Internet : le Mali diversifie ses routes internationales, mais le réseau national reste fragile
lundi 26 octobre 2026
Pour les pays sans accès direct à la mer, l’accès à la connectivité internationale constitue une difficulté supplémentaire pour développer l’accès à Internet. Au Mali, plus de 60 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, selon l’UIT.
Le Mali, pays enclavé, a mis en service le lundi 5 octobre une nouvelle liaison en fibre optique avec le Sénégal. Si cette initiative est censée renforcer l’accès aux réseaux internationaux pour l’Internet, elle intervient alors que le pays doit encore relever d’importants défis pour étendre et fiabiliser son propre réseau national.
La liaison a été mise en service au point de passage de Kidira-Diboli, à la frontière entre le Mali et le Sénégal. Elle relie les réseaux dorsaux de la Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD-SA) et de Sénégal numérique SA, les deux opérateurs publics chargés de leurs infrastructures nationales de fibre optique.
Plusieurs corridors pour sécuriser l’accès à Internet
La nouvelle liaison avec le Sénégal ajoute un corridor supplémentaire au dispositif d’accès du Mali à la connectivité internationale. Selon les autorités maliennes, elle est connectée à un système de câbles sous-marins passant par le Cap-Vert et le Portugal. Cela permet au trafic malien d’emprunter une nouvelle route vers les réseaux internationaux.
Le Mali disposait déjà de plusieurs connexions terrestres avec les pays voisins. Dans son diagnostic de l’économie numérique publié en 2023, la Banque mondiale recensait 12 liaisons en fibre optique passant par sept points de sortie, donnant au pays accès à des câbles sous-marins via la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Sénégal, la Guinée, la Mauritanie et le Maroc. Ces connexions reposent à la fois sur les réseaux d’opérateurs télécoms privés, comme Orange Mali, et sur les infrastructures de l’entreprise publique SMTD.
Cette diversité de corridors est particulièrement importante pour le Mali, qui ne dispose d’aucun accès direct à la mer et dépend donc des infrastructures de ses voisins pour acheminer son trafic vers les réseaux internationaux. La multiplication des routes permet de réduire la dépendance à un seul itinéraire et d’offrir des possibilités de réacheminement en cas de défaillance sur une liaison.
Le maillage national reste incomplet
Le renforcement des accès du Mali aux réseaux internationaux ne règle toutefois qu’une partie de la question de la connectivité. Pour que les capacités obtenues via les différents corridors puissent bénéficier aux populations et aux acteurs économiques, elles doivent encore être acheminées à travers le backbone national et distribuées jusque dans les différentes régions du pays. La STMD revendique un réseau de fibre long de 3500 km.
Or, selon la Banque mondiale, le réseau national reste insuffisant pour réduire la fracture numérique. Le diagnostic indique que 29 des 57 cercles du Mali et 130 des 704 villes administratives secondaires ne sont pas encore connectés au backbone. L’institution estime que des investissements importants sont nécessaires pour étendre la connectivité à l’ensemble des cercles et des communes du pays.
À ce problème de couverture s’ajoutent des difficultés de qualité et de fiabilité du réseau. La Banque mondiale signale des problèmes sur certaines sections du backbone de la SMTD, notamment sur les tronçons où la fibre a été enterrée, avec des coupures fréquentes. Les difficultés d’accès à certains sites, liées à l’état des routes, aux contraintes sécuritaires et au manque de moyens logistiques, compliquent aussi les opérations de maintenance et d’extension du réseau.
La SMTD fait aussi face à des contraintes financières et techniques, parmi lesquelles la mobilisation et la diversification des ressources, l’optimisation du réseau de fibre et le vieillissement de certains équipements.
Par ailleurs, l’extension de la connectivité nécessite aussi d’autres infrastructures au-delà du réseau de fibre optique. Il s’agit entre autres des antennes-relais mobiles, des réseaux de collecte, des équipements de transmission, des centres de données et des installations électriques permettant d’assurer le fonctionnement des équipements télécoms.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 26 octobre 2026)
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