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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > « Les créateurs de contenus ont réussi à transformer leur influence digitale (…)

« Les créateurs de contenus ont réussi à transformer leur influence digitale en un levier de mobilisation des masses » (2/3)

mardi 17 février 2026

Portrait/Entretien

À 30 ans, Omar Africa, de son vrai nom Oumar Soumaré, fait partie de cette nouvelle génération de créateurs de contenus qui a façonné la mobilisation politique et citoyenne au Sénégal. Après plusieurs années passées dans le Royaume chérifien, il rentre au Sénégal en 2021, mû par le désir de servir son pays et d’accompagner un projet politique qu’il juge porteur d’espoir. M. Soumaré revient, dans cet entretien, sur son rôle aux côtés de Pastef, l’impact des réseaux sociaux, « nouveaux médias », la vie publique et la responsabilité qui incombe aux créateurs de contenus dans l’espace public sénégalais.

Le parti Pastef a bâti une grande partie de sa victoire sur la mobilisation des jeunes via les plateformes numériques. Comment analysez-vous le rôle joué par les créateurs de contenus lors de l’élection de mars 2024 ?

La victoire du parti Pastef lors de la dernière présidentielle du 24 mars 2024 est la consécration des réseaux sociaux sur les médias traditionnels. En réalité, derrière cette victoire remportée haut la main, on voit clairement, au fil des années, que les réseaux sociaux sont devenus de véritables terrains de chasse pour le Pastef. C’est la raison pour laquelle beaucoup de personnalités de l’ancien régime surnommaient Ousmane Sonko « candidat des réseaux sociaux » et on a bien vu où ça les a menés.

En ce sens, si on remonte dans le temps, avec ses débuts fulgurants jusqu’à l’exercice du pouvoir, on voit bien le grand apport de ces plateformes digitales depuis l’arrivée de Pastef au pouvoir. Pour la première fois, les créateurs de contenus ont réussi à transformer leur influence digitale en un levier de mobilisation des masses. Grâce aux différentes plateformes comme TikTok, Facebook, X (ex-Twitter) ou encore WhatsApp, nous avons éveillé une conscience critique chez les jeunes qui n’avaient pas toujours accès aux médias traditionnels.

Le contenu de ces vidéos produites était varié, avec de petites séquences explicatives et des appels à la mobilisation lors des manifestations politiques du parti. Cette diversité de contenus proposés sur les réseaux sociaux a permis de toucher toutes les catégories de jeunes, des élèves aux étudiants, des travailleurs aux Sénégalais de la diaspora. Les créateurs de contenus ont ainsi joué un rôle de passerelle entre la politique et la population en rendant l’information accessible instantanément, toujours avec comme cible précise la jeunesse.

Depuis l’avènement de Pastef jusqu’à son accession au pouvoir, en mars 2024, les médias traditionnels ont été mis de côté au profit des réseaux sociaux. En tant que créateur de contenus, comment le voyez-vous ?

Je pense que cela s’explique par plusieurs raisons. Aujourd’hui, les médias occupent certes une place importante dans la société sénégalaise, mais il faut reconnaître qu’à l’époque il y avait une bonne partie de ces supports traditionnels trop proche du pouvoir. Ceci ne permettait pas une diffusion équilibrée et sans filtre des messages de l’opposition.

Une occasion en or saisie par Pastef et son leader qui ont utilisé les réseaux sociaux pour vulgariser leur message et atteindre directement la population ciblée sans filtre ni déformation des événements. Parallèlement à ces médias traditionnels, les réseaux sociaux ont offert un espace de liberté, où la communication du parti était plus directe avec les jeunes.

Sur ces plateformes digitales, Pastef et ses leaders ont trouvé des créateurs de contenus capables de faire passer les informations selon leur convenance. C’est bien grâce à ce lien familier que les relations se sont renforcées entre le parti et les jeunes. En réalité, ce changement radical passant des médias traditionnels aux réseaux sociaux reflète aussi une transformation profonde dans notre manière de consommer l’information.

