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Internet : le Nigeria choisit IAI et Thales Alenia Space pour acquérir deux nouveaux satellites

lundi 24 août 2026

Infrastructures

Alors que les grandes puissances se disputent l’influence numérique sur le continent, Abuja joue les équilibristes dans l’orbite africaine. Le Nigeria, géant économique en quête de souveraineté technologique, renégocie discrètement sa place dans le ciel, bousculant au passage ses alliances historiques pour mieux contrôler ses propres flux de données.

Le Conseil exécutif fédéral du Nigeria (FEC) a donné son feu vert à l’acquisition et au déploiement de deux nouveaux satellites de communication à haut débit, NIGCOMSAT-2A et NIGCOMSAT-2B. L’annonce, faite samedi 22 août par Stephen Kwande, responsable par intérim des affaires institutionnelles de la Nigerian Communications Satellite Limited (NigComSat), confie la fabrication des deux appareils à Thales Alenia Space (France) et à Israel Aerospace Industries (IAI), marquant ainsi une rupture avec le partenaire chinois historique du pays dans le secteur spatial.

Les deux satellites, qualifiés de « satellites de communication à haut débit (HTS) », doivent renforcer la capacité satellitaire du Nigeria et réduire sa dépendance aux infrastructures étrangères. « Cette capacité satellitaire supplémentaire permettra de prendre en charge le haut débit, la diffusion, la connectivité des entreprises, les services gouvernementaux et d’autres applications numériques émergentes […] et soutiendra également les réseaux terrestres à large bande en offrant une couverture plus étendue dans les zones où le déploiement d’infrastructures conventionnelles peut s’avérer difficile ou coûteux », a déclaré NIGCOMSAT.

Le lancement est prévu en deux temps : NIGCOMSAT-2A d’ici à fin 2028, et NIGCOMSAT-2B en 2029 ou en 2030 selon les dernières indications de l’opérateur. L’approbation du FEC ouvre la phase de négociation contractuelle avec les deux industriels, avant le début de la fabrication proprement dite.

Une flotte vieillissante

Pour la directrice générale de NIGCOMSAT, Jane Nkechi Egerton-Idehen, cette validation gouvernementale dépasse le simple exercice budgétaire. Elle y voit une étape structurante pour la souveraineté numérique du pays, insistant sur la nécessité de transformer cet investissement en bénéfices tangibles pour la population et de consolider la position de l’entreprise publique dans l’économie satellitaire mondiale. Le discours officiel met en avant trois priorités : l’extension du haut débit vers les zones rurales et mal desservies, le renforcement de la résilience des communications critiques — sécurité et défense en tête — et la diversification des fournisseurs technologiques.

Le choix franco-israélien du Nigeria marque une rupture stratégique avec ses partenariats historiques dans le domaine. En effet, depuis 2007, le programme satellitaire nigérian s’est construit avec la Chine. NigComSat-1, premier satellite du pays, avait été conçu et lancé via une fusée chinoise Longue Marche-3B depuis Xichang, avant de tomber en panne dès novembre 2008. Son remplaçant, NigComSat-1R, mis en orbite en 2011 avec le même partenaire, approche aujourd’hui de la fin de sa durée de vie opérationnelle théorique de quinze ans. Dès juillet 2024, NIGCOMSAT avait entamé des recherches pour attirer des investisseurs internationaux en vue de préparer sa succession, puis noué en janvier 2025 un partenariat avec l’Européen Eutelsat pour des services en orbite basse (LEO), en complément de son offre géostationnaire classique.

En optant cette fois pour Thales Alenia Space et IAI, le Nigeria diversifie ses partenaires industriels dans un secteur spatial africain en pleine recomposition, où les capitaux chinois, européens, américains et désormais israéliens se disputent des marchés jugés stratégiques pour la connectivité du continent.

Et après ?

L’approbation du FEC n’est qu’un feu vert budgétaire et politique. Elle ouvre la négociation contractuelle, pas la fabrication. Plusieurs inconnues restent à lever avant qu’un satellite ne quitte effectivement le sol. D’abord, le financement : ni le montant de l’investissement ni son montage — fonds propres, emprunt souverain, partenariat public-privé — n’ont été précisés à ce stade, un point sensible dans un pays aux finances publiques contraintes. Ensuite, le calendrier : la fenêtre 2028-2030 laisse peu de marge, alors même que NigComSat-1R vieillit et que toute prolongation de sa durée de vie n’est pas garantie techniquement. Reste enfin la question de fond, plus géopolitique : le choix d’un partenaire israélien, dans un contexte régional et international sensible, ne manquera pas de susciter des débats — les premières réactions sur les réseaux sociaux nigérians en attestent déjà.

Pour Abuja, ce nouvel investissement dépasse la seule technique. Il s’agit de sécuriser une souveraineté satellitaire jugée critique pour la défense, l’administration numérique et la couverture des zones enclavées, tout en évitant de reproduire les déboires de NigComSat-1.

(Source : WeAreTechAfrica, 24 août 2026)

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