Mauritanie : des guichets numériques pour rapprocher les services publics des citoyens
mardi 24 février 2026
Les autorités mauritaniennes intensifient la digitalisation de l’administration publique pour la rendre plus accessible. Elles ont lancé la semaine dernière la plateforme « Ijraati », qui regroupe 800 procédures administratives.
Le gouvernement mauritanien a inauguré, le lundi 23 février, un guichet numérique à Bassikounou, dans le sud-est du pays. Financé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce dispositif s’inscrit dans une initiative nationale visant à réduire la fracture numérique et à faciliter un accès inclusif aux services publics digitalisés.
« Les guichets numériques offrent une gamme de services et de facilités, incluant l’assistance pour la création et la gestion de comptes, le soutien à la navigation sur les plateformes numériques, l’utilisation des services en ligne, ainsi que l’accès gratuit à des tablettes et ordinateurs connectés à Internet », précise un communiqué publié sur Facebook par le ministère de la Transformation numérique et du développement de l’administration.
Les autorités ont également organisé un atelier de formation destiné à 20 jeunes de la moughatâa (département), appelés à accompagner les usagers dans l’utilisation des services numériques proposés dans cet espace public.
Un outil d’inclusion numérique
Les premiers guichets numériques ont été déployés en juillet 2025 dans les municipalités de Teyarett, Arafat et Tevragh Zeina, en banlieue de Nouakchott. Le ministre de la Transformation numérique, Ahmed Salem Ould Bede, avait alors présenté ces centres comme une première étape d’un projet national destiné à être progressivement étendu à l’ensemble des municipalités du pays. L’objectif est de garantir à chaque citoyen, indépendamment de sa localisation ou de son niveau de maîtrise numérique, un accès aux services administratifs.
Un autre guichet numérique a été inauguré en décembre 2025 dans la commune de Ouadane, dans le cadre du projet DIGITAL-Y, mis en œuvre par la coopération allemande à travers la GIZ. Selon la GIZ, « cet outil essentiel permet de rapprocher les services publics numériques des citoyens, en particulier dans les zones vulnérables, et de faciliter l’accès aux démarches administratives ».
Ces centres sont présentés comme une passerelle entre l’administration et les usagers. Ils doivent simplifier les procédures, réduire les délais et limiter les déplacements physiques, tout en offrant un accompagnement technique aux personnes ne disposant pas de smartphones ou ne maîtrisant pas les plateformes numériques.
Face à une fracture numérique persistante
Le déploiement des guichets numériques intervient dans un contexte où les autorités accélèrent la digitalisation de l’administration dans le cadre plus large de la transformation numérique de l’économie. Toutefois, le pays affiche encore des indicateurs de connectivité limités, soulevant des questions quant à l’adoption réelle des services digitalisés par la population.
D’après l’Union internationale des télécommunications (UIT), dans son rapport The ICT Development Index 2025, les réseaux 3G et 4G couvrent respectivement 43,9 % et 73 % de la population. Le taux de pénétration d’Internet est estimé à 37,4 %.
Au-delà de la couverture réseau, l’appropriation des services numériques suppose l’accès à des équipements compatibles. L’UIT estime que 79,1 % de la population dispose d’un téléphone mobile, tandis que la Banque mondiale indique que 56,61 % des Mauritaniens âgés de plus de 15 ans possédaient un smartphone fin 2024. D’autres facteurs influencent l’usage réel des services numériques : accessibilité tarifaire des offres télécoms, qualité de service, disponibilité d’une connexion fiable, littératie numérique ou encore confiance dans les plateformes publiques.
Si les guichets numériques contribuent à atténuer certains de ces obstacles en offrant un accompagnement humain et un accès gratuit aux équipements, des interrogations persistent quant au rythme de leur déploiement, à leur capacité d’absorption face à la demande potentielle et à la fiabilité des infrastructures de base dans les localités concernées.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 24 février 2026)
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