Cyberattaques : le Sénégal prépare une loi pour protéger ses infrastructures critiques
vendredi 14 août 2026
Les récentes perturbations ayant touché plusieurs institutions publiques sénégalaises renforcent l’urgence de sécuriser les infrastructures critiques. Dakar veut désormais se doter d’un cadre juridique capable d’améliorer leur protection et sa capacité de réponse aux incidents.
Le Sénégal veut renforcer la protection des infrastructures numériques dont dépendent le fonctionnement de l’État et les services essentiels. Le ministère des Télécommunications et du Numérique a présenté jeudi 13 août à l’Assemblée nationale un projet de loi relatif à la protection des infrastructures d’information critiques et à la sécurité numérique. Examiné par une intercommission réunissant les commissions des Lois et de la Culture et de la Communication, le texte vise à renforcer la souveraineté numérique et la résilience du pays face aux cybermenaces.
Le projet prévoit l’identification et le recensement des infrastructures considérées comme critiques, avec des obligations de sécurité adaptées au niveau de risque. Les systèmes d’information ordinaires seraient soumis à un socle commun, tandis que les infrastructures critiques feraient l’objet d’une supervision renforcée. Le dispositif prévoit notamment des analyses de risques, des mesures de sauvegarde et de chiffrement des données sensibles ainsi que des tests réguliers de résilience.
Cette réforme intervient alors que plusieurs institutions publiques sénégalaises ont récemment été confrontées à des incidents affectant leurs systèmes. Le Trésor public a signalé le 10 mai 2026 un incident touchant une partie de ses systèmes d’information, qui a entraîné la mise en place de mesures de continuité. Un mois plus tard, le 15 juin, la Cour des comptes a également fait état d’un incident sur son système d’information, alors que des soupçons de cyberattaque circulaient. Ces épisodes font suite à l’attaque ayant visé la Direction générale des impôts et des domaines (DGID) en octobre 2025, illustrant l’exposition croissante des institutions publiques aux risques cyber.
Une nouvelle architecture nationale de cybersécurité
Pour répondre à ces risques, le texte prévoit la création d’une autorité nationale de cybersécurité, d’un CERT (équipe d’intervention d’urgence en matière de sécurité informatique) national, de CERT sectoriels et de services chargés des opérations de cybersécurité. Cette architecture doit permettre d’améliorer la surveillance des réseaux, la détection des incidents et la coordination de la réponse lorsqu’une infrastructure stratégique est compromise.
Le projet encadre également l’hébergement des données du secteur public et l’externalisation des services numériques. Le gouvernement souhaite ainsi mieux maîtriser les infrastructures utilisées par l’administration et renforcer la continuité des services essentiels. La réforme doit par ailleurs couvrir la sécurité des objets connectés, la protection des données personnelles et la confiance dans les usages numériques.
Au-delà de la protection des systèmes publics, Dakar entend faire de cette réglementation un levier pour développer une industrie nationale de la cybersécurité. Le futur cadre devrait favoriser les prestataires agréés, soutenir les entreprises et start-up sénégalaises et créer des emplois qualifiés. Le Sénégal cherche ainsi à renforcer simultanément ses capacités de défense numérique et son écosystème local, dans le prolongement des ambitions du New Deal technologique et de Sénégal 2050.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 14 août 2026)
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