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Les autorités s’attaquent aux « publicités mensongères » diffusées sur les radios

vendredi 3 septembre 2004

Régulation des médias

Le ministère sénégalais de l’Information a lancé un avertissement aux radios qui diffusent des publicités mensongères de tradipraticiens qu’il estime non dignes de foi. Cette mesure, qui intervient après plusieurs mises en garde du Haut conseil de l’audiovisuel, pourrait signifier la fin des publicités radiodiffusées pour les acteurs de ce secteur.

« Le Dr Papa Pitié, diplômé au Nigeria, vous promet de guérir le sida, les problèmes gastriques, de tension cardiovasculaire et même de grossir le diamètre de votre sexe. La consultation revient à 1 000 F CFA et le traitement aussi. » C’est en substance le contenu du communiqué de ce tradipraticien, très diffusé sur les ondes de Saint-Louis (Nord-Ouest du Sénégal), selon Cheikh, un Sénégalais de 38 ans. « Ce genre d’annonce est monnaie courante en ce moment », précise-t-il. Mais pour combien de temps encore ? Les autorités du pays ont décidé de sanctionner les « publicités mensongères » qui promettent monts et merveilles aux plus désœuvrés. Une mesure qui vise particulièrement les radios qui, depuis quelque mois, ne cessent de passer des réclames d’une véracité douteuse.

L’organisation non gouvernementale de la Promotion de la médecine traditionnelle (Prometra-Sénégal) estime qu’il faut remettre les pendules à l’heure. C’est pourquoi, à l’occasion de la deuxième Journée africaine de la médecine traditionnelle, elle organise, samedi 4 septembre, une manifestation qui mènera les acteurs du secteur de l’Obélisque, sur l’avenue du Général de Gaulle, à la Radio Télévision sénégalaise. L’objectif est d’interpeller le pouvoir sur la nécessité d’une loi régissant leur domaine d’activité pour éviter des débordements comme ceux qui font en ce moment polémique au Sénégal.

Le Haut conseil de l’audiovisuel avait déjà averti les radios

Ces débordements, qui se sont récemment intensifiés, ont commencé il y a plusieurs mois. Suite à des plaintes de patients déçus, le Haut conseil de l’audiovisuel (HCA) avait émis plusieurs injonctions à l’encontre des radios. Il avait aussi délivré des communiqués pour attirer leur attention sur les conséquences de la diffusion de messages mensongers. En vain. Le ministre de l’Information Mamoudou Diop Decroix a donc sorti, le 26 août dernier, une circulaire à tous les directeurs de radio pour soutenir l’action du HCA.

Le texte souligne que la « publicité mensongère cause d’énormes préjudices à un nombre incalculable de nos citoyens » et exhorte les responsables concernés à appliquer la loi pour protéger les quelque 85% de Sénégalais qui font appel aux tradipraticiens pour se soigner. « L’article 83-20 stipule que la publicité ne doit pas éveiller chez les malades des espoirs fallacieux, ni exploiter leur manque éventuel d’esprit critique à l’égard des messages leur promettant un traitement efficace ou la guérison », explique Modou Ngom, directeur de la communication du ministère.

Sanctions allant du retrait d’agrément à la fermeture

Les contrevenants risquent de lourdes sanctions. « Désormais, toute violation de ces dispositions expose à des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de l’agrément et à la fermeture pure et simple de la station fautive », avertit le document ministériel. « Au vu de la recrudescence des six derniers mois, il fallait à un moment dire ‘stop’. Il n’est plus possible d’entendre des publicités qui promettent notamment de guérir du sida en 48 heures », commente Modou Ngom, qui souligne que le Nigeria, avant le Sénégal, avait haussé le ton concernant « les publicités mensongères ».

La nouvelle a créé une onde de choc dans les radios. « Certains sont venus nous voir pour savoir si les programmes et débats sur le sida étaient menacés, pour savoir ce qu’ils avaient le droit ou non de faire. Un dialogue s’est installé, mais les avis sur notre décision sont mitigés », commente Modou Ngom.

Les tradipraticiens victimes de leur succès ?

Mitigé, c’est le moins qu’on puisse dire. « Tout est possible. Si quelqu’un vous dit qu’il peut soigner le sida, peut-être qu’il le peut réellement. J’ai déjà entendu parler de gens qui ne présentaient plus les symptômes de la maladie après avoir consulté un tradipraticien. Je pense que cette mesure vise uniquement à rassurer les médecins dont les cabinets se vident au profit des tradipraticiens », conclut un employé d’une radio sénégalaise qui a préféré ne pas être cité.

D’autres professionnels du milieu y voient une mesure socio-sanitaire de premier ordre. Car ils soulignent que lorsque les gens lisent ou entendent une information dans les médias, ils la prennent pour argent comptant. D’où leur devoir de les protéger. « Le secrétaire général a interdit de passer des annonces de tradipraticiens, car on ne peut pas faire la différence entre les vrais et les faux. Plutôt que de faire prendre un risque à nos auditeurs, nous avons choisi de ne cautionner aucun tradipraticien », explique Khalil Gueye, du service commercial de Sud FM Dakar. Et c’est bien la seule solution qui semble la plus appropriée pour ne pas avoir de problèmes avec les autorités. Pour ne pas tomber sous le coup de la loi, certaines stations pourraient décider de l’appliquer. Ce qui signifierait une disparition des annonces des tradipraticiens sur les ondes sénégalaises.

Habibou Bangré

(Source : Afrik.com 3 septembre 2004)

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