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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Décembre > Mamadou Diop Decroix, ministre de l’Information et de la Coopération (…)

Mamadou Diop Decroix, ministre de l’Information et de la Coopération africaine dans les Nouvelles technologies de l’information et de la communication « La société de l’information, c’est une nouvelle vision du monde »

mercredi 17 décembre 2003

SMSI

La rédaction du « Soleil » recevait, hier en fin de matinée, autour du directeur général, El Hadj Kassé, M. Mamadou Diop Decroix, ministre de l’Information et de la Coopération africaine dans les Nouvelles technologies de l’information et de la communication, accompagné de quelques-uns de ses collaborateurs. Quelques jours après le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) de Genève, cette visite était importante pour faire le point sur cette première rencontre mondiale sur les enjeux qui découlent des usages et du développement des Nouvelles technologies, préparée pendant deux ans, et les échecs d’un sommet dont les uns disent qu’il fut un échec et les autres un succès.

ENJEUX DU SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L’INFORMATION

« Cette rencontre est importante parce qu’elle porte sur un sujet qui détermine l’avenir de l’humanité, mais qui n’est pas encore bien perçu par nos compatriotes. C’est cela qui fait l’intérêt de ce sujet. D’abord qu’est-ce qui différencie le monde qui se profile devant nous, et dont l’essence au plan communicationnel va bouleverser la vie des êtres humains, de ce que nous avons connu jusqu’ici ? C’est une question que les gens ne se posent même, et c’est ce qui cause la difficulté pour beaucoup à comprendre les enjeux. « Depuis que l’humanité existe, les êtres humains communiquent. Mais la particularité, c’est que les instruments de communication d’aujourd’hui ont provoqué un bond qualitatif dans les formes et les modalités de la communication. (…) Maintenant, on parle de technologies de l’information et de la communication. Ces instruments permettent désormais de faire de la planète un seul et même espace de communication. Autrement dit, le moyen que j’utilise pour communiquer avec un compatriote qui se trouve à Kédougou, par exemple, ce même moyen est utilisable pour toucher quelqu’un qui se trouve au Kalimantan oriental. « Aujourd’hui, le message est transmis à la vitesse de la lumière. Avec les NTIC, au fond, les frontières n’existent plus. (Mais) les NTIC ne sont que des instruments pour permettre (aux) différents secteurs d’activités de trouver des opportunités sans précédent pour se développer. Les NTIC, c’est quelque chose de transversal. Quand on veut développer la santé et qu’on utilise les Nouvelles technologies, on développe davantage la santé, quand on veut développer l’éducation, c’est la même chose, etc. « Justement, cette révolution informationnelle, le fait qu’on puisse communiquer à travers le monde sans tenir compte de la distance et du temps, ça implique une vision du monde, des transports entre les hommes. C’est cela qui a nécessité la convocation du Sommet mondial sur la société de l’information. Puisque les véhicules ne sont plus identifiables à des espaces limités. Les gens se sont rendus compte qu’il faut communiquer sur ce nouveau phénomène, sur ce nouveau paradigme. Et les décideurs du monde - qu’il s’agisse des Etats, du secteur privé, de la société civile - devaient se retrouver pour échanger sur ce thème et examiner comment l’humanité pouvait intégrer cette nouvelle révolution informationnelle de manière moins chaotique et moins dispersée qu’on ne l’a fait dans les révolutions précédentes. Voilà ce qui a été à la base de ce sommet. »

LES THEMES DU SOMMET

« On met l’accent sur le Fonds de solidarité numérique, mais il y avait d’autres questions essentielles dans le sommet, (car) la possibilité pour les êtres humains de pouvoir communiquer, quel que soit l’endroit où ils se trouvent sur la planète, pose un problème. « Le problème de la gouvernance d’Internet est un problème très compliqué. Nous savons qu’il y a certains pays dont les noms de domaines ont été confisqués par des individus qui les détiennent. Au plan technologique également, l’essentiel des instruments sont aujourd’hui situés aux Etats-Unis. Des moyens puissants sont ainsi détenus par un seul pays. Que devons-nous apporter comme amélioration pour que la gouvernance d’Internet soit plus démocratique ? Il y a certainement des aspects techniques assez complexes et qu’il faudrait approcher avec beaucoup de doigté. Mais, il y a aussi les questions politiques. Le problème de la sécurité sur Internet est également posé, le terrorisme. On sait qu’on peut envoyer des tas de messages codés dont le décodage peut prendre du temps. On peut avoir le temps de faire du mal si tel est l’objectif. « Le problème de la diversité culturelle. Est-ce qu’on va se battre pour avoir des ordinateurs pour que tout le monde puisse surfer, mais qu’il n’y ait qu’un seul contenu qui circule. C’est le moyen le plus rapide de faire prévaloir le monolithisme, la pensée unique : gommer les différences enrichissantes ».

SOLIDARITE NUMERIQUE

« La solidarité numérique est un élément de tout cela. Mais, peut-être, sa particularité, c’est d’être un élément central. « La particularité de ces grands sommets, c’est de déboucher sur des résolutions qu’en général on n’applique pas. Le Fonds de solidarité numérique est une décision pratique qui découle de tout ce dont j’ai parlé en amont (questions philosophiques, théoriques, vision, etc.). C’est quelque chose de concret, de pratique. En outre, il convoque la volonté des uns et des autres afin de mettre en pratique une démarche permettant de résorber la fracture numérique ».

LE PROJET EST-IL REELLEMENT PASSE A GENEVE ?

