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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2025 > Février 2025 > Dr Seydina Ndiaye : de Dakar à l’ONU, la voix africaine de l’IA

Dr Seydina Ndiaye : de Dakar à l’ONU, la voix africaine de l’IA

vendredi 21 février 2025

Portrait/Entretien

Seydina Ndiaye… Et si cette appellation même était un présage de sa brillante carrière en Intelligence Artificielle ? Dans le prénom comme dans le nom de ce talentueux universitaire sénégalais, aujourd’hui Directeur du programme FORCE-N à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, l’IA s’impose naturellement, sans détour ni artifice ! Et pourtant, à jeter un long coup d’œil dans le rétroviseur, rien ne prédestinait l’ancien pensionnaire de l’école franco-sénégalaise du Plateau au numérique. Seydina a d’abord voulu devenir pompier, puis danseur avant d’opter finalement pour l’informatique, sous le regard bienveillant d’un père officier dans l’armée et d’une mère intendante au Lycée Kennedy. C’est après l’obtention d’un baccalauréat C que l’enfant de Dakar intègre l’Université Gaston Berger de Saint-Louis qu’il retrouve plus tard, en décidant de quitter la France pour signer son cahier de retour au pays natal.

Des rêves d’enfance à une vocation numérique

Membre du comité à l’origine de la création de l’ex-UVS, sous la conduite de Mary Teuw Niane, alors Ministre de l’Enseignement supérieur, Seydina Ndiaye affiche une grande fierté en évoquant le devenir de l’institution qui l’emploie et dont il est pour ainsi dire un des pères fondateurs. “L’UVS a représenté une véritable bouffée d’oxygène pour l’enseignement supérieur sénégalais. En ouvrant ses portes à un plus grand nombre d’étudiants, elle a favorisé l’inclusion, notamment des femmes, tout en diversifiant les formations proposées. Son approche innovante repose sur l’introduction de nouvelles méthodologies et l’engagement actif des étudiants dans leur communauté à travers des services dédiés“, souligne ce titulaire d’un Doctorat en Informatique, avec une spécialité en Intelligence Artificielle.

L’IA au service du développement : Une thèse tournée vers l’Afrique

Dès ses premières années dans la recherche, Seydina Moussa Ndiaye s’intéresse à la manière dont l’intelligence artificielle peut être appliquée à des défis concrets. Sa thèse, réalisée à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, porte sur l’utilisation de l’IA pour l’agriculture, notamment sur des modèles permettant d’optimiser la gestion des cultures et de lutter contre l’insécurité alimentaire. Dès cette époque, il conçoit la technologie comme un levier de transformation sociale et économique. Après avoir poursuivi un post-doctorat à l’INRA, il rejoint le secteur privé à Paris, où il affine son expertise en développant des solutions d’IA pour diverses industries.

Le retour au pays : bâtir l’avenir numérique du Sénégal

Mais l’appel du Sénégal est irrésistible. À Dakar, ce membre du Conseil national du Numérique du Sénégal s’engage dans une dynamique de structuration du numérique, d’abord à l’Université Gaston Berger comme professeur en IA, puis en cofondant SeySoo SARL, une entreprise spécialisée dans les solutions logicielles pour la santé et la gestion publique. “À l’UGB, j’étais aux côtés de Mabouba Diagne, aujourd’hui ministre, et d’Abdourahmane Diouf qui a ensuite poursuivi son parcours à Ottawa. Bien d’autres figures connues faisaient également partie de cette première promotion de l’université. Après deux années passées à l’UGB, mes professeurs m’ont encouragé à poursuivre mes études en informatique à l’étranger, ce qui m’a conduit en France“, se souvient-il avec une pointe d’émotion dans la voix. Parmi ses réalisations phares avec SeySoo SARL, figure en bonne place Medicis, un logiciel toujours utilisé par les radiologues sénégalais et eTax, la solution de télédéclaration et télépaiement des impôts au Gabon. Son expertise en gouvernance des systèmes d’information lui ouvre les portes du Ministère de l’Enseignement Supérieur, où il joue un rôle clé dans l’élaboration de Campusen, la plateforme numérique facilitant l’orientation universitaire des bacheliers, et dans l’acquisition du supercalculateur Taouey, un projet de 15 millions d’euros qui positionne le Sénégal comme un leader africain de la recherche en Intelligence Artificielle.

FORCE-N : Former, innover et entreprendre

Dans la continuité de son engagement pour une transformation numérique inclusive, Docteur Ndiaye est aujourd’hui à la tête du programme FORCE-N, financé par la Fondation Mastercard à hauteur de 35 millions de dollars. Ce projet d’envergure vise à former 80.000 jeunes, créer 70.000 emplois et accompagner 1000 startups d’ici 2027. Convaincu que la réussite du numérique en Afrique passe par la formation des talents locaux, il met en place des certifications en compétences numériques, un programme d’appui à l’entrepreneuriat avec un fonds d’amorçage de 5 millions de dollars et une stratégie de promotion des sciences et des technologies auprès des jeunes.

