Après le Nigeria et l’Afrique du Sud, Amazon prospecte le marché de l’Internet kényan
jeudi 26 février 2026
Amazon LEO poursuit sa prospection sur le marché de l’Internet africain. L’entreprise a déjà manifesté officiellement son intérêt pour le Liberia, l’Afrique du Sud et le Nigeria, où elle a même obtenu l’aval des autorités.
Après le Liberia, l’Afrique du Sud et le Nigeria, la société technologique américaine Amazon cible désormais le Kenya pour son réseau de connectivité haut débit par satellite en orbite terrestre basse (LEO), actuellement en préparation.
Une délégation dirigée par Farouk Shamas Jiwa, Senior Manager en charge des politiques publiques internationales chez Amazon, a été reçue en début de semaine par John Tanui (photo, au centre), secrétaire principal au ministère kényan de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique. Les discussions ont porté sur l’extension d’un haut débit plus rapide, fiable et abordable aux communautés non desservies et mal desservies grâce à la technologie satellitaire LEO.
« Alors que le Kenya accélère la mise en œuvre de son Agenda de transformation numérique, les partenariats s’appuyant sur des technologies innovantes telles que le haut débit par satellite seront essentiels pour réduire la fracture numérique, soutenir les services publics numériques, favoriser l’apprentissage à distance, renforcer la prestation des soins de santé et ouvrir de nouvelles opportunités aux jeunes et aux entreprises à travers le pays », a déclaré M. Tanui dans un communiqué publié sur sa page LinkedIn.
Un marché dynamique mais marqué par de fortes inégalités de connexion
Ce rapprochement intervient dans un contexte où le Kenya est l’un des marchés TIC les plus dynamiques du continent. Cependant, la fracture numérique reste prononcée, ce qui constitue une opportunité de marché pour les fournisseurs de services. Selon les données de l’Autorité des communications (CA), le Kenya comptait 78,3 millions d’abonnements à la téléphonie mobile, 60,26 millions d’abonnements à l’Internet mobile et 2,29 millions d’abonnés à l’Internet fixe à fin septembre 2025, pour une population estimée à 52,42 millions d’habitants.
Si ces chiffres suggèrent des taux de pénétration apparents supérieurs à 100 %, il convient de rappeler que les abonnements représentent en réalité le nombre de cartes SIM ou de lignes utilisées pour accéder aux services. Une même personne peut en détenir plusieurs. Les taux d’adoption réels peuvent donc être inférieurs.
Ainsi, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estimait à 35 % le taux de pénétration de l’Internet au Kenya en 2024, contre 53,7 % pour la téléphonie mobile. Dans son The State of Mobile Internet Connectivity Report 2024, la GSMA indiquait que 35 millions de Kényans n’ont pas du tout accès à Internet.
Une concurrence déjà bien installée
Pour s’imposer sur ce marché potentiel, Amazon pourra s’appuyer sur son futur réseau de satellites en orbite basse, capable d’offrir une couverture haut débit généralisée sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones difficiles d’accès pour les réseaux traditionnels.
Cependant, la société devra faire face à une concurrence déjà établie, menée notamment par Safaricom et Starlink. Ce dernier bénéficie d’atouts similaires, s’appuyant lui aussi sur une constellation de milliers de satellites en orbite basse pour fournir ses services. Les opérateurs commencent par ailleurs à intégrer des solutions satellitaires pour renforcer leurs infrastructures. Safaricom bénéficie d’un accord avec Amazon pour son projet LEO, via sa maison mère Vodafone.
Les données du régulateur télécoms kényan montrent que Safaricom détenait, à fin septembre 2025, 62,7 % des 47,1 millions d’abonnements au haut débit mobile, contre 33,5 % pour Airtel Kenya. Le reste du marché est partagé entre Telkom Kenya, Finserve Africa et Jamii Telecommunications.
Sur le segment de l’Internet fixe, Safaricom compte 815 037 abonnés pour une part de 35,6 %, suivi de Jamii (20,4 %), Wananchi Group (11,8 %) et Poa Internet (11,6 %). Starlink se classe à la neuvième place avec 19 470 abonnements et une part de marché de 0,8 %.
Les discussions entre les deux parties n’en sont encore qu’à leurs débuts. Amazon n’a pas encore détaillé ses ambitions pour le marché kényan de l’Internet, ni son calendrier de lancement ou son modèle économique. À titre d’exemple, si la société a obtenu une licence de fournisseur d’accès Internet au Nigeria, en Afrique du Sud elle a indiqué vouloir soutenir l’extension de la couverture en fournissant des capacités de transport (backhaul) par satellite aux fournisseurs d’accès locaux.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 26 février 2026)
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