« Il faut commencer par dire que le principe de la solidarité numérique, comme du fonds de solidarité numérique, est une idée du président Wade. Mais, comme il le dit lui-même, il a été responsabilisé par ses pairs africains dans ce secteur-là. Il fallait bien que l’Afrique soit porteuse de quelque chose. Et le président de la République a projeté cette idée très forte. « Il a fallu rallier l’Afrique à cette idée. Cela s’est passé sans grosses difficultés et la table-ronde qui a été organisée à Dakar, le 28 novembre, a réuni treize pays. Il n’y a pas eu beaucoup de difficultés pour s’accorder, pas seulement sur le Fonds, mais sur les autres grandes questions du SMSI. « Certains ont dit qu’on n’a pas atteint l’objectif parce qu’il n’y a que Genève et Lyon qui ont donné de l’argent. C’est croire que ceux-là pensaient que l’Afrique était allée au sommet avec une sébile pour circuler dans les couloirs du sommet et dire : nous avons récolté de l’argent. C’est beaucoup plus important : cette proposition de Fonds de solidarité numérique va beaucoup plus loin. « Nous avons eu trois types d’accueil (la société civile, les pays du Sud et les pays du Nord). « La société civile s’est très rapidement rangée du côté de l’Afrique pour dire qu’elle la soutenait. Il y a eu le sommet mondial des villes et des pouvoirs locaux qui s’est réuni à Lyon et qui a déclaré dans sa résolution un soutien ferme du Fonds de solidarité. Le fait que Lyon annonce une contribution au fonds est un symbole pour dire que l’ensemble des villes du monde et des pouvoirs locaux est partant ; le fait que la ville de Genève déclare, immédiatement après l’ouverture du sommet, qu’elle se proposait pour abriter le siège du fonds, qu’elle versait 200 millions et qu’elle acceptait de contribuer aux études, ce sont aussi des symboles qui doivent être perçus comme tels. « En ce qui concerne les pays du Sud, le Groupe Afrique s’est uni autour du Sénégal. Dans les réunions internationales, l’Afrique ne va pas en général unie et n’a pas, par conséquent, voix au chapitre. Cette fois-ci, tout le monde a accepté que le Sénégal exerce le leadership dans cette affaire. « Le Groupe arabe, coordonné par la Syrie, immédiatement après l’énoncé du problème, s’est rangé aux côtés de l’Afrique. Dans les discussions, le Groupe arabe est allé jusqu’à dire que si le Fonds de solidarité n’était pas retenu, il était prêt à boycotter la conférence. « Le GRULAC (Groupe des pays d’Amérique latine) a soutenu à fond le Fonds et le délégué du Brésil a déclaré qu’il est l’instrument qui doit permettre à la société de l’information de réaliser ses rêves. En Asie, des pays comme le Pakistan, l’Indonésie, la Malaisie, l’Iran, membres de la Conférence islamique (qui a engagé tous ses membres à soutenir le Fonds et en a fait « sa » proposition), se sont considérés comme des parties prenantes. La Chine populaire a déclaré qu’elle soutenait le Fonds, comme l’Inde, le Vietnam, le Bengladesh, etc. Toute l’Amérique latine, toute l’Afrique, l’OCI, ça fait peut-être les quatre cinquième de l’humanité. « La victoire du président Wade est une victoire d’adhésion. Tout le monde a dit : nous sommes d’accord avec ça. Le Fonds bénéficie donc d’un soutien mondial, massif. « D’un autre côté, il y a les pays du Nord. Ils n’ont pas dit qu’ils s’opposent au Fonds. Les pays européens disent : nous avons besoin d’y voir plus clair. C’est un droit légitime. Ils disent qu’ils ont leurs mécanismes de coopération. Nous leur avons dit que les procédures étaient longues et bureaucratiques et que si on veut traverser les autoroutes du futur, on ne peut y faire passer des charrettes. L’Union européenne a alors dit qu’elle va réévaluer ses mécanismes et étudier le Fonds de solidarité numérique. Nous sommes d’accord et nous nous proposons même d’être partie prenante des études. Quant aux Etats-Unis, ils n’ont jamais été en première ligne pour émettre des réserves. Ils ont posé beaucoup de questions dans les couloirs. Le Japon, qui ne voulait même pas que l’expression « fonds de solidarité numérique » apparaisse dans la déclaration de principe, a fini par accepter qu’elle y figure et a même entériné la formulation du Sénégal. C’est donc une victoire de l’adhésion ».

PARTICULARITE DU FONDS

« Dans les textes du Plan d’action, le travail du groupe d’études doit être terminé en fin 2004, autrement dit un an avant Tunis. L’idée même est que, arrivé à Tunis, on puisse faire l’évaluation des projets financés par le Fonds. Pour les contributions, nous mettons l’accent sur la société civile, les citoyens. Nous pouvons avoir tort, mais c’est l’expérience qui nous le dira. Nous, nous pensons que la différence avec tous les fonds qui ont existé jusqu’ici, c’est que les autres se fondaient sur les Etats. Les Etats dépendent des parlements, les budgets. Quand il y a des difficultés, des déficits budgétaires, on serre. Ici, ce n’est pas le cas, on met l’accent sur les citoyens, et je crois qu’à l’arrivée, il sera établi que nous avons eu raison. (…) Je crois que les Européens vont rejoindre le Fonds ».

LE SOMMET A-T-IL CONFIRME LA DEUXIEME PHASE DE TUNIS ?

« Oui, la seconde étape du sommet aura bien lieu à Tunis ».

ALAIN JUST COLY

(Source : Le Soleil 17 décembre 2003)

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