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Les Assises de la transformation digitale en Afrique lancent ALTINA, le réseau tech de la diaspora africaine

lundi 2 décembre 2019

Innovation/Entreprenariat

La ville durable était à l’honneur des Assises de la transformation digitale en Afrique (ATDA), en amont du Sommet Afrique-France 2020. Le rendez-vous parisien de la tech africaine de cette fin d’année 2019 était également l’occasion de lancer Aldina, une initiative créée pour fédérer les acteurs du digital de la diaspora.

Cela fait déjà plus de 10 ans que Mohamadou Diallo organise cet événement qui rassemble les responsables de l’économie 2.0 sur le continent. « A l’origine, nous avions créé un modeste réseau de directeurs informatiques africains à partir de Marrakech puis, est apparu CIO magazine », se souvient-il rétrospectivement. Huit ans plus tard, l’événement réunit plusieurs centaines de participants.

Cette année, une quinzaine de pays étaient représentés à la Maison de la Radio où de nombreuses personnalités se sont exprimées sur les enjeux de cette économie qui suscite l’intérêt grandissant des investisseurs et des decision makers internationaux. C’est d’ailleurs en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministère de l’Economie et des finances que se sont préparées ces 8e Assises du numériques.

Stéphanie Rivoal, secrétaire générale du Sommet Afrique-France 2020 ; Karym Sy, membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) et conseiller du président d’Emmanuel Macron ; ou encore Elisabeth Moreno, directrice Afrique du groupe HP, avaient fait le déplacement pour cette rencontre où le Sénégal était résolument à l’honneur.

De la protection des données personnelles à la sécurité des biens et des personnes, en passant par la redéfinition des « smart villages », les mécanismes de financement des villes nouvelles ou l’efficience énergétique, les débats techniques se sont succédé pendant 48 heures à un rythme soutenu.

Se recentrer sur les besoins essentiels

Pour Mohamadou Diallo, nul besoin de chercher l’inspiration out of Africa puisque le continent regorge d’inventivité. « Chaque ville à son ADN et lorsque l’on parle de smart cities. Il ne s’agit pas de plaquer un modèle hyper sophistiqué aux villes africaines, venu de Dubaï ou de Washington, car cela ne marchera pas ! Les innovations africaines sont une réalité, souvent portées par une jeunesse soucieuse de répondre aux réalités locales, que ce soit en matière de formation, d’agritech ou d’e-santé », explique-t-il avec enthousiasme, croyant dur comme fer au leapfrog technologique pour relever les défis du continent. « Actuellement, près de 60 % du budget des Etats sont consacrés à l’éducation et pourtant, cela est loin de couvrir tous les besoins. Il nous faut pourtant investir dans d’autres secteurs [...] Avec le numérique, l’accès à la connaissance est facilité et ce, à moindre coût », ajoute-t-il.

« Il y a 50 naissances par jour en Côte d’Ivoire et cela entraîne la nécessité de créer une salle de classe quotidiennement, si je reprends les données du livre de Bruno Mettling, président du groupe Orange Afrique et Moyen-Orient. On ne peut pas faire face à ce défi sans le numérique qui est aujourd’hui indispensable pour atteindre le leapfrog attendu et cela se décline dans tous les domaines, notamment dans la santé », poursuit-il convaincu.,

Toutefois, l’Afrique mobilise encore trop peu d’investissements pour soutenir le développement de son économie numérique. « 1 milliard de dollars par an en Afrique, ce n’est rien par rapport à la Chine qui mobilise 13 fois plus de fonds ou l’Inde qui en reçoit 7 fois plus, avec la même population que l’Afrique », d’autant que l’Afrique anglophone concentre à elle seule, quel que 70 % de l’intégralité de ces fonds.

Aldina, l’association qui rassemble la diaspora autour du numérique
Alors que Mohamadou Diallo se réjouit d’une économie numérique africaine qui « n’a pas attendu la Zleca [ zone de libre-échange continentale africaine, ndlr] » pour se fédérer (avec des initiatives comme l’opération rwandaise « Transform Africa » qui rassemble aujourd’hui plus d’une vingtaine de pays), il considère qu’il était temps de réunir une diaspora jusqu’ici écartée des grandes initiatives numériques du continent.

« La diaspora verse plus du double des contributions de l’aide publique au développement en Afrique. On a donc cherché à concentrer une partie de ces fonds autour de projets concrets dans la Tech », explique Chanel Gisage, membre d’Aldina et fondateur de Shaka AI, une société d’intelligence artificielle. « Je vis au Canada et je pense que le savoir-faire nord-américain basé sur le pragmatisme est complémentaire de la relation historique et académique de l’Europe avec l’Afrique, pour atteindre des résultats à fort impact à travers le digital », poursuit le jeune entrepreneur d’origine burundaise.

Créer des liens au sein de la diaspora issue de l’écosystème numérique africain : tel est le défi que s’est fixé Aldina, autour de la création d’un réseau structuré. « On dit souvent que les meilleurs partent, mais il arrive toujours un moment où les membres de la diaspora pensent à rentrer. Dès lors, comment faire ? Après leurs études, les jeunes salariés investissent souvent dans leur pays d’accueil où ils achètent des biens immobiliers, se marient et scolarisent leurs enfants. Ils se retrouvent, en quelque sorte, piéger par leurs engagements », constate Mahamadou Diallo pour expliquer la problématique retour de la diaspora en Afrique. En effet, il est parfois difficile de trouver le chemin du retour vers un continent qui n’attend pas nécessairement les enfants d’une diaspora à la recherche d’emplois aussi rares que qualifiés. « On n’est pas maître chez soi », conclut Mohamadou Diallo, philosophe.

40 % de la diaspora africaine en France prêts à plier bagage
Selon une récente étude menée par le cabinet Innogence Consulting pour Intelcia (ndr : le spécialiste marocain de l’outsourcing francophone), sur un échantillon de 800 jeunes diplômés et cadres de la diaspora africaine en France et en Belgique, une écrasante majorité d’entre eux cherchent à retourner sur le continent. « 40 % se disent prêts à retourner immédiatement travailler en Afrique et plus de 71 % l’envisagent d’ici une dizaine d’années », explique Landry Djimpé, Associé d’Innogence consulting.

La croissance économique du continent attire une jeunesse à la recherche d’un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle néanmoins, revenir dans son pays d’origine après des années d’absence implique de nouer des relations idoines susceptibles de faciliter son employabilité, mais aussi de se réapproprier un environnement qui a sensiblement évolué. « Plus de 70 % des personnes interrogées pensent que décrocher un emploi ou une promotion en Afrique nécessite d’avoir des relations », poursuit-il. Cette proportion grimpe à près de 90 % chez les moins de 24 ans.

Prosaïques, les jeunes africains de la diaspora envisagent donc un retour soutenu par un projet d’entrepreneuriat. « La création d’entreprises en Afrique est le premier facteur professionnel de motivation pour 62 % des membres de la diaspora », conclut Landry Djimpé. Toutefois, bien que l’économie numérique ne permette peut-être pas d’accéder « au don d’ubiquité, elle permet néanmoins de réaliser un certain nombre d’initiatives à distance », explique Mohamadou Diallo, pour qui le digital facilitera peut-être demain, le retour d’une diaspora en quête d’Afrique.

Marie-France Réveillard

(Source : La Tribune Afrique, 2 décembre 2019)

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