La souveraineté numérique : un enjeu stratégique pour l’Afrique

Mais au-delà des infrastructures et de la formation, l’illustre universitaire est convaincu que l’Afrique doit bâtir sa propre souveraineté numérique. Pour lui, un pays qui ne maîtrise pas ses données est condamné à rester dépendant des puissances étrangères. C’est dans ce contexte qu’il s’investit dans la mise en place de la stratégie nationale des données du Sénégal, un projet clé pour structurer la gestion et l’exploitation des données au service du développement. L’objectif est double : d’une part, garantir la protection des données personnelles et sensibles, notamment dans les secteurs de la santé, des finances et de l’administration ; d’autre part, optimiser l’utilisation des données pour la prise de décision publique, en favorisant une gouvernance basée sur des analyses précises et en facilitant le développement d’applications intelligentes adaptées aux besoins locaux.

La GIZ et l’accompagnement de la stratégie des données

Ce chantier stratégique ne pourrait être mené à bien sans un accompagnement technique et financier adéquat. C’est là qu’intervient la GIZ, l’agence de coopération allemande, qui joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre de cette politique, en apportant son expertise dans la structuration du cadre juridique et réglementaire, en s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales tout en prenant en compte les réalités sénégalaises. “L’accompagnement que nous avons reçu a permis de concrétiser des actions essentielles dans l’implémentation des stratégies, ce qui est fondamental“, reconnait Seydina Ndiaye, estimant que “sans cette intervention, nous n’aurions eu que des documents, alors qu’aujourd’hui, nous disposons d’un projet bien plus structuré. La création des Dataspaces va accélérer le développement de cas d’usage en intelligence artificielle et favoriser une dynamique collaborative au sein de l’écosystème avec les différents acteurs“. En outre, la GIZ soutient également la formation des cadres de l’État sur les enjeux de la gouvernance des données et de l’intelligence artificielle, en organisant des ateliers et des séminaires pour sensibiliser les décideurs aux défis liés à la souveraineté numérique.

Une influence au-delà du Sénégal : acteur clé des politiques internationales sur l’IA

Le rôle de Monsieur Ndiaye ne se limite pas au Sénégal. Il est aujourd’hui une voix influente dans les débats internationaux sur l’Intelligence Artificielle et la transformation numérique en Afrique. Il a siègé au Groupe Consultatif de Haut Niveau des Nations Unies sur l’IA, où il a contribué à la définition des principes éthiques encadrant le développement de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale. Il est également expert au sein du Global Partnership on AI (GPAI) et co-rédacteur du Livre Blanc sur l’IA en Afrique pour le NEPAD, un document stratégique qui trace les grandes lignes de l’intégration de l’IA dans les politiques publiques du continent. Son engagement auprès de l’UNESCO, où il agit comme conseiller sur l’écosystème de l’intelligence artificielle, confirme son statut d’acteur clé du numérique africain.

Placer l’Afrique au cœur de la révolution numérique mondiale

Aux yeux du Dakarois, l’Afrique ne doit pas se contenter d’être un simple consommateur de technologies développées ailleurs. Elle doit être productrice de solutions adaptées à ses propres réalités. « Nous devons structurer nos écosystèmes, former nos talents et bâtir des solutions adaptées à nos réalités, plutôt que de nous perdre dans une compétition impossible contre les grandes puissances », affirme-t-il avec conviction, lorsque nous le questionnons sur le positionnement que le Sénégal et l’Afrique doivent avoir dans la bataille de l’IA. “Plutôt que de chercher à rivaliser avec les grandes puissances, nous devons maîtriser la technologie et l’exploiter intelligemment. L’enjeu principal est de créer de la valeur pour nos populations en développant des solutions adaptées à nos réalités, tempère-t-il, persuadé que “le Sénégal dispose du potentiel nécessaire pour devenir une locomotive régionale et que, pour y parvenir, nous devons structurer notre écosystème, former des talents et instaurer un environnement propice à l’innovation et aux opportunités“.

Un bâtisseur du numérique africain : entre transmission et engagement

À 53 ans, l’universitaire devenu bâtisseur incarne une Afrique qui innove, qui construit et qui impose sa voix sur la scène mondiale. Derrière ses costumes sobres et élégants et bien au-delà de son mètre 82, se cache un homme de passion, en perpétuelle quête d’apprentissage et de transmission. Entre deux conférences internationales, il retrouve avec plaisir l’atmosphère familière de Dakar, là où tout a commencé. Aujourd’hui, le combat de Docteur Ndiaye est plus que jamais tourné vers l’avenir : garantir que le continent africain prenne le contrôle de ses données, développe une IA éthique et construise un écosystème numérique robuste et durable. À travers FORCE-N et les politiques qu’il aide à façonner, il ne cesse de poser les fondations d’une souveraineté technologique africaine.

Seydina Ndiaye n’a peut-être pas réalisé son rêve d’enfance de devenir danseur ou pompier, mais il est sans aucun doute devenu un architecte du numérique africain. Et son chantier est loin d’être achevé.

(Source : Le Techobservateur, 21 février 2025)

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