Internet par satellite : Amazon mise sur les fournisseurs locaux pour se lancer en Afrique
jeudi 16 juillet 2026
Comme Starlink, Amazon Leo s’appuiera sur une constellation de satellites en orbite basse pour fournir ses services. Son concurrent, qui a lancé ses activités commerciales en Afrique en janvier 2023, est aujourd’hui présent dans une trentaine de pays du continent.
Amazon Leo, le service d’Internet par satellite d’Amazon, a signé un accord avec un fournisseur d’accès à Internet sud‑africain pour commercialiser ses services dans le pays. Ce partenariat éclaire la stratégie d’entrée de l’entreprise américaine en Afrique, alors que Starlink, qui a privilégié une approche plus directe auprès des consommateurs, fait face à des défis réglementaires sur plusieurs marchés du continent.
Le partenariat, annoncé le mercredi 15 juillet, a été conclu avec Herotel, présenté comme le plus grand fournisseur sud‑africain d’accès fixe à Internet. L’entreprise intégrera la technologie satellitaire d’Amazon Leo à son nouveau service baptisé « evry », qui devrait être lancé commercialement en 2027. Les clients utiliseront de petites antennes, sans nécessiter le déploiement d’une infrastructure terrestre en fibre optique ou en réseau fixe sans fil jusqu’au site du client.
« Herotel a passé des années à développer la connectivité dans les villes agricoles, auprès des petites entreprises et des communautés situées en périphérie. Avec Amazon Leo, l’entreprise pourra désormais atteindre encore davantage de personnes », a déclaré David Zapolsky, directeur mondial des affaires publiques et juridiques d’Amazon.
Un modèle fondé sur les partenariats locaux
L’annonce de ce partenariat confirme une stratégie déjà évoquée en début d’année par Helen Kyeyune, responsable des affaires réglementaires et des licences pour l’Afrique subsaharienne chez Amazon Leo. Selon la presse locale, elle expliquait que l’entreprise souhaitait contribuer à l’extension de la couverture Internet en Afrique du Sud en fournissant des capacités de transport par satellite aux fournisseurs d’accès locaux.
« Nous nous associons à des partenaires locaux pour fournir le réseau et les services. Les partenaires locaux seront propriétaires de la relation client et en assumeront la responsabilité réglementaire », avait‑elle déclaré, citée par ITWeb.
Avec ce modèle, Amazon Leo fournit l’infrastructure satellitaire, tandis que les fournisseurs locaux prennent en charge la commercialisation des offres, la relation avec les utilisateurs et une partie des obligations réglementaires. L’entreprise prévoit aussi de collaborer avec les autorités afin de faciliter l’accès aux ressources nécessaires, notamment le spectre radioélectrique, pour permettre à ses partenaires de déployer les services.
Helen Kyeyune avait également précisé que le lancement se ferait progressivement. Amazon Leo prévoit d’abord de fournir ses services à un nombre limité de clients dans le cadre d’une phase bêta commerciale, avant un déploiement élargi, au rythme de l’arrivée de nouveaux satellites et de l’augmentation de la couverture et de la capacité du réseau.
Une approche qui contraste avec le modèle direct de Starlink
Le partenariat avec Herotel intervient alors que Starlink n’a toujours pas obtenu l’autorisation de commercialiser ses services en Afrique du Sud, malgré sa présence commerciale sur le continent depuis janvier 2023 et son déploiement dans une trentaine de pays africains. En Afrique australe, plusieurs États bénéficient déjà des services de l’entreprise, dont la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana, le Mozambique, le Malawi, le Lesotho et l’Eswatini.
En Afrique du Sud, le régulateur télécoms impose à toute entreprise étrangère souhaitant obtenir une licence TIC de céder au moins 30 % de son capital à des personnes historiquement défavorisées. Face aux réticences de Starlink, le gouvernement a proposé d’assouplir ce cadre en intégrant des programmes d’équivalence d’investissements (EEIPs). Si l’entreprise s’est dite favorable à cette option et a formulé des propositions en ce sens, le mécanisme reste contesté par une partie de la classe politique et par certains acteurs du secteur.
Au‑delà de l’Afrique du Sud, la question de l’ancrage local figure également parmi les motifs avancés par la Namibie pour justifier son refus d’accorder une licence d’exploitation à Starlink. Les autorités ont aussi évoqué des préoccupations liées à la sécurité nationale, à la souveraineté des données et au respect des exigences réglementaires. Sur ce dernier point, l’entreprise était notamment accusée d’avoir opéré sans licence et de ne pas avoir répondu aux sollicitations du régulateur.
Par ailleurs, en Ouganda, où Starlink a obtenu une licence en mai dernier, les autorités avaient insisté sur plusieurs exigences, notamment en matière de protection des consommateurs, d’interception légale, de protection des données et de confidentialité, d’intégrité du réseau, de garantie des revenus, de conformité aux conditions de licence et de responsabilité opérationnelle.
Une expansion africaine encore en phase de préparation
Il convient toutefois de rappeler qu’Amazon Leo n’en est encore qu’au début de son déploiement. Le service n’a pas encore été officiellement lancé à grande échelle, même si l’entreprise a récemment indiqué avoir atteint un nombre de satellites suffisant pour commencer à fournir une connectivité dans certaines latitudes, avant d’étendre progressivement la couverture et les capacités de son réseau avec le lancement de nouveaux satellites.
Il reste également à déterminer si le modèle de partenariat avec des fournisseurs locaux sera appliqué à l’ensemble des marchés africains ou s’il constitue une approche spécifique à l’Afrique du Sud. Amazon Leo a déjà engagé des discussions avec les autorités de plusieurs pays du continent, notamment le Nigeria, le Kenya et le Liberia.
Au‑delà de la stratégie d’entrée sur les marchés, l’enjeu sera aussi de démontrer la compétitivité de l’offre. Quel que soit le modèle retenu, Amazon Leo devra convaincre face à Starlink, mais également face aux solutions déjà établies, comme la fibre optique, les réseaux fixes sans fil et les services des opérateurs télécoms traditionnels.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 16 juillet 2026)
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