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Les femmes, ces oubliées de la société de l’information

mercredi 4 août 2004

Genre

Le Réseau Genre et TIC (Regentic), en partenariat avec Enda (Environnement et Développement du Tiers-monde), l’ART (Agence de Régulation des Télécommunications) et OSIRIS (Observatoire des Systèmes d’Information, Réseaux et Inforoutes du Sénégal) a célébré samedi dernier la Journée de la Femme africaine. Une occasion de présenter le livre intitulé « Citoyennes africaines de la société de l’information, manuel de première urgence à l’intention des décideurs ». L’atelier présidé par le ministre de l’Information, Mamadou Diop Decroix, avait pour objectifs de formuler l’importance du thème traité dans l’ouvrage, mais aussi d’évoquer les politiques, la gouvernance et le financement liés à cette problématique.

Selon le ministre, l’Afrique a raté de multiples tournants, mais elle ne doit pas rater celui de la nouvelle révolution informationnelle. Chaque acteur a son rôle à jouer dans ce nouveau tournant, mais c’est à la société civile de figurer au premier rang. M. Diop a annoncé l’octroi d’une enveloppe de cinq millions de dollars au Fonds de solidarité numérique dont l’objectif est de promouvoir la paix et le développement durable. Cette structure s’est d’ailleurs engagée à financer des projets par une subvention directe non remboursable.

Outre les représentants des organismes partenaires de cette initiative, étaient présentes les auteurs de ce manuel, notamment Marie-Hélène Motin-Sylla, Fatimata Sèye Sylla et Safiétou K. Ly, directrice exécutive de « Sud quotidien ». Cette dernière a insisté sur l’urgence du problème et l’importance de la communication qui est inhérente à toute activité humaine. Elle a prôné pour une prise de conscience de ses enjeux, particulièrement des disparités qui existent à l’endroit des femmes africaines. Celles-ci doivent avoir un meilleur accès aux Technologies de l’information et de la communication (Tic) et « saisir leur part dans la société de l’information et de la communication », a insisté Mme Ly. Cela doit se faire grâce à un soutien politique envers les activités des femmes.

UN SYSTEME DE CONCERTATION À METTRE EN PLACE

Les Tic constituent un outil dont le contenu véhicule un savoir qui doit être valorisé par les femmes. La libéralisation des télécommunications est un moyen à saisir par ces dernières pour une redéfinition et une redistribution des cartes. Il faut s’assurer que leur présence est mieux prise en compte par les décideurs, a poursuivi Mme Ly qui a déploré l’insuffisance du traitement des Tic dans la presse et a pris l’engagement, au niveau de son organe, d’en assurer une meilleure couverture.

Pour Mme Safiétou Sèye Sylla, directrice du programme « Digital Freedom Initiative », il s’agit de « décider les décideurs ». Mais, le manque de représentativité des femmes au sein des organes de décision constitue un problème majeur. En outre, il faut sensibiliser le faible nombre de femmes présentes dans ces instances. « Cependant, il faut également que nous comptions sur nous-mêmes et lutter pour un accès à ces outils pour toutes les femmes, dans les coins les plus reculés du pays, à moindre coût, pour tous, même pour les illettrées », ajoute-t-elle. La formation aux Technologies de l’information et de la communication, et leur maîtrise, doivent être assurées « car personne ne pourra le faire à notre place, a ajouté Mme Sylla. « Il nous faut travailler ensemble, et avec le soutien des hommes, pour une prise en compte de la dimension genre », propose-t-elle.

De son côté, Marie-Hélène Motin-Sylla de l’Ong Enda Tiers monde a axé sa communication sur une mise en garde concernant les actions concrètes à présenter pour le prochain Sommet sur la société de l’Information, en novembre 2005 à Tunis. Ce sera la deuxième phase du Sommet mondial tenu en décembre 2003 à Genève. Un système de concertation doit être mis en place entre le secteur public et la société civile, ainsi qu’un comité de concertation sur les genres pour assurer la parité hommes-femmes. La mission de ces structures sera de repérer les problèmes et de proposer des pistes de réflexion pour former et évaluer des stratégies sur la notion de genre.

Au niveau gouvernemental, il s’agira de mettre sur pied un programme national d’accès des femmes aux Tic, de cibler les groupements féminins, voire développer un logiciel pour ces derniers, selon leurs besoins, et assurer la surveillance et le suivi des décisions. Alex Corenthin du Regentic a présenté une communication sur la gouvernance de l’Internet et sur les impacts au féminin. Il a rappelé la déclaration de principes du Sommet de Genève. Une résolution prise par cette instance recommande de « faire en sorte que la société de l’information favorise l’autonomisation des femmes et leur participation pleine et entière, à égalité avec les hommes, dans toutes les sphères de la société, à tous les processus de prise de décision ».

M. Corentin a évoqué certains obstacles qui empêchent l’accès des femmes aux instances de décision et qui font que ces dernières ont moins de disponibilité que les hommes pour se consacrer de manière pleine et entière à leur travail. Elles doivent s’occuper de son foyer et, souvent, privilégient cet aspect de leur vie au détriment de leur carrière.

Il y a aussi le fait que la femme déménage moins car son époux n’est pas toujours prêt à la suivre dans le cadre d’une affectation ou d’une promotion alors que le contraire se fait aisément. Par ailleurs, elle pense que son époux supporterait difficilement qu’elle gagne plus d’argent que lui. Enfin, selon cette étude, la femme n’est pas toujours prête à manifester son ambition pour asseoir sa carrière, préférant mettre en avant certains principes imposés par la société. Autant de facteurs qui bloquent la présence des femmes dans les instances de décision.

KARO DIAGNE

(Source : Le Soleil 4 aout 2004)

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