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Le paradoxe burkinabè : entre rejet des pylônes télécoms et attentes d’un réseau de qualité

mardi 30 juin 2026

Qualité de service

Entre exigences de connectivité et craintes liées aux infrastructures, le Burkina Faso illustre les tensions qui traversent de nombreux pays africains. Alors que la demande de services numériques progresse, les autorités cherchent à concilier inclusion, sécurité et acceptabilité sociale du déploiement télécom.

Au Burkina Faso, le régulateur télécoms a lancé, le lundi 29 juin, un atelier de quatre jours visant à renforcer l’implication des autorités locales dans le déploiement des infrastructures télécoms. L’objectif est de lever les obstacles liés à la résistance de certaines populations à l’implantation des sites radioélectriques, alors même que ces dernières dénoncent régulièrement l’insuffisance de la couverture et la mauvaise qualité des services mobiles.

À travers cet atelier qui a été précédé d’initiatives similaires, le gouvernement burkinabè entend transformer les administrateurs locaux en « ambassadeurs du numérique ». Ils sont ainsi appelés à jouer un rôle de facilitateurs, de médiateurs de proximité et de relais d’information afin de sensibiliser les populations à l’importance des infrastructures de télécommunications.

Au cours de l’atelier, les participants sont outillés sur le cadre juridique et institutionnel des communications électroniques, les servitudes administratives et le droit d’occupation du domaine public routier, les normes et réalités liées aux rayonnements non ionisants, les règles environnementales de déploiement, ainsi que la contribution du Fonds d’accès et de service universel (FASU) à l’inclusion numérique.

La résistance des populations

Wendlassida Patrice Compaoré, secrétaire exécutif de l’ARCEP, explique que les riverains s’opposent régulièrement à l’installation de pylônes en raison de préoccupations environnementales ou de fausses informations sur les effets des rayonnements non ionisants. Les communes de Bittou, Koudougou, Loumbila, Ouahigouya, Ouagadougou, Réo et Bobo‑Dioulasso figurent parmi les plus concernées par ces difficultés de déploiement.

« Des projets d’implantation de sites radioélectriques sont parfois retardés, suspendus ou abandonnés en raison d’incompréhensions, de réticences ou d’inquiétudes exprimées par les populations urbaines », a‑t‑il déclaré, cité par le média burkinabè Lefaso.net.

Ces résistances sont en partie alimentées par des informations erronées attribuant systématiquement aux rayonnements non ionisants des effets nocifs sur la santé. Le déploiement des réseaux 4G et, plus récemment, de la 5G, suscite notamment des inquiétudes dans certaines communautés.

Pourtant, l’exposition du public aux champs électromagnétiques fait l’objet de recommandations internationales. Pour les fréquences comprises entre 2 et 300 GHz, utilisées par les réseaux de télécommunications, la Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) fixe des valeurs limites de 61 volts par mètre (V/m) pour le champ électrique et de 10 watts par mètre carré (W/m²) pour la densité de puissance en exposition continue.

Ces seuils, sont repris dans la recommandation ITU‑T K.91 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), et visent à prévenir les effets sanitaires avérés. Selon l’ICNIRP, une exposition supérieure à ces limites peut entraîner un échauffement des tissus corporels et, potentiellement, des effets néfastes sur la santé. Les limites recommandées intègrent toutefois d’importantes marges de sécurité afin de protéger l’ensemble de la population, y compris les groupes les plus sensibles.

Un paradoxe qui cache des enjeux plus larges

Cette résistance des populations empêche les opérateurs d’installer de nouvelles tours, ce qui contribue à limiter la couverture réseau et à fragiliser la qualité de service. Dans certaines zones où le réseau est encore absent ou insuffisant, les habitants restent ainsi en marge de la connectivité, avec des difficultés d’accès aux services numériques de base.

Selon les chiffres officiels datant d’août 2024, le taux de couverture des services de téléphonie mobile au Burkina Faso atteint 85 %, contre 64 % pour l’Internet 3G et 46 % pour la 4G. En matière d’usage, environ 28,3 % de la population avait accès à Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Le taux de pénétration de la téléphonie mobile s’établit, lui, à 63,9 %.

Il convient toutefois de préciser que la résistance de certaines populations ne suffit pas, à elle seule, à expliquer les problèmes de qualité de service. Plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte, notamment le vandalisme des infrastructures, la situation sécuritaire dans certaines zones, le niveau d’investissement des opérateurs télécoms, ainsi que les contraintes liées à la maintenance et à l’entretien des équipements.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 30 juin 2026)

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