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Les dégâts des réseaux sociaux sur le quotidien des Sénégalais

mardi 23 août 2022

Usages et comportements

Le chef de l’Etat Macky Sall disait que « les réseaux sociaux constituent une peste mondiale ». Il n’a pas tout à fait tort car le Sénégal est en « Net dérives ». A travers les insultes, la calomnie, la diffamation, les menaces de mort, les réseaux sociaux ont brisé des vies et des couples.

Selon une étude de We Are Social et d’Hootsuite, plus de 3 milliards de personnes, soit environ 40 % de la population mondiale, utilisent un ou plusieurs réseaux sociaux pour communiquer, se divertir et pour s’informer. En tête de peloton : Facebook avec 2,2 milliards d’utilisateurs, suivi de YouTube, WhatsApp et Instagram qui ont dépassé la barre des 1 milliard de personnes actives sur leurs réseaux.

La Toile est un espace ouvert dans lequel tout se commente, se partage, se sait, s’amplifie, se multiplie, se note, s’anonymise, se pseudonymise, se généralise et se partage à nouveau. De boucle en boucle, de répétition en répétition, la masse d’information créée par les internautes est telle que créer du contenu et ne pas passer inaperçu sur le Web est devenu une obsession pour beaucoup de marques, institutions et personnalités qui se noient dans ce flot constant de surinformation.
Insultes, diffamations, humiliations, agressions, propos sexistes, complotistes, négationnistes, la liste de contenus indésirables présents sur la Toile est longue et s’agrandit de jour en jour. Peu importe la forme finalement (vidéo, audio, image et texte), ce qui dérange, c’est le fond et la facilité qu’ont les internautes à accéder à ces publications.

Présents dans la vie de tous les jours, et devenant comme la règle, les insultes dans la société traduisent une valeur en déclin, un nivellement par le bas. Si ce ne sont pas des données à caractères personnels qui sont étalées sur la place publique, ce sont des propos discourtois.

L’affaire dite Sweet Beauty, mettant en cause le député Ousmane Sonko et la masseuse Adji Sarr, en est un exemple.

La journaliste et Directrice de 7Tv, Maïmouna Ndour Faye, a fait les frais de ses analyses faites sur la plainte déposée par Adji Sarr, une jeune femme de 20 ans, contre le leader de Pastef/Les Patriotes pour viols répétés et menaces de mort. Captures d’écran à l’appui, la journaliste a révélé avant-hier les menaces et propos injurieux tenus contre sa personne. « Maïmouna saytané bou mague nga. Elle joue la carte, c’est une femme très dangereuse. On doit l’abattre », écrit un internaute. Ce n’est pas un cas isolé. L’animatrice Maty 3 Pommes, basée en Europe, avoue que des gens chercheraient à attenter à sa vie à cause de la politique. Elle aussi s’est exprimée ces derniers jours sur l’affaire du salon de massage « Sweet Beauté ».

Gabrielle Kane, connue à travers les médias, a aussi fait l’objet de violences verbales sur la toile. Son tort a été de défendre la plaignante en lui faisant part de son soutien. « C’est toi la p… Gabrielle qui ouvre ta gueule et qui c… gauche et droite avec des hommes. C’est toi qui cherches du buzz. Hhhh ma chère p…, on ne cherche pas du buzz comme ça, sinon tu risques de creuser ta propre tombe avec tes propres mains. Si tu es vraiment une femme qui attache le pagne comme nous les vraies dames, bon vas-y, révoltes-toi et montres-nous ton visage et tu verras », écrit sur la barre des commentaires une autre internaute.

Si tout le monde s’accorde sur le besoin de freiner la prolifération des contenus haineux et des « fake news » sur internet, à ce jour, trop peu de solutions concrètes sont mises en place pour contrer ce phénomène inquiétant. C’est un fait, au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde, la justice est de plus en plus désarmée face à l’augmentation constante des piratages de systèmes informatiques, vols de données sensibles, harcèlements en ligne et diffusions de messages haineux.

Mais la très controversée loi sur le contrôle des communications électroniques via internet est passée à l’Assemblée nationale. Une loi et plus précisément l’alinéa de l’article 27 qui dérangent et laissent planer la menace d’une éventuelle censure : « L’Autorité de régulation peut autoriser ou imposer toute mesure de gestion du trafic qu’elle juge utile pour, notamment, préserver la concurrence dans le secteur des communications électroniques et veiller au traitement équitable de services similaires ».

(Source : Léral, 23 août 2022)

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