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IA en Afrique subsaharienne : un déficit d’infrastructure qui cache des opportunités d’investissements

lundi 19 janvier 2026

Intelligence artificielle

L’adoption de l’IA s’accélère en Afrique, dans le cadre de la transformation numérique en cours. Le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations unies estime par exemple que l’IA peut non seulement accroître l’efficacité, mais aussi éliminer les retards et les redondances.

L’Afrique subsaharienne demeure à un stade embryonnaire du développement des infrastructures d’intelligence artificielle (IA), mais l’ampleur de l’écart met aussi en évidence une opportunité majeure d’investissement stratégique et de coopération régionale. Selon l’Indice de préparation gouvernementale à l’IA 2025 d’Oxford Insights, aucun pays de la région n’obtient un score supérieur à 56 sur 100 en matière d’infrastructures d’IA, contre 89,27 pour les États-Unis et 76,92 pour la Chine.

L’Indice, qui évalue 195 pays à partir de 69 indicateurs, montre que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à des contraintes structurelles liées à la fiabilité de l’électricité, à la capacité des centres de données, au matériel de calcul et à l’accès à Internet haut débit. Le Kenya, l’Afrique du Sud, Maurice et le Nigeria figurent parmi les leaders régionaux, se classant respectivement 65e, 67e, 71e et 72e au niveau mondial. L’Afrique du Sud arrive en tête du classement régional des infrastructures d’IA avec un score de 55,23. Maurice (46,19), les Seychelles (41,22), le Botswana (40,80) et le Ghana (40,60) suivent.

À l’autre extrémité du spectre, le Burundi, le Tchad, le Niger et la République du Congo affichent des scores inférieurs à 20, reflet d’infrastructures de base limitées. Dans l’ensemble, la moitié des pays d’Afrique subsaharienne obtiennent un score inférieur à 35.

Ces résultats mettent en lumière non seulement des déficits technologiques, mais aussi des défis de développement plus larges, notamment des filières de formation encore insuffisamment développées et des cadres politiques en construction. Combler ces lacunes représente une opportunité d’aligner les investissements dans les infrastructures numériques, les systèmes énergétiques, l’éducation, la recherche et la régulation. Avec une coordination adéquate, ces efforts pourraient accélérer l’adoption de l’IA et libérer des gains de productivité dans de nombreux secteurs.

De manière encourageante, une dynamique se met en place : l’Éthiopie a alloué 7,7 millions de dollars à l’IA en 2025 ; le Rwanda s’est associé à la Fondation Gates pour lancer un AI Scaling Hub et a accueilli le Sommet mondial 2025 sur l’IA en Afrique ; le Nigeria a dévoilé son propre AI Scaling Hub ainsi qu’une feuille de route nationale ; l’écosystème de start-up du Kenya continue d’attirer des investisseurs régionaux et internationaux. Si ces initiatives ne se sont pas encore traduites par des améliorations majeures des scores d’infrastructures, elles témoignent d’un engagement politique croissant et d’un apprentissage institutionnel en cours.

La stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA, adoptée en 2024, s’inscrit dans cette dynamique en reconnaissant les limites des approches nationales fragmentées. Elle appelle à une harmonisation des politiques et au développement d’infrastructures partagées telles que des installations régionales de supercalcul et des projets conjoints de centres de données. Cela vise à mutualiser les ressources, réduire les coûts et accélérer les progrès.

À l’échelle mondiale, d’autres économies émergentes, dont l’Inde, le Brésil et l’Indonésie, affichent déjà des scores supérieurs à 56. Cependant, des pays plus petits comme l’Estonie, l’Uruguay et la Lituanie montrent qu’une stratégie ciblée peut produire des résultats solides. Au Moyen-Orient, des pays comme les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont su mobiliser capital et coordination pour bâtir rapidement des écosystèmes d’IA, offrant des modèles adaptables aux réalités africaines.

Les infrastructures restent la pierre angulaire de la préparation à l’IA. Une alimentation électrique fiable, une capacité de calcul abordable et une connectivité robuste sont des prérequis pour déployer l’IA dans les services publics, soutenir la recherche et permettre aux startups de passer à l’échelle. Si 29 pays africains ont élaboré ou sont en train d’élaborer des stratégies nationales en matière d’IA, la traduction de ces ambitions en impacts concrets exigera des investissements soutenus et à grande échelle, ainsi qu’une coopération régionale renforcée.

L’Indice 2025 est sans ambiguïté : le déficit d’infrastructures d’IA en Afrique subsaharienne est réel, mais l’opportunité l’est tout autant. Avec une action coordonnée et un engagement de long terme, la région peut se positionner non pas en marge, mais comme un acteur à part entière de l’économie mondiale de l’IA.

Hikmatu Bilali

(Source : Agence Ecofin, 19 janvier 2026)

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