Crise de l’équipement à l’Un-Chk : Le Saes fustige la stratégie de « l’ordinateur par cash » de l’Etat
lundi 27 avril 2026
Plus de 20 000 nouveaux étudiants de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (Un-Chk) sont bloqués depuis octobre 2025, faute d’ordinateurs. Alors que l’Etat propose d’allouer 250 000 F Cfa par étudiant pour l’achat du matériel, la section Saes locale dénonce une mesure « inadaptée » qui menace le modèle pédagogique de l’institution et l’équité entre les apprenants.
Rien ne va plus à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (Un-Chk). Dans un communiqué, la section du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) tire la sonnette d’alarme sur le sort des 20 000 nouveaux bacheliers orientés au titre de l’année 2025-2026. Six mois après leur rentrée administrative, ces étudiants n’ont toujours pas débuté leurs cours de spécialité. En cause : l’absence de l’outil de travail indispensable, l’ordinateur portable.
Pour débloquer la situation, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a envisagé de verser directement une somme de 250 000 F Cfa à chaque étudiant pour l’acquisition individuelle de sa machine. Une initiative que le Saes/Un-Chk rejette catégoriquement. Selon le syndicat, cette mesure ne règle pas le problème de fond. L’enseignement à distance repose sur un parc informatique homogène et compatible avec les plateformes de l’université. « Laisser à chaque étudiant la responsabilité d’acheter son matériel sans encadrement technique expose à des erreurs d’achat et à des dysfonctionnements majeurs dans le suivi pédagogique », prévient la section syndicale.
Risque de détournement d’objectif et pression sur les Eno
Le Saes soulève également une inquiétude d’ordre social. Dans un contexte économique tendu, rien ne garantit que ces fonds seront effectivement utilisés pour l’achat d’un ordinateur. « Certains étudiants pourraient être contraints d’utiliser cet argent pour d’autres besoins urgents », souligne le communiqué, craignant que ces derniers ne se retrouvent sans outil de travail, compromettant ainsi leurs chances de réussite.
Par ailleurs, le syndicat alerte sur l’asphyxie prévisible des Espaces numériques ouverts (Eno). Sans équipement personnel, les étudiants risquent de déferler en masse vers ces structures pour suivre les cours ou passer les examens, alors que les capacités d’accueil sont déjà largement insuffisantes. Le Saes rappelle à cet effet que sur les 45 Eno prévus initialement, seuls 18 sont aujourd’hui fonctionnels.
Un modèle pédagogique remis en cause
Pour les enseignants syndicalistes, cette décision traduit une « méconnaissance flagrante » du modèle de l’Un-Chk. Depuis 2013, l’équilibre de cette université repose sur la fourniture par l’Etat d’outils numériques structurés. En rompant ce contrat, les autorités fragilisent tout le dispositif. Face à un calendrier académique déjà lourdement impacté par des années de retard, le Saes/Un-Chk dégage toute responsabilité quant aux conséquences futures sur le cursus des étudiants. Il appelle l’Etat à réviser d’urgence sa stratégie et réaffirme que l’université doit rester au centre de la gestion des équipements pédagogiques.
Tout en marquant sa disponibilité pour le dialogue, le syndicat réitère son exigence : une solution durable et efficace qui préserve l’équité et la qualité de l’enseignement supérieur numérique au Sénégal.
(Source : Le Quotidien, 27 avril 2026)
OSIRIS