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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Août 2026 > Cybersécurité : face aux multiples attaques, le Sénégal réagit

Cybersécurité : face aux multiples attaques, le Sénégal réagit

dimanche 23 août 2026

Cybersécurité/Cybercriminalité

Cible de multiples attaques informatiques sur ses services publiques depuis plusieurs mois, le Sénégal adopte une nouvelle loi sur la protection des infrastructures d’information critiques et la sécurité numérique.

Le Sénégal a adopté une nouvelle loi sur la protection des « infrastructures d’information critiques et la sécurité numérique ». Selon le gouvernement, ce texte instaure un cadre juridique plus adapté pour prévenir les menaces et mieux coordonner la riposte contre les actes cybercriminels visant notamment les administrations publiques. Le Sénégal a subi ces derniers mois plusieurs attaques informatiques qui ont affecté des services essentiels de l’Etat.

Le texte qui vient d’être adopté à l’Assemblée nationale veut « sécuriser » et « défendre » les systèmes d’information et les plateformes numériques nationales, a indiqué le ministre des Télécommunications et de l’Economie numérique, Samba Diouf, devant les députés.

À l’issue des débats, tenus le 20 août 2026 et retransmis en direct sur les plateformes digitales de l’institution parlementaire, la loi a été approuvée par une majorité de 127 députés.

Cette nouvelle loi s’inscrit dans la volonté de l’Etat de garantir la souveraineté numérique du pays via notamment l’hébergement local des données du secteur public, en cohérence avec les ambitions du New Deal Technologique, a expliqué le ministre.

Le New Deal Technologique, lancé en février 2025, est une stratégie visant à faire du numérique un levier de souveraineté, de modernisation de l’État et de développement économique. Il est présenté comme l’un des piliers de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, le référentiel des politiques publiques défini par les actuelles autorités élues en 2024.

Le texte voté par l’Assemblée nationale instaure une « supervision renforcée » et des règles de protection « plus contraignantes » pour les infrastructures classées critiques. Ces structures seront identifiées et inscrites dans une liste qui sera gardée secrète, a informé M. Diouf.

Lors des débats, les députés ont essentiellement évoqué les pouvoirs et l’indépendance de la nouvelle Autorité nationale de cybersécurité (ANC), prévue pour la mise en œuvre de la loi. Elle sera chargée de définir les orientations de la politique nationale de cybersécurité, selon le gouvernement.

Si le pays avait déjà légiféré sur les actes cybercriminels et la protection des données personnelles en 2008, le nouveau texte va instaurer une « véritable » politique de cybersécurité au Sénégal, souligne l’ingénieur en cybersécurité Gérard Dacosta, joint par Ouestaf News. Il est, par ailleurs, l’auteur d’un livre blanc sur « La cybersécurité et la souveraineté numérique au Sénégal ».

Ce nouveau dispositif intervient alors que le Sénégal est la cible de multiples attaques informatiques sur ses services publiques depuis plusieurs mois. C’était le cas notamment de la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) fin 2025, la Direction de l’automatisation des fichiers (DAF) en février 2026 et la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor en mai 2026.

Les malfaiteurs ciblent de plus en plus les services publics et les « infrastructures critiques », indique un rapport intitulé « Évaluation des cybermenaces en Afrique » publié par Interpol, le 3 août 2026.

Pour s’en prendre à leurs victimes, les cyberdélinquants utilisent parfois la technique des ransomware (logiciels malveillants), qui sont passés, en 2025, d’un outil d’extorsion financière à un mécanisme de perturbation systémique, note l’organisation de coopération policière dans son document.

Au Sénégal, la DAF, par exemple, a dû suspendre la production de cartes nationales d’identité sénégalaises entre février et avril 2026 en raison d’une attaque informatique. Si sa direction est restée floue sur la nature de la perturbation, l’annonce avait coïncidé avec des revendications d’un groupe de hackers sur le dark web. Des présumés assaillants affirmaient avoir exfiltré des données massives, y compris des informations biométriques de citoyens sénégalais.

L’incident qui a visé la DGID, pour sa part, a été attribué par le site spécialisé français Zataz au groupe de cyber-extorsion Black Shrantac. Les assaillants auraient réclamé une rançon d’environ 140 millions de francs CFA, au risque de divulguer des données fiscales et administratives qu’il disait détenir.

Interrogé par les parlementaires, le ministre de l’Économie numérique, Samba Diouf, a cependant précisé qu’« aucune structure de l’Etat n’a payé de rançon ». Il est difficile pour Ouestaf News de vérifier l’exactitude de ses propos.

À côté des administrations publiques, une compagnie pétrolière basée au Sénégal a été visée par une tentative d’escroquerie de 4,7 milliards FCFA (7,9 millions de dollars) en 2025, révèle Interpol dans son rapport publié en août 2026. Si les autorités sénégalaises ont réussi à déjouer la supercherie, l’opération a révélé comment des arnaqueurs basés en Afrique orchestrent des fraudes contre des cibles situées sur et en dehors du continent, souligne le document.

Pour le spécialiste Gérard Dacosta, la récurrence de ces attaques a démontré la « vulnérabilité » du pays en matière de cyberdéfense.

La nouvelle loi vient combler les limites du cadre juridique de 2008 sur la cybercriminalité. Ces manquements ont déjà été relevés dans la Stratégie nationale de cybersécurité présentée en 2022, qui évoquait la nécessité de protéger les infrastructures d’information numérique critiques du pays.

Le nouveau dispositif devra permettre de riposter plus rapidement aux actes cybercriminels et d’anticiper certaines attaques.

(Source : [Ouestafnews–>https://www.ouestaf.com/], 23 août 2026)

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