Pastef et son leader, Ousmane Sonko, ont organisé un meeting politique le samedi 8 novembre 2025. En tant que créateur de contenus, comment avez-vous travaillé avec les membres du parti pour vulgariser cette manifestation politique ?

Pour ce meeting, l’objectif était clair. D’abord, il était question de faire en sorte que l’information circule largement en direction des populations, notamment les jeunes, afin qu’ils s’informent davantage via les réseaux sociaux sur les tenants et aboutissants de cette manifestation politique.

La stratégie reposait sur une communication simple et centrée sur les militants ; d’où qu’ils se situent. En effet, la réalisation des formats courts et interactifs a été privilégiée afin de permettre une compréhension rapide des messages clés transmis aux jeunes.

Ensuite, l’autre objectif était de créer un contenu fidèle à l’événement, sans artifices, pour que ceux qui n’étaient pas présents puissent ressentir l’ambiance et la ferveur populaire. Ce type de contenus touche davantage les jeunes, car il rappelle que derrière les simples discours, il y a bien encore des citoyens avec de fortes convictions sur le projet mis en place par Pastef.

Le succès de cette manifestation politique a été favorisé par une collaboration avec d’autres créateurs de contenus afin d’élargir la portée de nos publications sur les réseaux sociaux. Ce travail d’équipe a permis une diffusion simultanée et virale du meeting au niveau national et dans la diaspora sénégalaise à travers les plateformes digitales.

Vous êtes un créateur de contenus affilié au Pastef. Aujourd’hui, après l’accession au pouvoir du parti, collaborez-vous avec des institutions étatiques ?

Oui, nous collaborons, aujourd’hui, avec certaines institutions publiques, mais toujours dans un esprit de bénévolat et d’engagement citoyen. Depuis l’arrivée au pouvoir de Pastef, j’ai eu l’occasion de travailler avec différents ministères pour mettre en lumière les actions gouvernementales, précisément celles qui ont un impact direct sur la jeunesse et le développement du pays.

J’ai récemment mobilisé plusieurs créateurs de contenus pour assurer la couverture de la Journée mondiale de l’épargne (le 31 octobre 2025) du ministère de l’Économie sociale et solidaire. Cette initiative illustre parfaitement notre volonté de contribuer, à notre échelle, à la vulgarisation des politiques publiques et la sensibilisation des citoyens.

Nous voulons également montrer que les créateurs de contenus peuvent aussi être des relais crédibles entre les institutions étatiques et la population en transmettant l’information de façon authentique et accessible au plus grand nombre. Cependant, il est important de préciser que nous le faisons sans attendre de contrepartie financière, car notre engagement repose généralement sur la conviction que la communication doit, pas à pas, accompagner le changement du pays.

Quel est l’impact réel de cette communication numérique sur la perception du gouvernement par la jeunesse sénégalaise ?

La communication numérique a profondément transformé la manière dont les Sénégalais perçoivent l’action gouvernementale. Aujourd’hui, les jeunes prêtent une oreille attentive à la gestion des affaires de la cité. Grâce aux plateformes numériques, les informations circulent plus vite et atteignent rapidement les jeunes, la véritable cible.

En clair, en suivant bien les algorithmes, les jeunes ne regardent plus attentivement les journaux télévisés parce que tout se joue maintenant dans la spontanéité des réseaux sociaux. Ce qui change la donne, c’est que la communication n’est plus verticale, c’est-à-dire du gouvernement vers le peuple.

Aujourd’hui, avec l’installation du Bureau d’information et communication gouvernementale (Bic-Gouv), cette communication est devenue plus horizontale et participative à l’égard de la population. Les Sénégalais se sentent davantage impliqués puisqu’ils peuvent s’exprimer librement et même interpeller les autorités sénégalaises sur la gestion des affaires de la cité.

Cela crée une nouvelle proximité entre le pouvoir et la population, mais aussi une forme de vigie citoyenne pour contrôler les politiques publiques de l’État. Cela pousse les gouvernants à plus de transparence, car ils savent que la jeunesse est éveillée et s’intéresse aux débats publics.

Entretien réalisé Par Mamadou Elhadji Ly

(Source : Le Soleil, 17 février2026)

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