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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Août 2026 > En Afrique comme ailleurs, les Etats s’emparent de la protection des mineurs (…)

En Afrique comme ailleurs, les Etats s’emparent de la protection des mineurs sur les réseaux sociaux

jeudi 27 août 2026

Contenus numériques

Alors que plusieurs pays africains préparent des restrictions d’âge sur les réseaux sociaux, la protection des mineurs se joue aussi dans les fonctions proposées par les plateformes. Leur encadrement dépend toutefois des moyens de contrôle des États.

L’accord conclu mercredi 26 août entre le géant des réseaux sociaux Meta et une coalition d’Etats américains ne se contente pas d’empêcher les enfants de moins de 13 ans d’accéder à Facebook et Instagram. Il réglemente aussi l’expérience proposée aux adolescents qui peuvent légalement y disposer d’un compte. En Afrique, l’approche que plusieurs pays tentent de mettre en œuvre pour protéger les enfants et les adolescents concerne d’abord l’âge minimum.

Le groupe californien a accepté de verser jusqu’à 18 milliards de dollars à 47 États des États-Unis, et de modifier ses plateformes pour mettre fin à des poursuites l’accusant d’avoir conçu des services addictifs pour les jeunes, trompé le public sur leurs risques et collecté illégalement des données d’enfants. Meta, qui ne reconnaît aucune faute, appliquera ces changements aux États-Unis si l’accord est homologué par la justice. Selon les documents judiciaires, les comptes adolescents seront limités par défaut à deux heures d’utilisation quotidienne, avec un blocage entre minuit et 6 heures et l’interruption des notifications pendant les heures de classe.

Le nombre de « j’aime » et de réactions sera masqué, certains filtres esthétiques interdits et les parents disposeront de contrôles renforcés. Meta devra aussi proposer un fil non personnalisé, améliorer la vérification de l’âge et soumettre l’application des mesures à un auditeur indépendant. L’accord ne va toutefois pas jusqu’à supprimer les recommandations personnalisées ou la publicité ciblée.

Au-delà de l’âge

Sur le continent africain, l’accord à l’amiable conclu par Meta trouve un écho particulier à l’heure où de plus en plus d’Etats tentent de contrôler l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Au Rwanda, un projet visant à restreindre l’accès des moins de 16 ans est en préparation. Le Nigeria mène des consultations sur d’éventuelles restrictions d’âge, mais aussi sur la vérification de l’identité et la responsabilité des plateformes. Le Zimbabwe a adopté une politique couvrant notamment le cyber-harcèlement, le chantage sexuel et la protection des données.

Le Gabon est ainsi allé plus loin. Son ordonnance de février 2026 qui fixe la majorité numérique à 16 ans impose également aux plateformes de limiter certaines fonctions de publication et d’interaction et de désactiver par défaut les contacts provenant d’utilisateurs non identifiés. Elle prévoit par ailleurs des mécanismes de vérification de l’âge. Dans un cadre politique très différent, la Chine agit aussi sur l’architecture des services. Son « mode mineur » lancé en avril 2025 relie terminaux mobiles, boutiques d’applications et plateformes. Il permet aux parents de contrôler le temps d’utilisation, les plages horaires et les contenus accessibles selon l’âge.

Sur le plan continental, la politique de l’Union africaine adoptée en 2024 sur la sécurité des enfants en ligne appelle déjà les Etats à imposer aux entreprises une protection « dès la conception et par défaut ». Elle recommande des évaluations de risques, des garanties sur les données personnelles, l’accès des chercheurs aux données des plateformes et un contrôle par des autorités indépendantes.

La difficulté de contrôler les plateformes

Les États africains disposent donc d’une marge juridique pour agir sur le fonctionnement des services, et pas uniquement sur l’ouverture des comptes. Une harmonisation continentale renforcerait aussi leur poids face à des entreprises opérant dans plusieurs dizaines de juridictions. Mais ces obligations doivent être précisément ciblées. En France, le Conseil constitutionnel a censuré plus tôt ce mois l’interdiction générale des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, jugeant qu’elle ne tenait pas suffisamment compte des risques propres à chaque service et portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression.

En Afrique, le principal obstacle réside dans la mise en œuvre. Un rapport publié en juin 2025 par la Digital Rights Alliance Africa souligne le manque de moyens humains et financiers des autorités chargées de faire respecter ces règles. Au Kenya et en Ouganda, l’organe chargé de la protection des données reste sous-financé et en sous-effectif, tandis qu’au Nigeria de nombreuses entreprises de services en ligne ignorent encore leurs obligations légales envers les mineurs.

L’accord américain ne crée aucun droit pour les jeunes utilisateurs africains. Il fournit néanmoins des obligations mesurables que les législateurs peuvent examiner. Le prochain test sera moins l’annonce de nouveaux seuils d’âge que la capacité des autorités à vérifier que les plateformes modifient effectivement l’expérience proposée aux mineurs.

Emiliano Tossou

(Source : Agence Ecofin, 27 août 2026)

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