La Guinée : veut s’inspirer du Kenya pour la production locale de smartphones
lundi 4 mai 2026
Le smartphone est devenu un outil central dans l’accès aux services numériques du quotidien, mais son coût reste un obstacle majeur pour une large partie des populations africaines. Face à cette réalité, les États et les entreprises du secteur multiplient les initiatives pour élargir l’accès.
La Guinée veut s’inspirer du modèle kényan pour la production locale de smartphones. Inscrite dans le cadre des ambitions de souveraineté numérique nationale, l’initiative peut faciliter le déploiement et l’accès de la population aux services télécoms, dans un contexte de transformation numérique prononcée.
La semaine dernière, en marge du « Connected Africa Summit » qui s’est tenu à Nairobi, le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mourana Soumah, a discuté de coopération avec son homologue kényan. Il a ensuite visité deux unités industrielles majeures du secteur.
La première étape de cette mission a conduit la délégation chez East Africa Device Assembly Kenya (EADAK), la première usine d’assemblage de smartphones du pays, avec une capacité de production estimée à 3 millions d’unités par an. Selon les visiteurs, cette structure démontre comment l’industrie locale permet de faciliter l’accès aux terminaux tout en créant de l’emploi et en favorisant le transfert de compétences. Les officiels guinéens ont ensuite visité la Nia Fiber Factory, une entreprise spécialisée dans la fabrication de fibre optique.
Pour Conakry, l’appropriation de ces modèles industriels doit servir de « sources d’inspiration tangibles » pour la mise en œuvre du Programme Simandou 2040. Selon le ministère, ces réussites est-africaines viendront particulièrement nourrir le Pilier 3 du programme, consacré au développement d’infrastructures numériques nationales robustes et productives.
L’accès aux smartphones
Ces projets des autorités guinéennes interviennent dans un contexte où de plus en plus de pays africains optent pour la production locale de smartphones et autres appareils technologiques. Cette approche est présentée comme une solution pour faire baisser le prix de ces appareils, nécessaires pour l’adoption des services télécoms et numériques.
Dans un rapport publié en décembre 2025, la GSMA explique que le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme en Afrique subsaharienne s’élevait à 39 dollars en 2024. Cela représentait 26 % du revenu pour l’ensemble de la population. Ce ratio atteint 64 % pour les 40 % les plus pauvres et 87 % pour les 20 % les plus pauvres. Il est de 32 % pour les femmes et de 23 % pour les hommes.
Selon les données de la Banque mondiale, 26,57 % des Guinéens âgés de plus de 15 ans possédaient un smartphone en 2024. Dans le même temps, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estime le taux de pénétration d’Internet à 33,3 % alors que 82,2 % de la population possédait un téléphone mobile.
Les défis de la production locale
Le projet de production locale de smartphones n’en est encore qu’à ses débuts. Il faudra donc attendre ses premières phases opérationnelles pour en évaluer concrètement les effets sur l’offre et les prix sur le marché.
Par ailleurs, la production locale comporte plusieurs défis. L’exemple du Kenya est révélateur. Dans ce pays, un partenariat public-privé a permis le lancement, en octobre 2023, d’une usine d’assemblage de smartphones à bas coût. En janvier 2026, les autorités kényanes ont indiqué que cinq millions d’appareils avaient déjà été assemblés, commercialisés entre 6000 et 8000 shillings kényans (soit environ 46,4 à 61,9 dollars).
Malgré ces prix relativement accessibles, la GSMA indique que l’adoption de ces smartphones reste limitée. Les consommateurs les perçoivent souvent comme étant de moindre qualité et moins attractifs que les marques internationales bien établies comme Infinix, Itel, Redmi ou Vivo, pourtant elles aussi positionnées sur l’entrée de gamme.
Selon la GSMA, ces constats soulignent que les initiatives d’assemblage local doivent s’accompagner de véritables stratégies de construction de marque et de renforcement de la confiance des consommateurs pour espérer concurrencer efficacement sur le marché.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 4 mai 2026)
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