IA dans les salles de classe : le pari zambien pour une éducation sur mesure
jeudi 12 mars 2026
Alors que l’inadéquation entre formation et marché du travail freine l’employabilité des jeunes en Afrique subsaharienne, la Zambie mise sur l’intelligence artificielle pour personnaliser l’enseignement et mieux armer ses diplômés face aux exigences économiques du pays.
Le gouvernement zambien a signé un mémorandum d’accord (MoU) avec la société britannique Obrizum Group Ltd pour piloter l’intégration de l’intelligence artificielle dans son système éducatif. L’information, rendue publique le lundi 9 mars par le ministère de la Technologie et des Sciences via un communiqué officiel, constitue une étape inédite dans la politique éducative du pays. L’accord, signé à Lusaka, cible dans un premier temps les élèves du secondaire, avant d’être étendu aux établissements de formation technique, professionnelle et entrepreneuriale (TEVET). Le démarrage du projet pilote est prévu pour la mi-avril 2026.
Sur le terrain, le programme s’appuiera sur des outils d’apprentissage pilotés par l’IA, capables d’analyser en temps réel les besoins et les capacités de chaque apprenant pour adapter l’enseignement en conséquence. M. Chibeza Agley, directeur général d’Obrizum Group, souligne que la collaboration « se concentrera sur des solutions d’apprentissage basées sur l’IA, conçues pour transformer l’expérience éducative des apprenants et des enseignants ».
Le projet, promet-il, « démontrera comment l’apprentissage technologique peut améliorer l’efficacité, les résultats scolaires et mieux préparer les diplômés aux exigences du marché du travail moderne ». Adossé à l’université de Cambridge, Obrizum Group apporte une crédibilité académique qui, selon le ministre Felix Mutati, « positionne le projet pour introduire des solutions d’apprentissage compétitives à l’échelle mondiale en Zambie ».
L’enjeu va bien au-delà de la technologie. Pour le ministre Mutati, « la qualité de l’éducation ne doit pas être déterminée par la localisation géographique ». Autrement dit, un élève en zone rurale reculée devrait pouvoir accéder aux mêmes ressources pédagogiques qu’un élève urbain. Les données analytiques générées par l’IA permettront en outre aux enseignants de « concevoir des expériences d’apprentissage adaptées aux capacités individuelles » de chaque élève, transformant ainsi le rôle du professeur en véritable chef d’orchestre pédagogique.
Cette initiative intervient dans un contexte éducatif sous tension. Selon une étude récente de l’UNICEF, le taux de transition du primaire vers le secondaire en Zambie n’est que de 63 %, en raison principalement du manque de places disponibles dans les établissements. À peine 46,8 % des élèves du secondaire accèdent à l’enseignement supérieur ou technique, une fracture qui pénalise particulièrement les filles, exposées aux mariages précoces et aux grossesses adolescentes.
Par ailleurs, l’organe onusien signale que la qualité de l’enseignement reste préoccupante, les scores moyens des élèves de 5e année n’atteignant que 34,97 % en anglais et 31,07 % en mathématiques. Une faiblesse qui pèse lourd sur le marché du travail, dans un pays où l’âge médian de la population n’est que de 18,2 ans, selon les données 2024 des Nations unies.
Félicien Houindo Lokossou
(Source : Agence Ecofin, 12 mars 2026)
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