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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Septembre 2026 > La Cour suprême suspend provisoirement la licence accordée à Starlink au Sénégal

La Cour suprême suspend provisoirement la licence accordée à Starlink au Sénégal

jeudi 10 septembre 2026

Faits divers/Contentieux

La Cour suprême a ordonné la suspension provisoire de la licence accordée à Starlink, un fournisseur de services internet par satellite, faisant suite à un recours introduit par la société nationale des télécommunications (Sonatel), contestant les conditions d’autorisation de la filiale sénégalaise de SpaceX de l’homme d’affaires américain Elon Musk.

Le contentieux porte sur l’arrêté ministériel n°038974 du 6 novembre 2025 par lequel le ministère en charge de la Communication, des Télécommunications et du Numérique avait autorisé Starlink Sénégal Suarl à exploiter, pour une durée de cinq ans, un service d’accès à internet fixe par satellite, peut-on lire dans la décision de la juridiction.

La Sonatel avait notamment contesté cette autorisation en invoquant son statut de titulaire d’une licence individuelle de premier rang, estimant que l’arrivée de Starlink dans ces conditions est susceptible de ‘’porter atteinte à ses intérêts économiques, aux règles de concurrence ainsi qu’à ses droits de défense’’.

Dans sa défense, l’opérateur sénégalais a mis en avant l’ampleur des droits et redevances acquittés dans le cadre de ses activités d’opérateur titulaire d’une licence individuelle de premier rang.

Il a aussi évoqué ses obligations liées à son statut, notamment en matière de couverture du territoire, de service universel, de continuité et de qualité des services.

Le dossier Starlink avait déjà été marqué par plusieurs épisodes liés à la commercialisation et à l’utilisation de ses équipements au Sénégal.

Son autorisation s’inscrivait dans le cadre du New Deal Technologique, la stratégie nationale de développement et d’accélération de la politique numérique lancée en février 2025, disait-on.

Le déploiement de l’internet haut débit par satellite était notamment présenté comme une solution destinée à renforcer le maillage numérique du territoire, en complément des réseaux existants, particulièrement dans les zones les plus reculées.

Dans ce cadre, le gouvernement avait négocié l’acquisition de 5 000 kits Starlink à un tarif préférentiel. Ces équipements devaient contribuer à la desserte des zones blanches, au déploiement de réseaux wifi communautaires ainsi qu’à la connexion d’établissements scolaires et de collectivités territoriales.

Le gouvernement avait également annoncé l’objectif de connecter gratuitement un million de Sénégalais durant le premier semestre 2026.

Plusieurs épisodes de tension autour de Starlink

Le fournisseur présente l’internet haut débit par satellite comme particulièrement adapté à la couverture des zones les plus reculées.

Starlink avait officiellement commencé à fournir son service d’accès à internet haut débit par satellite au Sénégal, une mise en service annoncée sur le réseau social X par Elon Musk, président-directeur général de SpaceX.

Plusieurs observateurs interrogés par l’APS avaient attiré l’attention sur les enjeux éthiques et de gouvernance que cette arrivée soulève, au regard notamment du “profil controversé” de son promoteur, Elon Musk, fondateur de SpaceX, dans un contexte mondial marqué par l’imbrication croissante de la politique, de la géopolitique et des rapports de domination symbolique liés à la production du savoir et à la maîtrise des données.

Selon Malick Fall, expert sénégalais et fondateur de Polaris Secure Technologies, un cabinet de conseil, spécialisé en cybersécurité, l’audit, la formation présent au Sénégal et en France, “les discussions autour de Starlink ne peuvent se limiter à la question de la connectivité ou de la réduction de la fracture numérique”.

Ce débat, estime-t-il, est à inscrire dans un débat plus large, sur “la place des grandes entreprises technologiques privées dans la gestion d’infrastructures désormais considérées comme stratégiques”.

“Plus que de simples outils techniques, des actifs stratégiques”

“Les controverses entourant le fondateur de SpaceX, connues pour ses prises de position publiques parfois clivantes et son influence sur des infrastructures numériques à l’échelle mondiale, ont ravivé une interrogation centrale : dans quelle mesure l’éthique et la gouvernance d’une entreprise doivent elles peser dans les choix stratégiques de l’État et du citoyen ?”, s’est-il interrogé.

