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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Juin 2026 > Basile Niane, l’homme qui a donné une voix au numérique sénégalais

Basile Niane, l’homme qui a donné une voix au numérique sénégalais

lundi 22 juin 2026

Portrait/Entretien

Quinze ans avant que la « souveraineté numérique » ne devienne une consigne d’État, un journaliste formé à Lille lançait, quasiment seul, le premier blog technologique du Sénégal. Basile Niane a fait une œuvre de cette intuition précoce : un média de référence, une école informelle pour la jeunesse, un réseau panafricain. Aujourd’hui membre du Conseil national du numérique, il est ce qu’il a toujours été , un passeur.

Les pionniers sont reconnaissables à ceci : quand ils commencent, la terre qu’ils défrichent n’a pas encore de nom. Lorsque Basile Niane met en ligne ses premiers billets, au tout début des années 2010, le mot « blogueur » n’existe pas dans le vocabulaire sénégalais, l’économie numérique est du domaine de la prospective, et l’accès à l’internet reste le privilège d’une poignée de personnes. Il n’attend pourtant ni l’autorisation ni la maturité du marché. Il écrit, il dresse des documents, il relie. Vingt-cinq ans plus tard, le même homme siège au Conseil national du numérique, nommé par décret présidentiel. L’intervalle entre ces deux dates évoque moins une ascension qu’une fidélité.

La première conviction

La carrière de Basile Niane tient à la fois à une formation et à un refus. Il est formé à l’École supérieure de journalisme de Lille, l’une des plus exigeantes de l’espace francophone, où il apprend le fait dans sa rigueur et le mot dans son économie. C’est le refus d’une fatalité largement partagée à l’époque, celle de voir l’Afrique condamnée à consommer une technologie pensée ailleurs, dans une autre langue et pour des usages qui ne sont pas les siens.

À cette résignation, il répond par une conviction qu’il conservera désormais : le continent doit créer son propre récit numérique. Chroniqueur technologique à la RTS1, puis à la TFM, il s’emploie à une tâche moins spectaculaire qu’il n’y paraît , traduire. Transmettre la complexité des innovations dans le langage du grand public, sans la trahir. C’est dans cet exercice, patient, de vulgarisation, et bien avant qu’il n’en soit récompensé, que se forge sa singularité.

Socialnetlink, ou l’institution d’un regard

L’œuvre maîtresse a un nom : Socialnetlink.org. Créée une douzaine d’années plus tôt, la plateforme dépasse vite le cadre du site d’information. Elle devient à la fois média spécialisé sur l’économie numérique, les startups et l’innovation, agence digitale, et observatoire de l’écosystème ouest-africain. Là où d’autres voyaient une niche, Basile Niane a créé une institution : un lieu de formation, de vérification et de transmission du savoir technologique du continent.

L’intuition se trouve confirmée par la reconnaissance internationale. En 2016, Socialnetlink est récompensée au World Summit Awards Global Congress de Singapour, une des plus hautes distinctions internationales dans ce domaine. En 2023, il remporte les Africa T-Awards dans la catégorie meilleur vulgarisateur numérique. Deux prix, deux continents, une même cohérence : le jury ne célèbre pas la prouesse technique, mais cette capacité rare de rendre la technologie intelligible et utile.

L’éthique de la transmission

Une constante chez cet homme éclaire tout le reste : la conviction que le numérique ne vaut que par ce qu’il rend possible aux autres, et d’abord aux jeunes. Cette conviction se manifeste par des faits. Avec Socialnetlink Studio, il aide de jeunes créateurs à monétiser leurs contenus, c’est-à-dire à gagner leur indépendance économique. Avec le programme PROJACOM-NUM, il forme une génération aux métiers et usages des technologies de l’information.

Chez lui, la pédagogie n’est pas un à-côté de la carrière, elle en est le cœur. Il a formé dans les universités et les institutions, accompagnant des acteurs aussi variés que les grandes entreprises Sonatel, Microsoft, Samsung ou les organismes publics et internationaux. Ce compagnonnage, mené sur plus de dix-sept ans, dessine en creux une figure rare dans l’écosystème : celle de l’expert qui ne capitalise pas le savoir, mais le redistribue.

Le rassembleur continental

Depuis longtemps, sa réputation dépasse les frontières sénégalaises. Basile Niane, modérateur et animateur très demandé, a mené ou alimenté de très nombreux panels et débats consacrés au numérique à travers plusieurs pays africains ainsi qu’au sein de la diaspora. Il joue dans ces scènes un rôle que les organigrammes ont du mal à nommer, mais que tout écosystème requiert : celui de l’intermédiaire qui fait dialoguer des mondes décideurs publics, entrepreneurs, créateurs, bailleurs.

Il a élargi sa réflexion ces dernières années vers les industries culturelles et créatives, qu’il défend avec une lucidité salutaire. Là où le débat public réduit volontiers la transformation digitale à ses infrastructures, il rappelle qu’une souveraineté numérique sans contenus, sans imaginaire ni récit propres demeurerait une coquille. À peu près, il soutient que le code et la culture sont les deux faces d’une même ambition africaine.

Une distinction d’État, une direction inchangée

Sa nomination au Conseil national du numérique, ce collège de vingt experts chargé d’éclairer la décision publique, vient sceller institutionnellement un parcours qui l’avait précédée de très loin. Elle est méritée, la distinction ; elle ne nuit à rien. Car celui qui conseille aujourd’hui l’État est précisément celui qui ouvrait, il y a un quart de siècle, un blog confidentiel : un journaliste persuadé que la technologie est d’abord une affaire humaine.

Au moment où le Sénégal entre dans sa grande mue numérique, le parcours de Basile Niane donne une leçon de méthode. Il souligne que les écosystèmes durables ne naissent pas d’un décret, mais d’une accumulation patiente de contenus, de formations, de liens tissés année après année. Visionnaire stratège, audacieux entrepreneur, éthique pédagogue, il est de ceux dont l’importance ne se mesure pas au bruit qu’ils font, mais au terrain qu’ils ont préparé pour les autres.

De son premier billet à son siège au conseil de la République, une ligne n’a jamais dévié : donner une voix au numérique sénégalais et donner à cette voix des relais.

Il a su établir des liens entre les différentes générations d’acteurs du secteur, créant ainsi un écosystème dynamique et collaboratif. Son engagement en faveur de l’inclusion numérique se concrétise également par des initiatives visant à former les jeunes talents et à les inciter à innover dans leurs domaines respectifs.

(Source : Social Net Link, 22 juin 2026)

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