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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Septembre 2026 > Fibre, cloud, IA : le Nigeria veut construire les bases de sa souveraineté (…)

Fibre, cloud, IA : le Nigeria veut construire les bases de sa souveraineté numérique

mercredi 2 septembre 2026

Politiques africaines

Le Nigeria accélère la construction de ses infrastructures numériques, de la fibre aux centres de données, avec un objectif plus large : réduire sa dépendance technologique et disposer des capacités nécessaires pour développer son propre écosystème d’IA.

Le Nigeria veut attirer 750 millions de dollars d’investissements privés dans les infrastructures locales de cloud et de données au cours des 24 prochains mois. Cette ambition vient compléter le déploiement de 90 000 km de fibre optique supplémentaire et s’inscrit dans la stratégie du président Bola Ahmed Tinubu visant à faire du pays un producteur et un exportateur de solutions numériques.

George Akume, secrétaire du gouvernement fédéral, a présenté cette ambition le 31 août à Abuja, lors du GITEX 2026 Government Leadership & AI Summit. L’objectif est de disposer, au-delà des réseaux permettant l’accès à Internet, des infrastructures nécessaires pour stocker, traiter et exploiter localement les données et les services numériques.

La fibre reste le socle

Le déploiement des 90 000 km de fibre optique constitue le cœur de Project BRIDGE, lancé en août 2025. Le programme prévoit de relier les 774 collectivités locales et de faire passer le réseau national d’environ 35 000 à 125 000 km. Sa mise en œuvre bénéficie notamment d’un financement de 500 millions de dollars approuvé par la Banque mondiale, avec des décaissements conditionnés à différentes étapes du déploiement. La BERD et l’Union européenne ont également engagé des financements.

En parallèle, le gouvernement déploie environ 3 700 sites télécoms afin d’étendre la couverture à plus de 20 millions de personnes dans les zones mal desservies. China Industrial Bank s’est engagée à soutenir la mise en service d’au moins 1 000 sites d’ici à fin 2026.

Ces investissements répondent à une faiblesse persistante du marché nigérian : Internet est largement accessible par les réseaux mobiles, mais les connexions fixes restent peu développées. Le pays comptait 154,7 millions d’abonnements actifs à Internet en avril 2026, contre seulement environ 265 000 abonnements FTTH. BRIDGE doit aussi permettre aux fournisseurs d’accès de partager les infrastructures et de moins dépendre des réseaux des opérateurs historiques, tout en offrant des itinéraires alternatifs pour améliorer la résilience du réseau.

L’enjeu est également économique. Selon les projections fournies pour BRIDGE, le projet pourrait générer 20 000 emplois directs et plus de 150 000 emplois indirects, tout en contribuant à une hausse de 1,5 % du PIB par habitant.

Le déploiement reste cependant exposé au coût des travaux, au vandalisme et aux coupures de fibre. L’utilisation des infrastructures pose aussi un problème d’accessibilité : un forfait fixe de 5 Go représente environ 15 % du revenu national brut par habitant, contre un seuil de 2 % retenu par l’Union internationale des télécommunications (UIT). Avec environ 92 000 abonnés fin 2025, Starlink ajoute par ailleurs une concurrence satellitaire au marché de l’accès fixe.

Du réseau aux capacités locales

La prochaine étape consiste à compléter ces réseaux par des infrastructures capables d’héberger et de traiter les données. Abuja veut ainsi développer des capacités locales de cloud et de données pour répondre aux besoins du marché nigérian, mais aussi servir l’Afrique de l’Ouest et le reste du continent.

Cette orientation rejoint le thème du GITEX 2026, « Beyond Connectivity : The Bridge to Sovereign AI and Innovation ». Pour Kashifu Abdullahi, directeur général de la NITDA, l’intelligence artificielle doit être considérée comme une infrastructure nationale stratégique et non comme un simple outil. Le Nigeria veut donc pouvoir contrôler son propre écosystème d’IA, plutôt que de dépendre exclusivement de systèmes développés dans d’autres juridictions.

Cette maîtrise passe notamment par la capacité à développer ses propres systèmes et à les entraîner avec des données nigérianes. L’objectif n’est donc plus seulement de permettre aux utilisateurs d’accéder aux services numériques, mais aussi de disposer localement des moyens nécessaires à leur conception et à leur fonctionnement.

Les données deviennent un enjeu stratégique

Cette stratégie s’appuie sur un cadre institutionnel renforcé. Le NIMC Act 2026 a fait de la National Identity Management Commission une autorité numérique fondamentale, avec un cadre juridique consacré à la gestion de l’identité et à la souveraineté des données. Galaxy Backbone reste, pour sa part, l’agence opérationnelle centrale des télécommunications fédérales et de la protection des actifs numériques nationaux.

Le développement des compétences accompagne ces infrastructures. Le programme 3 Million Technical Talent (3MTT) compte 1,87 million d’inscriptions dans les 774 collectivités locales et a déjà formé plus de 125 000 personnes au cloud computing, à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et au génie logiciel.

La capacité à exploiter ces équipements constitue toutefois une autre condition de réussite. Les opérateurs doivent notamment supporter les coûts liés aux sites, dont certains dépendent du diesel, tandis que le prix des équipements et le niveau de maîtrise des outils numériques peuvent limiter leur utilisation.

George Akume a appelé les investisseurs et les innovateurs à nouer des partenariats afin que l’Afrique puisse conquérir son marché de l’IA, estimé à 1 000 milliards de dollars d’ici à 2035. Pour le Nigeria, le défi consiste désormais à transformer ses réseaux, ses infrastructures de données et ses compétences en services capables de répondre aux besoins du marché national et régional.

Olivier de Souza

(Source : Agence Ecofin, 2 septembre 2026)

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