Pour le spécialiste, les infrastructures numériques ne sont plus de simples outils techniques. À l’instar des réseaux d’énergie ou de transport, “elles constituent aujourd’hui des actifs stratégiques”, en mesure de conditionner “l’accès à l’information, le fonctionnement des services publics, la continuité de l’activité économique et, dans certains cas, la sécurité nationale”.

Sur cette base, tranche-t-il, “confier une part significative de la connectivité nationale à une entreprise privée étrangère impose une réflexion approfondie sur la fiabilité de sa gouvernance et la prévisibilité de ses décisions”.

L’enjeu pour le Sénégal, affirme-t-il, est de poser la réflexion en s’assurant des capacités de “l’entreprise à respecter durablement les cadres juridiques et institutionnels du pays hôte, ainsi que sur l’existence de mécanismes clairs de contrôle, de transparence et d’audit”.

“Les débats autour du fondateur de SpaceX rappellent que les orientations d’un acteur technologique peuvent être influencées par des choix personnels, économiques ou géopolitiques, parfois indépendants des intérêts des États utilisateurs”, a encore fait valoir Malick Fall.

Aux fins de son analyse, l’adoption d’infrastructures numériques stratégiques “suppose une vigilance accrue afin d’éviter toute dépendance excessive à des décisions prises hors du cadre légal national”.

Le fondateur de Polaris Secure Technologies (Polaris ST) met en garde contre le risque “d’ignorer les enjeux de gouvernance au nom de l’urgence technologique ou du rattrapage numérique”.

Interrogé par l’APS, l’expert et essayiste Mandiaye Diallo rappelait également que toute technologie comporte toujours des aspects positifs, mais aussi des risques et des inconvénients. “Starlink ne fait pas exception”.

Dans les zones les plus connectées du pays, notamment à Dakar, l’accès à Internet, et plus précisément l’achat de données, “est extrêmement coûteux au regard du PIB par habitant”, a-t-il signalé.

Faire de cette technologie une ‘’solution d’appoint, encadrée, limitée dans le temps’’

Dans les zones rurales ou reculées, “la situation est encore plus critique : il n’y a parfois tout simplement aucune connexion, ou alors un signal extrêmement faible”, note M. Diallo, auteur de l’ouvrage “La Quatrième Blessure : pourquoi l’Afrique doit gagner la guerre numérique”, sorti en 2026 et consacré aux enjeux du numérique sur le continent.

Il martèle que “si Starlink permet réellement de réduire cet +Apartheid numérique+, en améliorant l’accès au signal et en baissant le coût des données, cela représenterait un avantage majeur pour le Sénégal”.

Au chapitre des inconvénients, Mandiaye Diallo a insisté sur l’externalité de la technologie offerte par Starlink, qui repose sur une “infrastructure entièrement satellitaire. Aucun réseau local à construire, aucune fibre à déployer : le matériel, le support, les satellites, la maintenance : tout est externe”.

Il déplore le fait également que cette technologie satellitaire ne prévoit “aucun transfert de technologie, aucune montée en compétence locale, aucun partage de savoir-faire stratégique, faisant allusion à une régulation extrêmement complexe, du fait que les infrastructures spatiales sont hors de notre juridiction territoriale”.

Le spécialiste note par ailleurs que contrairement aux opérateurs nationaux qui, malgré leurs limites, restent créateurs d’emplois locaux, Starlink entraînera “une quasi-absence de création d’emplois significatifs au Sénégal”.

L’essayiste s’est aussi interrogé sur la contribution fiscale de Starlink à l’économie nationale.

Selon lui, il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais d’être “lucide, stratégique et responsable”, notant que Starlink est une technologie puissante, avec des avantages réels, mais “potentiellement très dangereuse si elle est adoptée sans vision d’ensemble”.

“Starlink ne doit jamais devenir la colonne vertébrale numérique du Sénégal. Elle doit être une solution d’appoint, encadrée, limitée dans le temps”, tranche-t-il.

(Source : APS, 10 septembre 2026)

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