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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2013 > Juin 2013 > Les relais de croissance des opérateurs télécoms en Afrique

Les relais de croissance des opérateurs télécoms en Afrique

mardi 25 juin 2013

Economie numérique

Une grande angoisse traverse les opérateurs télécoms… Quel sera mon prochain relais de croissance ? Si l’Afrique est encore une zone de croissance, les opportunités semblent se raréfier. D’ores et déjà, les pays à libéraliser sont de plus en plus rares (Ethiopie, Tchad, Djibouti par exemple) ; d’autre part, la conquête des zones rurales s’annonce plus complexe, plus longue que prévu, avec une rentabilité moindre. En dehors de ces « classiques », quelles sont les pistes innovantes pour les opérateurs télécoms ? Bonne nouvelle, elles sont nombreuses et pas dénuées d’intérêt.

Trois grandes pistes peuvent être proposées. La première est classique et concerne le déploiement de réseaux. Il s’agit de la méthode de croissance historique des télécoms. La deuxième méthode consiste à proposer de nouveaux services innovants apportant une vraie valeur ajoutée au client africain. Le troisième apport est de ne pas se contenter du B2C et de faire une vraie offre commerciale tant pour les entreprises que pour les gouvernements. Reprenons ces trois axes.

1 - Déploiement de réseaux

Le premier est le classique par excellence. Il s’agit du déploiement de réseaux. C’est la base historique des opérateurs télécoms, le cœur de métier. Le modèle est éprouvé et, d’ores et déjà, les déploiements 3G ou LTE sont regardés. Au-delà de la dimension technique, ils s’inscrivent dans une logique d’évolution du modèle économique tant en termes de coûts que de revenus. En termes de coûts avec le développement du partage de réseau (networksharing), et en termes de revenus avec la possibilité de pousser des offres data via des systèmes de type Yield Management (optimisation de l’usage des ressources réseaux par l’optimisation tarifaire). Selon la zone, la complémentarité des réseaux peut être utilisée entre les 3G/4G et le WiFi dans les zones urbaines, la 2G/WiFi pour les zones rurales, voire la connectivité intermittente pour certaines zones. C’est aussi l’occasion pour les opérateurs de tester de nouvelles offres techniques utilisant à la fois des réseaux télécoms et du broadcast audiovisuel. Car au-delà des modèles de revenus, il est encore possible d’être innovant dans les aspects réseaux en Afrique sans se contenter de faire les mêmes déploiements qu’en Europe. Deux exemples pour illustrer cela : l’approche d’Azesat au Bénin et le potentiel sur l’électricité ! Azesat, en jouant sur une technologie nord-américaine innovante (en descendant avec le satellite et la bande KU autorisée, en montant les réseaux locaux WiFi WiMAX / 3G), vient d’expérimenter au Bénin une vraie solution originale pour développer du haut débit différemment des méthodes habituelles ; ce genre d’approches innovantes fait aussi partie des relais de croissance pour les opérateurs.

Toujours dans le domaine « réseau », les opérateurs télécoms sont de grands producteurs d’électricité dans un continent qui en manque cruellement. Ceci peut aussi constituer un relais de croissance nouveau pour les opérateurs télécoms (voir encadré « L’électrification rurale en Afrique »).

2 - Nouvelles offres de services

Le deuxième axe de croissance consiste en le développement de nouvelles offres de services. Une fois le réseau installé, il faut pousser l’usage. Les exemples venant du continent africain, d’ailleurs, sont légions, mais force est de constater que ce ne sont pas les plus développés. Le mobile payment est à la mode, notamment depuis le succès en 2008 de M-Pesa, mais d’une part il n’est pas développé dans tous les pays – et même dans ceux où il est développé, à quelques rares exceptions près, dont le Kenya, il ne représente pas le tiers des transactions financières –, et d’autre part il n’offre pas l’ensemble de la possibilité des services (paiement des impôts, paiement des factures, transfert d’argent international). C’est donc encore un relai de croissance à part entière. Il en va de même pour les services dits verticaux autour de la santé, de l’agriculture, etc. Là encore les exemples sont nombreux, mais sont encore loin d’être généralisés malgré leur apport, souvent d’ailleurs social (voir à titre illustratif le tableau « Les services innovants en m-santé »).

D’autres innovations, venues d’Europe cette fois-ci, peuvent aussi donner lieu à de la croissance pour les opérateurs télécoms en Afrique. A titre d’exemple, tout ce qui tourne autour des applications sur smartphone, autour du personal cloud, du big data ou de l’open data (data as a service) sont des exemples de relais de croissance. Plus largement, les logiques d’open innovation sont culturellement tout à fait pertinentes en Afrique (voir par exemple ce qu’a fait le Crédit Agricole avec CA-Store) et mériteraient d’être plus répandues.

3 - Renforcer l’offre B2B au sens large

Le troisième axe consiste à renforcer l’offre B2B au sens large des opérateurs. Au sens strict, les opérateurs télécoms peuvent sensiblement améliorer leur offre aux entreprises en Afrique. Pour commencer sur le bas de marché, en dehors de l’Afrique du Nord, le segment des pros (artisans, commerçants, médecins, etc.) est souvent négligé alors qu’il constitue un segment clé qui est souvent à forte valeur (et à forte exigence en parallèle). Sur le marché entreprise stricto sensu, il y a matière à structurer une véritable offre B2B (fixe et mobile), avec des logiques de flottes, d’offres de sécurité, d’offres à haute qualité de service (qui se paie), etc. Ce type d’approche est encore faible sur le continent. Au-delà du B2B classique, les opérateurs peuvent aussi renforcer le B2O et le B2G (Business to Operator et Business to Government). Le premier est une déclinaison du traditionnel « wholesale » entre opérateurs, mais allant au-delà des offres tarifaires sur l’achat de minutes. C’est un peu la voie prise par Monaco Télécom, Vodafone, ou par Orange pour apporter technologies et savoir-faire à des opérateurs de petite taille. Le B2G est tout aussi prometteur, notamment via le financement des bailleurs de fonds. Il s’agit ici d’apporter des offres de services pour développer un ensemble de services pour l’administration locale ou centrale. L’e-gouvernement, voire le m-gouvernement, sont plus que jamais à l’ordre du jour et méritent une attention particulière. Au-delà des apports directs à l’administration et aux citoyens, la vogue des « smart cities », ou technopoles, est un axe de croissance avéré, notamment sur les offres de type IP convergence. Dans ce cas, les opérateurs doivent repenser leur écosystème, car les acteurs (ONG, Etats, bailleurs, majorité, opposition, groupes immobiliers, utilities, etc.) sont nombreux et mus par des motivations différentes. Cet axe n’en demeure pas moins un axe clé de développement.

Réseaux, services, clients : oui les axes de croissance en Afrique dans le secteur sont encore nombreux !

Jean-Michel Huet, Directeur associé BearingPoint, contribution parue dans Réseau Télécom n°62

(Source : Agence Ecofin, 25 juin 2013)

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