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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Août 2016 > Mali : qui a suspendu les réseaux sociaux ?

Mali : qui a suspendu les réseaux sociaux ?

vendredi 19 août 2016

Régulation des médias

Suite à une violente manifestation qui s’est soldée par la mort d’au moins une personne et a fait de nombreux blessés, certains réseaux sociaux sont coupés au Mali. Mais que ce soit du côté du secteur des télécoms ou du gouvernement, personne ne veut assumer la responsabilité de la situation.

« Les réseaux sociaux sont coupés partout au Mali, pas chez vous seulement. Cette décision ne vient pas de nous et je ne suis pas autorisé à vous dire d’où ça vient », explique, laconique, un opérateur du service internet Orange Mali joint au téléphone. Dans le pays, Facebook et Twitter sont complètement coupés depuis mercredi 17 août, alors que Viber et WhatsApp connaissent des perturbations.

C’est la première fois que les réseaux sociaux sont suspendus dans le pays. Au niveau du ministère malien de la Communication, le chargé de presse dit que ses services ne sont pour rien dans la situation. Même son de cloche du côté de l’Agence malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP).

Qui donc est responsable de cette coupure au Mali ? La Direction générale de la sécurité d’État (DGSE), le renseignement malien ? « La coupure des réseaux sociaux ne vient de pas de la DGSE, je suis catégorique la dessus », répond le commandant Modibo Naman Traoré, porte-parole de l’armée.

Atteinte aux mœurs

« Le gouvernement malien est le seul responsable de ce blocage et nous condamnons cette restriction de la liberté d’expression. Et le gouvernement ne peut pas empêcher les gens d’organiser des marches, car est un droit garanti par la Constitution », a réagi Nouhoum Togo, le porte-parole de l’opposition malienne.

En attendant que quelqu’un assume enfin la responsabilité de la situation, des médias maliens ont commencé à donner des astuces à leurs lecteurs pour contourner le problème, notamment en utilisant des VPN (réseaux privés virtuels), et des hashtags dédiés sont nés pour en discuter en ligne.

Tout a commencé mercredi, lorsque Mohamed Youssouf Bathily alias Ras Bath, animateur de radio connu pour ses chroniques virulentes envers le pouvoir, arrêté deux jours plus tôt, était sur le point de comparaître devant un juge du tribunal de la commune IV de Bamako. Il est accusé « d’atteinte aux mœurs et d’injure publique à caractère sexuel », selon une source qui a pu lire son dossier.

Scène de guérilla urbaine

Mais une foule déchaînée casse alors la porte du tribunal pour y pénétrer afin d’empêcher le procureur de prononcer les charges qui pèsent contre l’animateur, qui est aussi le fils du ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Mohamed Ali Bathily. Les policiers présents sur le lieu commencent à envoyer des gaz lacrymogènes avant de tirer avec des armes automatiques.

« Deux personnes sont mortes sur les lieux, on est formel là dessus », affirme, Yeli Mady Konaté, un rappeur malien qui était au tribunal pour soutenir Ras Bath. Une véritable scène de guérilla urbaine se déroule ensuite à l’extérieur entre policiers et protestants, avec barricades et pneus brûlés sur les routes, les manifestants exigeant la libération de l’animateur.

Baba Ahmed

(Source : Jeune Afrique, 19 août 2016)

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