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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Juin 2026 > Guinée : derrière les investissements numériques, la question de la régulation

Guinée : derrière les investissements numériques, la question de la régulation

jeudi 25 juin 2026

Régulation des télécoms

Ces dernières années, la Guinée a clairement accéléré sa mue numérique. Pourtant, à mesure que les réseaux s’étendent, que les capacités de connectivité augmentent et que les ambitions se précisent, une interrogation devient inévitable : l’architecture institutionnelle qui encadre le secteur est-elle encore à la hauteur de ses transformations ?

Les investisseurs aiment les grands projets. Logique, dans la mesure où les câbles
sous-marins, les centres de données, les réseaux de fibre optique ou les programmes
d’infrastructures à plusieurs milliards de dollars offrent des perspectives faciles à mesurer.

Au contraire, les régulateurs, eux, font rarement la une ! Pourtant, lorsqu’une entreprise décide d’engager des capitaux sur un marché, elle ne regarde pas seulement sa taille ou son potentiel de croissance. Elle regarde aussi les règles qui l’organisent.

Orange a dévoilé un programme d’investissement de 125 millions d’euros dans ses réseaux fixes en Afrique de l’Ouest1, une enveloppe qui couvre dix pays dont la Guinée. Sur le terrain, le pays a déjà vu se déployer plus de 12 000 kilomètres de fibre optique2. Dans le même temps, un accord a été conclu pour raccorder la Guinée à un second câble sous-marin. Quant au programme Simandou 2040, il prévoit près de 200 milliards de dollars d’investissements sur quinze ans et fixe un objectif de couverture numérique de 95 % du territoire à l’horizon 2040.

Si ces annonces témoignent d’une ambition, elles posent aussi une question : les institutions chargées d’organiser ce marché avancent-elles au même rythme que les investissements ? Il faut dire que dans les télécommunications, la réponse est rarement purement économique. Un marché peut croître rapidement tout en demeurant peu concurrentiel. Mais, il peut aussi attirer des opérateurs sans offrir toutes les garanties attendues par les investisseurs. Enfin, il peut également disposer d’infrastructures modernes sans parvenir à créer la confiance nécessaire à son développement à long terme.

Ainsi, avec plus de 14 millions de connexions mobiles et plus de 12 000 kilomètres de fibre optique déployés sur son territoire, la Guinée dispose désormais d’un secteur des télécoms qui compte parmi les plus dynamiques de la sous-région. Mais comme partout ailleurs, la performance d’un marché dépend autant de la qualité de ses réseaux que de celle de son arbitrage.

C’est précisément dans cette perspective qu’il faut lire la réforme de mars 2023 ayant consacré l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) comme autorité administrative indépendante.

Et si le sujet peut paraître technique, il est en réalité stratégique.

Car sur tous les marchés numériques matures, le rôle du régulateur consiste à maintenir un équilibre parfois fragile entre les intérêts des opérateurs, ceux des consommateurs et ceux des investisseurs. Lorsque cet équilibre est absent, la concurrence tend à s’affaiblir, les positions dominantes se renforcent et les investissements deviennent plus difficiles à sécuriser. Lorsqu’il fonctionne, il contribue au contraire à créer un environnement plus lisible et plus prévisible.

Justement, depuis cette réforme, plusieurs évolutions vont dans ce sens.

La réforme la plus structurante est toutefois encore en cours. Lancée en 2026, elle vise à repenser plusieurs mécanismes clés du marché à travers une étude sur l’itinérance nationale et la création d’un opérateur de tours, complétée par l’élaboration de lignes directrices sur le partage d’infrastructures et d’un cadre de licences pour les opérateurs mobiles virtuels (MVNO). Ceci, dans l’objectif de réduire les coûts de déploiement, d’améliorer la couverture du territoire et de stimuler la concurrence.

Parallèlement, la transparence du secteur s’est renforcée. L’audit mené en 2023 auprès de plusieurs acteurs des télécommunications, dont les conclusions ont été rendues publiques, a constitué un signal important en faveur d’une meilleure redevabilité. Dans le même esprit, l’Observatoire des tarifs offre désormais une visibilité plus régulière sur l’évolution des offres commerciales, permettant aux consommateurs comme aux pouvoirs publics de comparer plus facilement les pratiques des différents opérateurs.

De même, la question des infrastructures a également pris une importance nouvelle.

Car les perturbations enregistrées sur le câble ACE en 2024 ont rappelé une évidence souvent sous-estimée : dans une économie de plus en plus numérisée, la connectivité est une infrastructure critique, dont dépendent les services financiers, les administrations, les entreprises et une part croissante des activités quotidiennes. Le raccordement du pays à un second câble sous-marin répond ainsi à un impératif qui dépasse largement le seul secteur des télécommunications : celui de la continuité économique.

Parallèlement, la Guinée cherche à renforcer sa présence dans les espaces où se définissent les règles du secteur. La présidence du CAR et la participation aux grandes rencontres internationales consacrées aux télécommunications témoignent d’une volonté de contribuer davantage aux réflexions qui façonneront l’économie numérique africaine des prochaines années.

Pour autant, plusieurs chantiers demeurent ouverts.

La portabilité des numéros mobiles figure parmi les réformes les plus attendues. En permettant aux consommateurs de changer d’opérateur sans perdre leur numéro, elle renforcerait mécaniquement la concurrence et encouragerait les acteurs du marché à se différencier davantage par la qualité de leurs services. De même, la poursuite de l’harmonisation du cadre juridique apparaît essentielle pour offrir aux investisseurs la visibilité nécessaire à des engagements de long terme.

Finalement, à mesure que Simandou2040 redessine les ambitions économiques du pays, il est important de noter que la question n’est plus uniquement de construire des infrastructures ou d’attirer des capitaux, mais surtout de bâtir les institutions capables de transformer ces investissements en avantage compétitif durable.

Car si les grands projets attirent l’attention, ce sont souvent les règles qui déterminent leur réussite ! Et de ce point de vue-là, la Guinée a compris quelque chose d’essentiel : un marché se construit autant qu’il se développe durablement.

(Source : CIO Mag, 25 juin 2026)

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