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Les incidents sur la fibre optique sous-marine interpellent l’Afrique sur l’urgence de faire du satellite un atout

mardi 19 mars 2024

Infrastructures

Les coupures du service Internet du fait de ruptures de l’infrastructure de fibre optique, il y en a eu plusieurs en Afrique. Alors que le continent s’engage résolument dans la transformation numérique, des solutions de secours sont nécessaires.

Une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest, centrale et australe expérimentent actuellement des perturbations du service Internet dues à des incidents survenus le jeudi 14 mars sur divers câbles sous-marins de fibre optique. Ces interruptions touchent plusieurs millions de clients, notamment des petites et moyennes entreprises qui ont fait d’Internet un outil d’efficacité opérationnelle. Cette situation, la énième du genre à se produire sur le continent même si ce n’est pas avec la même ampleur que les précédentes, interpelle les Etats africains sur la nécessité d’accélérer l’adoption de solutions supplémentaires qui soutiendront l’économie numérique naissante sur le continent.

Le satellite est l’une d’elles. Le service qui a quelque peu été éclipsé par le mobile à la fin des années 90 a de nouveau le vent en poupe à travers le monde. L’apparition des méga- constellations en orbite terrestre basse (LEO), une approche destinée à apporter la connectivité à haut débit directement à n’importe quel endroit de la planète dans un contexte de demande croissante, lui a fait gagner de la valeur.

Au-delà des services nécessitant l’acquisition d’un équipement spécial de réception (antenne, modem, etc), encore inaccessibles pour la majorité des Africains qui privilégient le mobile, les solutions « Direct to Device » (D2D) sont aussi présentées par l’Association mondiale des opérateurs satellites (GSOA) comme avantageuses à plus d’un titre. Elles permettent aux consommateurs de se connecter directement au satellite.

C’est une approche que teste Starlink depuis janvier dernier au regard de la relative cherté de ses services fixes, qui freine leur adoption dans plusieurs pays où l’intérêt est pourtant élevé. Il y a également Lynk Global. D’autres opérateurs satellites comme AST SpaceMobile préfèrent prendre pour intermédiaires les opérateurs de téléphonie mobile qui sont des acteurs de terrain. Une collaboration qui leur est aussi profitable selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA). MTN Group explore déjà cette option à travers le partenariat signé avec Omnispace, le mardi 12 mars.

Préparer le futur maintenant

Mais que ce soit le Vsat ou le D2D, plusieurs défis entravent encore le développement du satellite dans plusieurs marchés en Afrique. La GSOA souhaite voir les régulateurs télécoms adopter des régimes réglementaires souples, permettant le développement d’un marché concurrentiel. Ceci à travers des cadres réglementaires flexibles comprenant la neutralité technologique, un régime de licences simplifié avec des frais de spectre raisonnables, la reconnaissance mutuelle de l’homologation et de l’approbation de type des appareils. Il est également important de maîtriser la fiscalité sur les équipements pour faire baisser leur coût au niveau des consommateurs.

Hormis la facilitation de l’offre de service aux opérateurs privés, il est également nécessaire que les Etats africains, dans le cadre de leur regroupement régional, songent à des projets fédérateurs d’infrastructures télécoms similaires aux interconnexions sous-régionales par fibre optique financées par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD).

La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a déjà décidé d’investir collectivement des ressources dans la création d’un satellite commun destiné à fournir des services Internet dans toute la région. Cette décision avait été prise lors de la réunion ministérielle conjointe du cluster de développement des infrastructures TIC dans le cadre des projets d’intégration du corridor nord (NCIP), convoquée en novembre 2023 à Nairobi, au Kenya.

L’ambassadeur Richard Kabonero, coordinateur des projets du Corridor Nord, avait confié au média ChimpReports que le lancement d’un tel satellite est évalué à environ 300 millions $. Un coût élevé pour un pays mais qu’une communauté peut supporter. L’équipement renforcerait la connectivité fournie par la fibre optique, favoriserait l’inclusion numérique des zones reculées où le déploiement du réseau terrestre se heurte à plusieurs obstacles géographiques.

D’autant plus que certains pays comme la Mauritanie, la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone, la Gambie ou encore la Guinée Bissau ne sont encore connectés qu’à un seul système sous-marin de fibre optique. D’autres comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, la Centrafrique dépendent encore des liaisons terrestres des pays voisins car n’ayant pas d’ouverture maritime pour accueillir un câble sous-marin.

En encourageant le développement des réseaux satellitaires, en complément des infrastructures terrestres telles que les câbles sous-marins de fibre optique, l’Afrique pourrait s’offrir une connectivité à haut débit robuste apte à surmonter diverses éventualités. Une précaution indispensable à son succès dans l’économie numérique.

Muriel Edjo

(Source : Agence Ecofin, 19 mars 2024)

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