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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2012 > Septembre > Les TIC dans les administrations publiques en Afrique : oser la maturité (…)

Les TIC dans les administrations publiques en Afrique : oser la maturité informatique !

samedi 15 septembre 2012

Transformation digitale

Dans l’ensemble des pays émergents, et en particulier des pays africains, le développement des TIC fait figure d’eldorado : tout devient possible, il est désormais indispensable de disposer des infrastructures, des équipements et des applications les plus à la pointe, et ce mouvement touche toutes les sphères, publiques comme privées. Mais pour quoi faire ?
Pour s’arrimer fermement au développement économique (création d’emplois, impact sur la croissance, développement de nouveaux secteurs) ? Pour faciliter la tâche des individus ? Dans la sphère publique en particulier, le développement des TIC est appelé de leurs vœux par tous les agents, mais encore faut-il que celui-ci soit finalisé : les TIC ne sont pas une fin en soi, ce sont des outils, des moyens au service des individus.
Deux chemins sont possibles sur la route des TIC pour les administrations : la stratégie « flèche de tout bois et inventivité » ou la stratégie « petits pas solides et structurés ». Quel chemin prendre et à quel stade, tel est l’enjeu du passage à la maturité informatique. L’exemple d’administrations en Afrique subsaharienne révèle que si les deux stratégies peuvent être mises en œuvre concomitamment à court terme, l’amélioration forte des services rendus par les services publics suppose un engagement à planifier dans le moyen et le long terme le développement des TIC.

La stratégie « flèche de tout bois »

Cette stratégie permet des avancées rapides et est marquée par le sceau du pragmatisme et du foisonnement, l’idée étant de faire « avec ce que l’on a » et de tirer parti de l’existant. Elle est caractérisée par trois éléments principaux. Le premier élément est un prérequis fondamental ; il s’agit de la construction des infrastructures de base et du réseau télécom, l’épine dorsale de la communication entre outils TIC. Ainsi, parallèlement à la mise en place, à plus long terme, d’un réseau de l’administration relié à l’épine dorsale située au large des côtes africaines, des solutions pragmatiques ont été mises en place dans de nombreux pays pour faciliter les communications dans le court terme. Liaisons VSAT, installation de dispositifs WiMAX, le coût de toutes ces solutions peut néanmoins s’avérer élevé. Plus pragmatique encore, dans certaines entités, les câbles sont émaillés de switchs qui permettent à un plus grand nombre de bureaux de disposer d’une connexion Internet, mais créent autant de points de faiblesse du réseau d’ensemble.

Au-delà du réseau, la stratégie « flèche de tout bois » est caractérisée, par ailleurs, par le fait que les domaines stratégiques de la gestion publique sont dotés d’applications dédiées ou spécifiques. Ces domaines sont stratégiques car ils sont pourvoyeurs de recettes précieuses pour l’Etat, mais aussi garants des principaux droits des citoyens : ressources humaines, gestion des mines et du pétrole (s’il y a), gestion des eaux et forêts, Ministère des finances, gestion des fichiers électoraux, gestion du cadastre. Ils peuvent aussi couvrir des questions relatives à des domaines de systèmes d’information de gestion scientifique. Les pays de l’Afrique du Nord investissent ainsi depuis trois ans dans les SI scientifiques dans des domaines aussi divers que l’halieutique (gestion des ressources, océanographie, aquaculture, etc.) ou la numérisation du patrimoine scientifique agricole. Toutes ces applications stratégiques sont pour la plupart robustes, mais elles sont bien souvent mises au point sans planification d’ensemble.

Le troisième élément à mentionner à propos de la stratégie « flèche de tout bois » est précisément ce qui fait l’essence de cette stratégie, à savoir le foisonnement des initiatives dans les domaines de gestion publique autres que les domaines stratégiques. Ici est ouverte la voie aux développeurs internes, qui construisent des applications sur Excel ou Access très utiles et répondant aux attentes des utilisateurs, mais sans harmonisation avec les autres applications développées dans le reste de l’administration. Il faut également mentionner ici le recours à de nombreux prestataires, apporteurs de solutions et de savoir-faire, mais aussi source de complexité renforcée du parc applicatif global de l’administration. C’est alors tout l’art et la difficulté des acteurs portant le pilotage de ces projets (autorité, département transverse, structure ad hoc, etc.) de couvrir les besoins à court terme des agents de l’ensemble des ministères, tout en s’assurant d’une certaine cohérence des développements informatiques entrepris.

