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Au Sénégal, les IPTV, la solution low cost mais illégale pour regarder la CAN 2025

jeudi 25 décembre 2025

Produits et services

Face à des bouquets TV de plus en plus chers au Sénégal, de nombreux consommateurs explorent des solutions à bas prix pour regarder la Coupe d’Afrique des nations, qui se déroule en ce moment et jusqu’au 18 janvier 2026 au Maroc. La télévision sur Internet (l’IPTV) a de plus en plus la cote. Une alternative qui est cependant illégale. Reportage.

À Pikine, en banlieue de Dakar, au Sénégal, sur un terrain sablonneux et parsemé de gravats, des bambins jouent aux « petits camps », une partie de foot à 4 contre 4, où l’objectif est de faire passer le ballon entre deux briques de béton. C’est dans ce quartier où le football est une passion qu’habite Abdou. À quelques minutes du match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre le Maroc et les Comores et télécommande entre les mains, il cherche parmi plus de 10 000 chaînes celle qui diffuse le match. Abdou est abonné à une formule d’IPTV qui lui donne accès, selon ses mots, à « toutes les chaînes du monde ».

« Je me suis abonné aux IPTV pour avoir accès à n’importe quelle chaîne », explique-t-il. « L’IPTV est vraiment très bien. Je peux suivre les chaînes sportives de tous les pays. C’est top. Y a pas mieux », poursuit-il.

« On paie en un an ce qu’on payait en un mois »

Alors que Canal +, le principal bouquet opérant au Sénégal, a récemment augmenté ses tarifs d’abonnement mensuels, beaucoup de consommateurs recherchent des solutions plus économiques pour regarder le football sur leur petit écran. Les réseaux câblés, faits de branchements clandestins dans les quartiers, étaient jusqu’ici privilégiés. Mais avec la démocratisation de l’accès à Internet, de nombreux opérateurs ont envahi le marché et proposent des formules d’IPTV de plus en plus abordables.

« En un an, on ne paie que 35 000 FCFA (53 euros, NDLR) », nous dit Abdou. « C’est approximativement le prix que proposent les bouquets pour un mois d’abonnement. Vous voyez. On paie en un an ce qu’on payait en un mois. Les formules proposées par les bouquets sont très chères. Le coût est lourd et difficile à supporter », se justifie-t-il.

Dans un pays où le salaire minimum est de 58 000 FCFA (88 euros), de nombreux consommateurs peuvent avoir des difficultés à honorer cet abonnement mensuel. C’est le cas d’Alpha, père de deux enfants et féru de football. « Les bouquets nous obligent à payer deux abonnements pour avoir accès aux chaînes qui diffusent le foot, à savoir un abonnement classique et un supplément pour regarder certains championnats, alors que pour les IPTV, on ne paie qu’une seule fois. Y a pas photo », tranche Alpha.

Le trentenaire, qui assure ne rater aucun match durant cette Coupe d’Afrique des nations, a opté pour une formule à 40 000 FCFA annuels lui permettant d’avoir même deux écrans connectés en même temps. L’opérateur qui a installé le système est en France et toute l’opération a été faite à distance. Il lui aura juste fallu acheter un boîtier TV adapté, qui fait office de décodeur.

Des risques juridiques et des désagréments

Sur la Toile sénégalaise, les offres d’IPTV sont de plus en plus nombreuses et de moins en moins chères. On a pu contacter un opérateur qui, d’emblée, n’a pas voulu répondre à nos questions, avant de se raviser sous réserve qu’on lui garantisse l’anonymat. « J’opère avec un ami qui est en Italie et qui souscrit aux abonnements IPTV de mes clients au Sénégal », lance-t-il. « En période de grande compétition comme la CAN, on a une demande élevée, car les IPTV, c’est moins cher et cela donne accès à toutes les chaînes de sport », ajoute-t-il.

L’opérateur dit agir avec discrétion et préfère l’installation à distance via WhatsApp aux interventions physiques, car la distribution de l’IPTV est soumise à une réglementation qu’il n’est pas à même de respecter.

« La technologie IPTV n’est pas illégale en soi, mais sa distribution est soumise à une réglementation stricte que de nombreux opérateurs contournent », analyse le Dr. Issa Isaac Sissokho, expert en régulation numérique. « En effet, conformément au code de la Presse, l’exercice de toute activité d’édition, de distribution et de diffusion de services de communication audiovisuelle, quelle que soit la technologie utilisée, est subordonné à une autorisation délivrée par le ministre chargé de la Communication, après avis conforme du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Les fournisseurs IPTV doivent donc obtenir l’agrément du CNRA avant toute exploitation commerciale de leurs services », ajoute t-il.

Ces dispositions de la réglementation sénégalaise n’épargnent pas les consommateurs, selon l’auteur du livre « Réguler en Afrique à l’ère des innovations disruptives du numérique ». « L’abonné à un service IPTV illégal est juridiquement considéré comme complice d’une activité illégale et s’expose aux mêmes sanctions qu’avec le téléchargement ou le streaming illégal. Bien que les poursuites contre les utilisateurs finaux restent rares en pratique, le risque existe, notamment en cas de saisie des fichiers clients du fournisseur pirate », renchérit Issa Isaac Sissokho.

En plus de ces risques juridiques, les consommateurs sont aussi exposés à d’autres désagréments, selon l’expert. Il s’agit entre autres du vol de données personnelles et bancaires par des tiers malveillants, de l’exposition à des publicités intrusives, parfois à caractère pornographique, ou encore de risques pour les mineurs, à savoir l’accès non contrôlé à des contenus adultes ou violents avec l’absence de contrôle parental.

Les utilisateurs d’IPTV comme Abdou et Alpha se plaignent également de la latence élevée comparée aux bouquets et aux antennes TV classiques. « Quand tu suis un match, les autres qui regardent sur les bouquets célèbrent les buts deux à trois minutes avant qu’on soit au courant, à cause du signal de l’IPTV qui a plusieurs minutes de retard par rapport au direct », se désole Alpha.

Alors que les télévisions publiques en libre accès en Afrique n’offrent que 60 % des matchs de la Coupe d’Afrique des nations, les consommateurs se retrouvent dans l’obligation de souscrire aux abonnement payants et légaux. Une situation dont se désole Mamadou Baal, ancien directeur de la Radiodiffusion télévision sénégalaise. Cet ancien négociateur des droits de la CAN pour le compte de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR) est nostalgique de la période d’avant la CAN 2004, quand les télévisions publiques africaines diffusaient la CAN sans payer de droits TV. Jusqu’à la CAN 2002, Canal France international leur offrait gratuitement le signal de la compétition, moyennant 5 min d’écrans publicitaires. Aujourd’hui, elles doivent payer à 1,2 milliards de FCFA pour ne diffuser que 32 des 52 matchs de la compétition vedette en Afrique.

(Source : France24, 25 décembre 2025)

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