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Le succès de l’incubation des PME au Sénégal

jeudi 3 mars 2016

Innovation/Entreprenariat

Les incubateurs d’entreprises se multiplient en Afrique, comme CTIC Dakar, le premier à être dédié aux technologies de l’information et de la communication (TIC) en Afrique francophone. Cette association lancée en avril 2011 est issue d’un partenariat public-privé. Entretien avec Eva Sow Ebion, sa responsable du Business Développement.

Quels sont les principaux problèmes des PME que vous accompagnez ?

Se pose surtout la question de la conquête des marchés, car beaucoup d’entreprises et de grands comptes sont présents à Dakar. Il est difficile pour des start-up de se voir confier des projets malgré les solutions innovantes qu’elles proposent.

Second problème : les ressources humaines. Beaucoup de diplômés ne disposent d’aucune expérience professionnelle et les PME n’ont pas les moyens d’investir dans la formation.

Enfin, la question des financements se pose pour certains, dans un contexte où l’accès au crédit reste difficile. Bien des PME ne peuvent compter sur aucun accompagnement financier, car dans notre contexte, les familles sont plus difficilement des soutiens, et la bancarisation ne répond pas aux besoins des PME. Il n’existe pas de relation directe entre les banques et les PME, et aucune solution d’accès au crédit.

Ce qui nous amène à poser la question de l’écosystème dans lequel évoluent les PME, sachant qu’il est difficile d’avoir un fonds d’amorçage, faute de fonds souverain mis en place par l’Etat. Dans la vie d’une PME, il est crucial de pouvoir disposer au bout de trois ou cinq ans d’un capital qui permette de se développer.

Quel accompagnement proposez-vous aux PME ?

Nous proposons deux programmes. Le premier, dénommé « programme d’accélération », se déroule sur six mois, avec du coaching, de la formation, du mentoring, du suivi et du business development.

Le second porte sur trois ans d’incubation, avec accès à des bureaux, la connexion Internet, du coaching, du mentoring, un suivi administratif, commercial, technique, comptable et fiscal, ainsi qu’un soutien actif dans la recherche de partenaires.

Ayant le statut d’association, CTIC Dakar ne dispose dc pas de fonds à octroyer directement aux PME, mais joue un rôle capital dans leur écosystème. Nous travaillons avec des bailleurs de fonds tels que la coopération allemande, Open Society Initiative for West Africa (Osiwa) ou le Fonds de développement du service universel des télécommunications (FDSUT) sénégalais, mis sur pied en 2009 par l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT). Nous menons pour eux des programmes d’accompagnement pour l’octroi de financements aux porteurs de projets opérant dans la santé, l’agriculture, l’élevage ou la bonne gouvernance. Entre 2011 et 2015, 130 millions de francs CFA (198 000 euros) de financements ont été attribués aux PME.

Combien d’entreprises avez-vous déjà accompagné ?

Nous avons déjà accompagné 75 entreprises sénégalaises qui emploient 150 personnes qualifiées et affichent une croissance moyenne de 41% de leur chiffre d’affaire. Nous avons par ailleurs « coaché » 1750 jeunes.

Quel est le profil des jeunes que vous avez soutenus ?

Ce sont des diplômés ou des étudiants, qui viennent des grandes universités publiques ou des écoles privées avec lesquelles nous avons noué des partenariats. Ce sont aussi des entrepreneurs qui se sont lancés depuis 2 à 5 ans, mais qui rencontrent diverses difficultés et ont besoin d’accompagnement stratégique.

Quelles sont vos sources de financements ?

Ils proviennent surtout des bailleurs de fonds mais aussi de conventions signées avec des entreprises privées. Nous organisons donc des activités sur diverses thématiques afin de dénicher des solutions innovantes pour lesquelles nous mettons en place des programmes. Notre approche est pragmatique : nous partons des besoins de l’entreprise pour susciter une offre adéquate TIC élaborée par nos jeunes entrepreneurs. Une fois la sélection faite parmi ces derniers, nous les suivons dans leur business development, pour nous assurer de la bonne utilisation des fonds et de leur planning d’activités.

Quelles sont les PME passées par le CTIC qui ont rencontré le succès ?

L’agence digitale People Input, fondée en 2002 par Serigne Barro, compte aujourd’hui plus de 45 salariés, avec une belle visibilité sur le web et des activités de mise en œuvre de projets web et mobiles au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, avec des clients parmi les opérateurs télécoms, les institutions ou les médias.

Nous avons aussi incubé Nelam Services, une agence de communication digitale créée en 2008 par la blogueuse Aisha Dème et son partenaire Alassane Dème. Nelam Services a réalisé Agendakar.com, le premier site web du Sénégal dédié à la culture et aux événements, et lancé la campagne « No Smoke Revolution » qui a permis l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

L’entreprise Seysoo, une agence spécialisée dans les logiciels et solutions dédiées au secteur médical, compte divers clients au Sénégal mais aussi au Gabon.

Au-delà de vos actions d’accompagnement, menez-vous des actions d’influence auprès des décideurs pour défendre les PME ?

Oui, nous discutons régulièrement avec les institutions publiques afin de leur faire saisir l’impact des TIC sur notre société. Nous mettons l’accent sur le fait qu’une partie de la commande publique soit dédiée aux PME, d’où la nécessité d’une confiance en un savoir-faire local. Nous contribuons à la sensibilisation des grands groupes afin de les amener à comprendre que leur appui aux PME peut être autre que financier, sous forme de locaux, de conseil stratégique et de mentoring.

(Source : Idées pour le développement, 3 mars 2016)

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