La stratégie « petits pas solides et structurés »

Plutôt que de privilégier des avancées rapides, mais difficiles à maintenir sur le long terme, et pour s’inscrire dans une trajectoire de fond rationnelle, signe de maturité informatique, de nombreux pays émergents ont fait le choix « des petits pas solides et structurés ». Outre la formalisation dans un plan d’action et une feuille de route détaillés des développements TIC futurs, deux éléments sont l’attribut de cette stratégie. Le premier est la standardisation progressive des équipements, systèmes d’exploitation et applications suivant les bonnes pratiques internationales. Cela suppose d’équiper pas à pas les entités selon une priorisation en fonction des besoins, en ayant pris soin d’harmoniser l’ensemble des outils informatiques pour faciliter la gestion.

Deuxième élément constitutif de cette stratégie, il s’agit de penser dans la durée, c’est-à-dire de réfléchir en termes de conservation et de montée en compétence pour préparer l’avenir. En pratique, cela implique de prévoir non seulement une standardisation pour aujourd’hui, mais aussi une maintenance et une mise à jour des équipements et applications pour demain. Par ailleurs, il est important d’anticiper les besoins futurs et de mettre les agents de demain en capacité d’utiliser les nouveaux outils mis à leur disposition. S’il est fait appel à des prestataires pour accompagner le développement des TIC, il est indispensable de prévoir un transfert en compétences fort pour que les agents puissent in fine reprendre la main sur la gestion du dispositif. Plus généralement, organiser des formations adaptées au niveau et aux besoins métiers est indispensable pour faire passer le saut quantique du « zéro papier » et de l’automatisation.

Schéma directeur

Au regard des exemples des pays émergents, il peut paraître frustrant de choisir la voie du long terme structuré, car les premiers résultats se font plus attendre qu’avec des dispositifs moins étayés ; cette voie peut paraître également malaisée à suivre car rationaliser suppose de pouvoir mobiliser dans le temps des crédits importants. C’est pourtant la clé pour faire des pas de géant en matière de développement des nouvelles technologies. Pour fixer de manière pérenne cette dynamique vertueuse, il convient de s’appuyer sur un engagement politique fort et de formaliser les objectifs stratégiques, l’ambition à atteindre, dans un document de type schéma directeur, approuvé par l’autorité politique, mais aussi soutenu par l’ensemble des partenaires bailleurs de fonds. A titre illustratif, c’est dans cette voie qu’œuvre le schéma directeur national d’un pays émergent d’Afrique centrale. Pour parvenir à une émergence harmonieuse et fructueuse des TIC, l’agence nationale en charge dans ce pays du développement du numérique et des systèmes d’information structurants de l’administration a entrepris de mettre au point un schéma directeur national en vue de la construction d’un système d’information de l’administration intégré, sécurisé, partagé et performant. Maintenir, former, développer, gérer, telles sont les missions opérationnelles qui lui reviennent, tout autant que celle de piloter la future mise en œuvre du Schéma directeur national de l’administration.

Choisir la voie « des petits pas solides et structurés » est d’autant plus simple et pertinent que les Etats ont peu d’existant informatique. En effet, partir d’une feuille blanche pour écrire une feuille de route autorise de s’appuyer sur les technologies les plus performantes et d’ordonner de manière efficiente les actions menées. Quel que soit le niveau de maturité informatique initial d’un Etat, les TIC nécessitent des investissements importants et un profond changement de paradigme organisationnel, ainsi qu’un changement des habitudes et processus de travail. Dans ce cadre, pour transformer l’Etat en recourant aux nouvelles technologies, une stratégie structurée de développement des TIC commune à l’ensemble de l’administration semble être un gage primordial de réussite !

Jean-Michel Huet, directeur associé Emerging Markets - BearingPoint (Contribution parue dans CIO Mag n° 22)

(Source : Agence ecofin, 15 septembre 2012)

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