Daouda Tandjan Djiba : Du premier stage à Sonatel à la présidence du AI Hub Sénégal
mardi 25 février 2025
Yoff Tonghor … C’est dans ce quartier lébou situé au bord de l’Océan atlantique que Daouda Tandiang Djiba voit le jour il y a 36 ans. Juste après le Cours Préparatoire, le jeune garçon se voit obligé de déménager avec ses parents, puisque son père, haut cadre à la Sonatel, est affecté à l’Agence de Thiaroye, dans la banlieue dakaroise. Brillant élève – arrivé 3e au Brevet de fin d’études moyennes-, l’actuel président du AI HUB Sénégal ne pensait qu’à l’informatique. Déjà – et aujourd’hui encore -, il assemblait des pièces d’ordinateurs pour leur donner une seconde vie. Et ça tombait bien : son père, analyste informatique, l’a initié très tôt à l’univers du digital, ce qui forge son attrait pour les nouvelles technologies. Le Baccalauréat S2 en poche, Daouda intègre la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop où il se spécialise en méthodes statistiques et économétriques.
L’émergence d’AI Hub Sénégal : un pilier pour structurer l’IA au Sénégal
C’est au cours de son Master que ce co-fondateur de GALSEN AI découvre le potentiel de l’IA appliquée aux données. Séduit par cette convergence entre l’informatique et l’analyse quantitative, il se forme en autodidacte et obtient des certifications en Data Science et Deep Learning. Ce tournant va profondément marquer l’engagement futur du jeune Sénégalais dans le domaine des technologies de l’Intelligence Artificielle au Sénégal. A la tête du AI Hub Sénégal depuis deux ans, l’ancien analyste de données marketing à la Société Générale et à la Banque Islamique du Sénégal se donne pour mission de faire de l’intelligence artificielle une composante essentielle au Sénégal, en créant un écosystème propice pour les chercheurs et les startups innovantes. En impulsant une nouvelle dynamique visant à former, insérer et accompagner la nouvelle génération d’acteurs IA dans son pays natal, il entend renforcer les compétences locales en formant 200 étudiants en IA et data science sur deux ans, tout en facilitant leur employabilité à travers l’attribution de 100 bourses d’insertion professionnelle, non sans soutenir 20 startups IA locales dans le développement de solutions innovantes, grâce à un appui de l’Ambassade de France au Sénégal qui s’est beaucoup illustré dans ce domaine et qui a particulièrement soutenu les “premières actions de la feuille de route d’IA“.
Un expert de la donnée au service de la finance et de la transformation numérique
Son parcours professionnel, Daouda Tandjan le démarre en tant que statisticien au Groupe Sonatel, où il mesure l’impact financier des incidents réseaux et conçoit des modèles prédictifs pour optimiser le réseau mobile. Sa maîtrise de l’analyse de données l’amène rapidement vers le secteur bancaire : chez BNP Paribas devenu la BICIS et Société Générale Sénégal, il met en place des modèles de segmentation client et développe des solutions de business intelligence. Son passage à la Banque Islamique lui permet d’affiner plus ses compétences dans ce domaine en optimisant l’exploitation des données grâce à l’automatisation des pipelines, réduisant ainsi de 75 % le temps de traitement des informations.
Au-delà de ses succès dans la finance, l’ancien pensionnaire de la FASEG nourrit une ambition plus vaste : bâtir un écosystème d’intelligence artificielle solide et accessible pour le Sénégal, non sans oublier que rien de tout cela ne serait possible sans des données fiables, sécurisées et accessibles. Le développement d’un Dataspace national en agriculture, projet phare de la GIZ qui a accompagné la Stratégie des données du Sénégal, est une initiative essentielle dans un pays en développement, où les ressources internes peuvent être limitées. Et dans ce contexte, l’intervention de la coopération allemande s’avère déterminante grâce à son soutien technique, financier et institutionnel. « Son expertise permet d’accompagner la conception, la mise en œuvre et la gestion de stratégies de données robustes, en s’appuyant sur des modèles de gouvernance clairs qui régissent l’accès, la gestion, la sécurité et la confidentialité des informations », explique Daouda, persuadé qu’en « intégrant les meilleures pratiques internationales et en tirant parti d’expériences réussies à l’étranger, la GIZ renforce également les capacités locales par le biais de programmes de formation ciblés ».
Marié et père de deux enfants, Monsieur Djiba incarne, parallèlement sur la scène panafricaine, la volonté d’une souveraineté numérique africaine. Membre actif du comité d’organisation du Deep Learning Indaba – la plus grande conférence sur l’Intelligence Artificielle du continent – il œuvre pour la création de bases de données accessibles, le transfert de compétences et la mise en place d’un cadre réglementaire adapté aux réalités locales. Pour lui, l’IA n’est pas une simple vitrine technologique, mais bien un levier de transformation socio-économique capable d’améliorer les services publics, la santé, l’agriculture et les infrastructures du pays.
(Source : Le Techobservateur, 25 février 2025)