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Marchés publics : Le gré à gré asphyxie les entreprises locales de TIC

mercredi 8 juin 2016

Economie numérique

Les marchés de gré à gré cohabitent mal avec les organismes créés pour la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite : Agence de régulation des marchés publics (Armp), Office national de lutte contre la corruption (Ofnac)… Ils viennent en appoint à une législation sévère mais qui apparaît bien désarmée devant la multiplication des cas de violation flagrante de la loi. C’est dans le domaine des Technologies de l’information et de la communication (Tic) que l’Etat et ses démembrements s’en donnent à cœur joie, laissant en rade l’expertise nationale.

Le remboursement de 13 milliards de F Cfa à l’homme d’affaires ivoirien et propriétaire de la Snedai Groupe, Adama Bictogo qui avait commencé à fournir des visas biométriques au Sénégal, est la dernière affaire d’une série bien longue. Avant, il y a eu le marché de fabrication de passeports confié aux malaisiens, alors que Me Wade était président de la République et Me Ousmane Ngom son ministre de l’Intérieur. Ensuite, au ministère de l’Economie et des Finances, on a favorisé le français Atos pour un juteux marché du Projet de coordination des réformes budgétaires et financières (PCRBF). L’entreprise de Thierry Breton, ancien ministre français de l’Economie et des Finances avait promis de créer des centaines d’emplois, mais au finish, elle se limitera à débaucher des ingénieurs déjà employés dans des entreprises sénégalaises. Idem à l’Ipres (Institut de prévoyance et de retraite du Sénégal), des professionnels continuent à dénoncer ‘’les faveurs’’ octroyées à Catalys, autre spécialiste de ‘’business solutions’’.

Pire, un pan important de la sécurité nationale, à savoir la fabrication des cartes d’identité numérisées a été confié au malaisien Iris, ‘’sans appel d’offres, sans consultation, sans même appel à manifestation d’intérêt‘’, comme le rappelle-t-on à l’envie dans les milieux d’affaires. Il existe pourtant des entreprises sénégalaises qui excellent dans la biométrie et certaines ont même obtenu les certifications les plus exigeantes en la matière.

Des chefs d’entreprise soulignent volontiers la dimension sensible de la fabrication des cartes d’identité, par exemple, et mettent en exergue la sécurité nationale au crédit de leur argumentaire pour responsabiliser, voire favoriser, la compétence nationale. Et aucune urgence au monde n

e devrait permettre de donner de tels marchés à des étrangers entièrement. Il est impensable que la Malaisie donne son marché de CNI à une entreprise sénégalaise quelles que soient par ailleurs ses compétences ou la qualité de son offre !!

A plusieurs reprises, on a entendu le chef de l’Etat s’étonner de ‘’la lenteur’’ des entreprises pour exécuter certains marchés publics. C’est dans cette logique qu’il a appelé le Pnud à la rescousse pour exécuter le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC). Mais, certains cas étonnent. Et ils partagent la particularité de concerner les TIC.

L’Etat du Sénégal aurait-il oublié leur importance dans le monde du 21ème siècle ? Les entreprises les plus prospères au monde ne sont-elles pas aujourd’hui dans ce domaine ? Google, Facebook, Microsoft, Oracle, etc. Le gouvernement est en train de rater une belle occasion de confier au Sénégal la maitrise du système d’identification de ses citoyens (question de souveraineté), mais en même temps de favoriser l’émergence de champions nationaux dans ce domaine, aptes ensuite à rayonner dans toute la sous-région et même au-delà…

A la clé un nombre important d’emplois pourrait accompagner une telle initiative, au plus grand bonheur des jeunes ingénieurs et techniciens sénégalais, et les retombées d’un tel marché appartiendraient au Sénégal.

Mame Talla Diaw

(Source : Enquête, 8 juin 2016)

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