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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > Entretien exclusif avec El Hadji Malick Gueye, Directeur général de Wave (…)

Entretien exclusif avec El Hadji Malick Gueye, Directeur général de Wave Digital Finance

jeudi 19 février 2026

Portrait/Entretien

« Wave Sénégal porte le mobile money au-delà du simple transfert d’argent, vers la mobilité urbaine et l’e-commerce »

Au Sénégal, l’inclusion financière ne se limite plus au simple transfert d’argent : elle passe par l’accès à une palette élargie de services numériques qui touchent le quotidien des citoyens et des entreprises. Wave, acteur majeur du mobile money dans le pays, a fait de cette vision sa priorité, sous l’impulsion de son Directeur général, El Hadji Malick Gueye, Directeur général de Wave Digital Finance. En élargissant son offre au-delà des paiements mobiles, vers des services tels que la mobilité urbaine et l’e-commerce, l’entreprise cherche à connecter le paiement digital aux besoins économiques concrets de millions de Sénégalais. Grâce à des innovations comme le ticket électronique pour le Bus Rapid Transit (BRT) et le Train Express Régional (TER), ou la carte virtuelle Visa pour les achats en ligne, Wave transforme le paiement mobile en véritable infrastructure économique. Dans ce contexte, l’entreprise s’adapte également aux réformes réglementaires récentes de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tout en préparant de nouvelles solutions de crédit, d’épargne et d’assurance, visant à renforcer la digitalisation de l’économie et à favoriser une inclusion financière durable. Cette interview explore la stratégie de diversification de Wave, les défis à relever et les perspectives de la fintech sur le marché sénégalais.

Wave élargit progressivement son offre au-delà du paiement mobile. En quoi la diversification vers des services comme la mobilité urbaine ou l’e-commerce peut-elle renforcer l’inclusion financière au Sénégal ?

L’inclusion financière commence par l’accès aux services financiers, mais elle ne peut plus se limiter aujourd’hui aux usages de base. Après les services dits de première et de deuxième génération, l’enjeu pour Wave Sénégal est devenu de connecter le paiement digital aux besoins économiques concrets du quotidien, partout où un acte de paiement existe. C’est dans cette logique que nous avons élargi notre offre vers des services à fort impact, comme la mobilité urbaine. Avec le ticket électronique intégré à notre application, les usagers du Bus Rapid Transit (BRT) et du Train Express Régional (TER) peuvent acheter leurs titres de transport directement depuis leur téléphone. Au-delà de la simplicité, cela contribue à réduire l’usage du cash, à fluidifier les déplacements urbains et à familiariser des millions de voyageurs avec le paiement numérique dans un contexte récurrent et structurant.

Nous avons également travaillé à démocratiser l’accès à l’e-commerce. La carte virtuelle Visa permet désormais à nos clients de payer en ligne sur des plateformes de commerce électronique, d’abonnement, de billetterie, de streaming ou de services numériques, avec un haut niveau de sécurité. Pour de nombreux utilisateurs, il s’agit d’un premier accès aux paiements en ligne, là où les moyens de paiement traditionnels restent peu accessibles. Cette diversification renforce l’inclusion financière parce qu’elle multiplie les usages utiles du paiement digital, au-delà du simple transfert d’argent. Elle permet aux utilisateurs d’expérimenter les services financiers numériques tout au long de leur journée (se déplacer, consommer, accéder à des services) sans recourir à la liquidité. C’est ainsi que le mobile money devient une véritable infrastructure économique, au service de l’inclusion, mais aussi de la transformation digitale du Sénégal. Bien entendu, Wave entend jouer dans ce cadre un rôle prépondérant.

Quels sont aujourd’hui les obstacles majeurs à l’intégration de services comme le transport ou l’e-commerce dans l’écosystème Wave ?

En matière de défis, les obstacles à l’intégration de services tels que le transport ou l’e-commerce sont moins technologiques que structurels et comportementaux. Sur la mobilité urbaine, le principal défi reste la généralisation du paiement digital au-delà des transports formels. Aujourd’hui, près de 90 % des déplacements urbains s’effectuent encore via des transports classiques (cars rapides, bus Tata, clandos) largement dominés par le cash. L’enjeu est donc de bâtir des partenariats pragmatiques avec cet écosystème fragmenté afin de déployer des solutions simples, adaptées aux réalités des transporteurs et acceptées par les usagers. Concernant l’e-commerce, le défi est avant tout celui de l’appropriation des usages. Beaucoup d’utilisateurs accèdent pour la première fois au paiement en ligne. Cela nécessite un travail continu de pédagogie, de confiance et de sécurisation, pour permettre aux consommateurs comme aux commerçants de tirer pleinement parti de ces services. Nous restons convaincus que l’intégration du paiement digital dans ces secteurs est un processus progressif, qui repose autant sur l’innovation que sur l’adhésion des acteurs et des utilisateurs. C’est là que se joue la prochaine étape de l’inclusion financière.

Les réformes récentes appliquées sur l’industrie du mobile money. Comment Wave perçoit-elle l’évolution récente du cadre réglementaire ? Comment Wave s’adapte-t-elle aux nouvelles exigences de la BCEAO, notamment en matière de conformité, KYC et gestion des risques ?

