Burkina Faso : des « cases numériques » pour faciliter l’accès aux services numériques
vendredi 20 février 2026
La fracture numérique reste marquée au Burkina Faso, où plus de 70 % de la population n’utilisait pas Internet en 2024, selon l’Union internationale des télécommunications.
Le gouvernement burkinabè a annoncé, le jeudi 19 février, avoir lancé des « cases numériques » dans les villages de Doufiguisso et de Lemnogo afin de faciliter l’accès des populations aux services Internet et numériques. Il s’agit de sites pilotes d’une initiative à vocation nationale dans les zones dépourvues de réseaux de communications électroniques, dans le cadre des efforts des autorités pour réduire la fracture numérique.
Les « cases numériques » sont une innovation du ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, en partenariat avec le Fonds d’accès et du service universel (FASU) et l’Union économique et monétaire ouest‑africaine (UEMOA).
Selon un communiqué du ministère, la « case numérique » de Doufiguisso est aménagée dans un conteneur équipé de matériel informatique de base, notamment des ordinateurs, des équipements multimédias, une imprimante, un scanner, une connexion satellitaire et un relais Wi‑Fi couvrant un rayon d’environ 50 mètres autour du site. Les installations sont alimentées par des panneaux solaires. Pour accéder à Internet, chaque utilisateur doit s’acquitter d’un montant mensuel de 500 francs CFA (≈ 0,9 $).
Les usages de la case numérique de Doufiguisso sont variés. D’après le gérant, Augustin Sanou, les élèves et étudiants s’y rendent pour effectuer des recherches liées à leurs études ou pour postuler aux concours de la Fonction publique. Les autres composantes de la population — femmes, personnes âgées et jeunes non scolarisés — viennent quant à elles se connecter aux réseaux sociaux, envoyer des messages vocaux à leurs proches vivant hors du village ou encore se divertir. Les usagers peuvent également accéder à des services administratifs en ligne, tels que le e‑Casier judiciaire ou le e‑certificat de nationalité.
Connectivité rurale : les autorités accélèrent
Cette initiative vient s’ajouter aux actions engagées par les autorités pour réduire la fracture numérique dans le pays. La couverture des zones blanches par le déploiement d’infrastructures télécoms figure parmi les douze chantiers numériques prioritaires du gouvernement burkinabè. Au total, 1 700 zones ont été identifiées, dont 283 ont été couvertes en 2022 et 138 en 2024. La phase actuellement en cours concerne 750 zones jusque‑là dépourvues de toute connectivité mobile.
Les autres axes de la stratégie nationale comprennent la promotion du partage d’infrastructures, le renforcement du backbone national, le développement de la fibre optique jusqu’au domicile ainsi que l’accroissement des investissements dans les infrastructures numériques.
Dans la même dynamique que les « cases numériques », le gouvernement avait décidé, fin octobre 2025, d’équiper les agences postales à travers le pays d’espaces d’assistance destinés à faciliter l’accès des citoyens aux services publics dématérialisés. Un contrat‑plan de 5,5 milliards FCFA a ainsi été signé entre l’État et La Poste Burkina Faso pour la construction et l’équipement de vingt « Zama Tchè » ou « Maisons des citoyens » sur la période 2026‑2030.
Selon des chiffres avancés en août 2024 par la ministre de la Transition digitale, Aminata Zerbo/Sabane, le taux de couverture des services de téléphonie mobile s’élève à 85 %, contre 64 % pour l’Internet 3G et 46 % pour l’Internet 4G. L’Union internationale des télécommunications (UIT) indique qu’en 2024, le taux de pénétration d’Internet au Burkina Faso était de 28,3 %, contre 63,9 % pour la téléphonie mobile.
Un appui à l’inclusion numérique en milieu rural
Au‑delà de la couverture réseau, cette initiative vise à réduire plusieurs obstacles à l’adoption et à l’utilisation des services numériques. En effet, même dans les zones couvertes, l’accès suppose la possession d’un appareil compatible (smartphone, tablette ou ordinateur), la capacité d’acheter régulièrement des données Internet ainsi que des compétences numériques de base. Or, à fin 2024, 37,24 % de la population burkinabè possédait un smartphone, selon la Banque mondiale.
Les « cases numériques » constituent ainsi un appui à la participation des populations à l’économie numérique, dans un pays où 72 % des habitants vivaient en milieu rural en 2024, d’après la Banque mondiale. Les autorités misent sur la transformation numérique de l’ensemble des secteurs pour accélérer le développement socio‑économique. Dans l’administration publique, la dématérialisation est présentée comme un levier d’inclusion, d’efficacité et de transparence.
À fin décembre 2025, les autorités ont indiqué que 272 plateformes de services en ligne étaient développées ou en cours de déploiement, dont 146 déjà opérationnelles. Pour l’heure, le Burkina Faso se classe 175ᵉ sur 193 pays à l’Indice de développement de l’e‑gouvernement des Nations unies (EGDI) 2024, avec un score de 0,2895 sur 1, en deçà des moyennes ouest‑africaine, africaine et mondiale.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 20 février 2026)
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