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L’île Maurice numérise sa sécurité sociale, source de 37,4 % des dépenses de l’État

mardi 2 juin 2026

Transformation digitale

Face à l’ampleur croissante des exigences budgétaires et administratives des systèmes de protection sociale, les États sont contraints de repenser en profondeur leurs outils de gestion. À Maurice, cette dynamique engage un chantier stratégique où la transformation numérique devient autant un levier de performance qu’un enjeu de gouvernance publique.

À Maurice, la transformation numérique du système de sécurité sociale est officiellement engagée après treize années d’attente. Le gouvernement a officiellement lancé, le mercredi 27 mai, le programme de numérisation des dossiers des bénéficiaires des prestations sociales, dans le cadre du projet « Bulk Scanning of Beneficiary Files ». Une opération de grande ampleur qui vise à intégrer plus de 10,5 millions de documents au futur système E‑Social Security.

L’initiative intervient dans un contexte où la protection sociale représente l’un des principaux postes de dépenses publiques du pays. Selon les données officielles, les dépenses consacrées à ce secteur ont atteint 91,4 milliards de roupies (1,9 milliard de dollars) durant l’exercice budgétaire 2024‑2025, soit 37,4 % des dépenses totales de l’État et 12,8 % du produit intérieur brut (PIB). À juin 2025, le nombre de bénéficiaires de la Pension de Retraite de Base s’élevait à 279 559 personnes.

Jusqu’à présent, la gestion administrative de ces prestations reposait largement sur des archives papier. Dans certains bureaux de la Sécurité sociale, les dossiers s’accumulaient du sol au plafond, compliquant le travail quotidien des agents chargés du traitement des pensions, aides sociales et contributions des affiliés, explique le ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Ashok Subron.

Une administration appelée à gagner en efficacité

Le projet prévoit la numérisation progressive de l’ensemble des dossiers liés aux pensions, aides sociales, prestations destinées aux personnes en situation de handicap ainsi qu’aux affiliés du National Pension Scheme (NPS) et du National Solidarity Fund (NSF). Les autorités estiment qu’environ 18 mois seront nécessaires pour finaliser l’intégration complète des données.

Chaque mois, près de 800 000 paiements sont effectués au profit d’au moins 350 000 bénéficiaires. Dans ce contexte, la dématérialisation des procédures apparaît comme un levier majeur d’amélioration de la qualité du service public.

L’accès instantané aux informations devrait permettre de réduire les délais de traitement des demandes, réduire les erreurs liées aux traitements manuels et améliorer les conditions de travail du personnel. Pour les autorités, la modernisation de la sécurité sociale doit contribuer à rendre l’action publique à la fois plus efficace et plus accessible.

Un outil au service de la soutenabilité du système

Au‑delà des gains opérationnels, le projet répond également à des préoccupations financières de long terme.

La réforme intervient alors que Maurice engage une restructuration progressive de son système de retraite. Le budget 2025‑2026 prévoit notamment un relèvement graduel de l’âge d’éligibilité à la Pension de Retraite de Base, de 60 à 65 ans, afin de tenir compte du vieillissement de la population et des contraintes budgétaires croissantes.

Plusieurs observateurs soulignent depuis plusieurs années les fragilités structurelles du financement des retraites et des aides sociales – la contribution sociale généralisée instaurée en pleine crise sanitaire – qui se heurte désormais à des défis de soutenabilité budgétaire, d’équité intergénérationnelle et de cohérence économique.

Dans ce contexte, la mise en place d’une base de données centralisée pourrait permettre un meilleur suivi des bénéficiaires, une identification plus rapide des doublons ou anomalies administratives et une plus grande visibilité sur les flux financiers. Des éléments devenus essentiels pour piloter un dispositif représentant plus d’un tiers des dépenses publiques nationales.

Une pièce supplémentaire dans la stratégie numérique de l’État

Le projet E‑Social Security s’inscrit également dans la feuille de route numérique du gouvernement mauricien, qui place la modernisation administrative, la transparence et la gouvernance publique au cœur de son programme.

La démarche rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains, où les gouvernements investissent dans la création de registres sociaux numériques afin d’améliorer le ciblage des aides publiques, de réduire les erreurs d’inclusion ou d’exclusion et de renforcer l’efficacité des politiques sociales.

Pour Maurice, l’enjeu dépasse donc la simple numérisation d’archives. Il s’agit de bâtir une infrastructure de données capable d’accompagner l’évolution future du système de protection sociale et de soutenir les décisions publiques dans un contexte de pression démographique et budgétaire croissante.

Les défis de la transition numérique

La réussite du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs.

La cybersécurité constitue l’un des principaux défis. La centralisation de données sensibles concernant plusieurs centaines de milliers de citoyens exige des dispositifs robustes de protection contre les cyberattaques et les fuites d’informations.

Les autorités devront également veiller au respect de la confidentialité des données personnelles, à l’accompagnement des agents publics dans l’adoption des nouveaux outils et à l’accessibilité des services numériques pour les populations les plus vulnérables, notamment les personnes âgées.

Si ces conditions sont réunies, la numérisation de la sécurité sociale pourrait devenir l’un des projets emblématiques de la modernisation administrative mauricienne et contribuer à renforcer l’efficacité d’un système qui constitue l’un des principaux piliers de la solidarité nationale.

Muriel EDJO

(Source : WeAreTechAfrica, 2 juin 2026)

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