Le cadre réglementaire du mobile money évolue naturellement avec la montée en puissance du secteur. L’arrivée de nouveaux acteurs, la multiplication des partenariats et l’augmentation rapide des volumes ont conduit les autorités, notamment la BCEAO, à renforcer les exigences en matière de conformité, de KYC et de gestion des risques. Ces réformes répondent à un double objectif : sécuriser l’écosystème tout en consolidant les progrès réalisés en matière d’inclusion financière au sein de l’UEMOA, particulièrement au Sénégal. Chez Wave, nous abordons ces évolutions réglementaires comme un levier de structuration et de confiance, et non comme une contrainte. En tant qu’entité régulée, nous appliquons strictement l’ensemble des dispositions qui encadrent nos opérations. En matière de KYC, un travail rigoureux de mise à niveau et de fiabilisation de notre base de données a été mené, afin d’améliorer la qualité de l’identification des utilisateurs, la traçabilité des transactions et la capacité de détection des risques, dans le respect du cadre juridique national et régional. La question de l’identification est en effet centrale, car elle constitue la première étape de l’inclusion financière. Selon la Banque mondiale, près de 22 % de la population mondiale ne dispose pas de documents d’identité reconnus, un taux qui dépasse 40 % dans certains pays africains. Au Sénégal, ce chiffre est estimé autour de 18 %, ce qui montre à la fois les progrès réalisés et le travail restant à accomplir. Dans ce contexte, notre rôle consiste à concilier exigences réglementaires, innovation technologique et réalité sociale, afin de permettre une inclusion financière durable et sécurisée.

Comment évaluez-vous l’environnement des affaires au Sénégal pour une fintech comme Wave aujourd’hui ?

Nous comptons environ 38 millions de comptes mobile money ouverts, avec une utilisation en forte progression. En 2023, le volume des transactions a augmenté de près de 45 %, pour atteindre environ 2,1 milliards d’opérations, représentant une valeur cumulée de plus de 38 000 milliards de FCFA à fin décembre. Ces chiffres illustrent l’intégration croissante du paiement digital dans l’économie sénégalaise.

Pour Wave Sénégal, cette dynamique est à la fois un motif de satisfaction et un levier d’encouragement pour aller plus loin dans la démocratisation des services financiers, au bénéfice des ménages, des commerçants et de l’économie informelle. Cet environnement reste toutefois exigeant et évolutif. Le renforcement du cadre réglementaire et les discussions fiscales, notamment autour de la nouvelle taxe dite TTA, introduisent une part d’incertitude. Nous en comprenons pleinement les motivations et adhérons à l’objectif de contribution du secteur à l’effort national. Néanmoins, il est important que la conception et la mise en œuvre de cette taxe restent justes et équilibrées, afin de préserver la dynamique du secteur et de ne pas peser excessivement sur le pouvoir d’achat des usagers, qui sont au cœur de l’inclusion financière. Dans ce contexte, le dialogue entre autorités et acteurs du secteur est essentiel pour garantir un cadre à la fois soutenable, prévisible et favorable à l’innovation. Le mobile money demeure un pilier de l’inclusion financière et un moteur clé de la transformation économique du Sénégal.

Avec la concurrence croissante dans le mobile money, quelles sont les priorités de Wave pour consolider sa présence sur le marché sénégalais ?

Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, notre priorité reste claire : démocratiser durablement l’accès aux services financiers en ancrant le paiement numérique dans le quotidien des Sénégalaises et des Sénégalais. Cela passe par le déploiement de solutions de paiement partout où un besoin économique existe. Après la mobilité urbaine et l’e-commerce, nous poursuivons une diversification sectorielle ciblée vers d’autres secteurs à forte valeur ajoutée et à fort volume d’usages, afin de multiplier les occasions d’utilisation du paiement digital.

Cette stratégie vise à installer des habitudes durables de paiement numérique, au-delà des transferts classiques. Dans un marché concurrentiel, la différenciation repose avant tout sur la valeur créée pour les usagers, en termes de simplicité, d’accessibilité et d’utilité. À terme, cette approche contribue à renforcer la présence de Wave sur le marché sénégalais tout en accompagnant la digitalisation progressive de l’économie et l’inclusion financière.

Quels investissements ou nouvelles offres la population sénégalaise peut-elle attendre de Wave dans les prochaines années ?

Dans les prochains mois, notre objectif est clair : élargir progressivement la gamme de services financiers accessibles via Wave, au-delà du paiement. Nous travaillons activement sur des services autour du crédit, de l’épargne et, à terme, de l’assurance, avec une approche adaptée aux réalités du marché sénégalais. L’ambition est de proposer des solutions simples, responsables et accessibles, qui répondent à des besoins concrets du quotidien, notamment pour des populations et des acteurs économiques encore peu servis par les circuits financiers traditionnels. Ces services seront conçus de manière progressive, en tenant compte des exigences réglementaires, de la gestion des risques et de la protection des usagers. L’enjeu n’est pas de reproduire des modèles bancaires classiques, mais de tirer parti du digital et de la donnée pour offrir des services financiers plus inclusifs, mieux ciblés et intégrés aux usages existants. À travers ces investissements, Wave entend accompagner une nouvelle étape de la finance digitale au Sénégal : une finance plus complète, plus utile et plus proche des besoins réels de l’économie et des ménages.

(Source : Financial Afrik, 18 février 2026)

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