Crypto-actifs et innovations numériques : Plaidoyer pour un cadre réglementaire régional
samedi 9 mai 2026
Le ministre sénégalais des Finances et du budget plaide pour « l’élaboration d’un cadre réglementaire régional sur les crypto-actifs, qui permettrait d’harmoniser les pratiques, de renforcer la supervision transfrontalière et de protéger les consommateurs, tout en laissant l’espace nécessaire à l’émergence d’acteurs innovants de la finance africaine ». Cheikh Diba présidait hier l’ouverture de la conférence internationale sur le thème « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière », organisée par la Bceao.
La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a organisé hier une conférence internationale sur le thème « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière ». A cette occasion, le ministre sénégalais des Finances et du budget a plaidé pour « l’élaboration d’un cadre réglementaire régional sur les crypto-actifs, qui permettrait d’harmoniser les pratiques, de renforcer la supervision transfrontalière et de protéger les consommateurs, tout en laissant l’espace nécessaire à l’émergence d’acteurs innovants de la finance africaine ».
En effet, explique Cheikh Diba, ces innovations numériques comportent « des risques significatifs exigeant une vigilance accrue de la part des autorités publiques et des institutions financières ». Il cite, entre autres risques, « le développement de la finance de l’ombre ou shadow banking, non régulée ; la volatilité excessive des marchés des crypto-actifs ; les risques de fraude, de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme ; les cyberattaques et les vulnérabilités opérationnelles… ». S’y ajoutent, selon lui, « les menaces potentielles pour la souveraineté monétaire et la stabilité financière ». Ces défis, d’après l’argentier du Sénégal, « appellent une réponse collective et coordonnée, fondée sur la coopération régionale et internationale, l’échange d’informations et l’adaptation continue des cadres réglementaires ».
Face à ces enjeux, la Bceao a engagé « des actions structurantes visant à accompagner la transformation numérique du secteur financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine dans un cadre sécurisé, inclusif et propice à l’innovation ». Mais, précise Jean-Claude Kassi Brou, « dans un espace monétaire intégré tel que l’Uemoa, ces avancées ouvrent des perspectives importantes en matière d’approfondissement de l’intégration financière et d’amélioration de l’efficience des marchés ».
Le Gouverneur de la Bceao rappelle que « plusieurs banques centrales africaines ont également engagé des réformes visant à encadrer le développement de la finance numérique. Certaines ont déjà mis en place des dispositifs réglementaires spécifiques, tandis que d’autres analysent et anticipent les risques liés au développement des crypto-actifs pour le système financier. Par ailleurs, plusieurs institutions monétaires s’engagent dans des projets de monnaie numérique de banque centrale, notamment en vue d’offrir des alternatives aux crypto-actifs ».
Ces différentes approches, souvent combinées ou mises en œuvre de manière progressive, traduisent « l’émergence de stratégies hybrides d’adaptation aux innovations financières. Elles témoignent, dans leur ensemble, de la volonté des autorités monétaires des pays en développement, notamment du continent africain, de s’inscrire pleinement dans les dynamiques internationales d’innovation financière, tout en préservant les impératifs de stabilité, de sécurité et de souveraineté financières ».
Le patron de l’institut d’émission commun aux huit pays membres de l’Uemoa espère que les échanges de cette conférence internationale permettront d’approfondir les réflexions sur les enjeux stratégiques et opérationnels liés aux crypto-actifs et aux innovations numériques, afin de renforcer la capacité des banques centrales à assurer efficacement leurs missions de stabilité monétaire et financière.
Dialigué Faye
(Source : Le Quotidien, 9 mai 2026)
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