabilité et de valeur des services de télécommunications », a déclaré M. Tijani dans cette lettre, selon TechCabal.
Dans ce contexte, la NCC rappelle que les règles révisées sur la qualité de service, publiées en juillet 2024, ont élargi les obligations de performance, y compris aux fournisseurs de colocation, tout en introduisant des pénalités plus sévères. Après une période de transition courant jusqu’en 2025, un délai de conformité fixé à septembre a été établi. En octobre, Globacom, Airtel et IHS Towers ont ainsi été sanctionnés à hauteur de 45 millions de nairas au total.
L’intensification de la pression réglementaire intervient alors que les plaintes des consommateurs se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux. Elles portent principalement sur les coupures d’appels, la lenteur des services de données et les pannes à répétition. En 2025, MTN, premier opérateur du pays, a à lui seul enregistré 1,62 million de plaintes de clients, selon des données relayées par la presse locale. Les abonnés dénoncent la persistance de ces perturbations malgré les assurances répétées du régulateur.
Hausse des tarifs, investissements et attentes non satisfaites
Ces difficultés persistent plus d’un an après l’acceptation par les autorités d’une hausse de 50 % des tarifs des services télécoms, demandée par les opérateurs. La NCC avait alors justifié sa décision par la nécessité de trouver un équilibre entre la protection des consommateurs et les réalités économiques du secteur, marquées notamment par la hausse des coûts et les pressions monétaires. En contrepartie, les opérateurs s’étaient engagés à améliorer la qualité de service grâce à des investissements accrus dans leurs réseaux.
Selon TechCabal, le régulateur estime que cette décision a déjà produit des résultats : en 2025, le secteur a attiré plus d’un milliard USD de nouveaux investissements, avec le déploiement ou la modernisation de plus de 2850 sites réseau à l’échelle nationale. Si ces investissements ont posé des bases plus solides pour une amélioration durable de la qualité d’expérience (QoE), la Commission souligne toutefois que les dépenses d’investissement, à elles seules, ne sauraient justifier de mauvaises performances. La vigilance réglementaire doit, selon elle, garantir que ces efforts financiers se traduisent par une amélioration concrète des services pour les consommateurs.
Reste à savoir si le durcissement des sanctions permettra effectivement d’améliorer la qualité des services télécoms au Nigeria. La GSMA estime que la sanction n’est pas toujours l’outil le plus efficace. L’organisation souligne que certains objectifs réglementaires peuvent s’avérer trop complexes ou irréalistes, avec des indicateurs difficiles à mesurer, ce qui risque de freiner les investissements à long terme. Elle plaide plutôt pour des mécanismes de corégulation, reposant sur des objectifs de performance définis de manière transparente, publiés régulièrement et permettant aux consommateurs de suivre l’évolution de la qualité de service, tout en offrant un avantage concurrentiel aux opérateurs les plus performants.
Par ailleurs, les opérateurs nigérians continuent de faire face à des défis structurels majeurs, notamment l’approvisionnement en énergie électrique et le vandalisme des infrastructures. À titre d’exemple, MTN Nigeria a déclaré 9218 incidents liés à des coupures de fibre optique et à des actes de vandalisme affectant 211 sites télécoms en 2025, provoquant d’importantes perturbations des services réseau et Internet à l’échelle nationale.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 29 janvier 2026)
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