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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > Antoine Ngom, Président de l’Organisation des professionnels des TIC (OPTIC) (…)

Antoine Ngom, Président de l’Organisation des professionnels des TIC (OPTIC) : « La multiplication des attaques des systèmes d’informations de nos administrations est préoccupante »

vendredi 13 février 2026

Portrait/Entretien

Après la Direction générale des Impôts et Domaines, la Direction de l’Automatisation du fichier (Daf) vient de faire l’objet d’une cyberattaque. Ce qui semble révéler des failles inquiétantes de notre dispositif de cyber sécurité. Interpellé par WalfQuotidien, Antoine Ngom, président de l’Organisation des professionnels des Tic (Optic), estime dans cet entretien que ces cas d’attaques montrent que les systèmes propriétaires pilotés depuis l’étranger ne constituent certainement pas la solution pour les infrastructures d’information critiques qui doivent être maîtrisées par des acteurs locaux. Pour lui, l’Etat doit absolument travailler avec l’écosystème local pour l’ensemble des systèmes relevant de la souveraineté nationale.

WalfQuotidien : Comment accueillez-vous l’implantation de Starlink au Sénégal ?

Antoine NGOM : L’arrivée de Starlink au Sénégal était prévisible après les différents signaux et annonces des plus hautes autorités du Sénégal. Le secteur privé du numérique en général n’a pas de position dogmatique en faveur ou contre l’arrivée de Starlink. Il a plutôt une position de principe.

Starlink est clairement une opportunité supplémentaire pour une connectivité universelle immédiate, notamment dans les zones blanches, avec une qualité comparable à la fibre, grâce à la technologie LEO (Low Earth Orbit) composée d’une constellation de milliers de satellites en orbite basse. L’innovation technologique est réelle et permet d’offrir des services communautaires de qualité, en matière d’éducation, de santé, de services publics, et soutenir les activités économiques des populations rurales.

Starlink est un acteur disruptif par sa technologie mais également par sa puissance financière et son influence politique : le risque de déréguler le marché existe si des dispositions optimales ne sont pas prises.

L’opérateur satellitaire américain doit d’abord respecter strictement le cadre réglementaire du code de télécommunications et son cahier des charges ne doit pas relever des dispositions exceptionnelles le favorisant : c’est un préalable important afin de préserver l’équité, une concurrence saine vis-à-vis des autres acteurs locaux ainsi que les intérêts du Sénégal.

Le régime idéal qu’Optic et les acteurs de l’écosystème ont toujours soutenu et promu est celui d’opérateur d’infrastructures. Starlink vendrait de la capacité aux acteurs locaux en lieu et place de vendre directement au client final (Direct-to-Customer ou BtoC). L’intérêt du wholesale est multiple. Pour le marché, il privilégie le partenariat aux tensions concurrentielles, préserve la valeur, permet une meilleure maîtrise des tarifs. Pour l’Etat, il permet une meilleure maîtrise en matière de souveraineté numérique et de politique d’aménagement numérique du territoire. Pour les acteurs locaux, il préserve l’investissement et les emplois, accélère leur couverture.

Les récentes communications du ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique et du Régulateur semblent plutôt consacrer un régime de Fournisseur d’Accès à Internet (Fai). Optic réclame plus de transparence sur le cahier des charges de Starlink, dans tous ses aspects, afin d’apprécier l’impact sur l’écosystème, le marché ainsi que les intérêts stratégiques du Sénégal.

Optic accorde une importance particulière à l’équité pour une concurrence saine. Enfin, Optic milite pour un partenariat vertueux gagnant Starlink/Acteurs locaux privilégiant le wholesale, la redondance et la valeur de marché.

En conclusion, Starlink peut constituer une véritable opportunité d’accélération de la connectivité universelle à condition d’opter pour un schéma optimal qui préserve ou renforce les intérêts stratégiques du Sénégal, l’investissement et les emplois des acteurs existants, ainsi que le marché et les conditions d’accès des populations. Pour cela, Optic appelle à la concertation avec les acteurs pour co-construire/ajuster un schéma qui respecte l’équité, la transparence, le développement de partenariats vertueux Starlink/ Opérateurs locaux.

Quelles seront les conséquences sur l’écosystème numérique au Sénégal ?

C’est le contenu du cahier des charges de Starlink qui pourra nous renseigner sur les opportunités ou menaces que l’arrivée de l’opérateur américain pourra représenter pour l’écosystème numérique du Sénégal. Optic va porter le plaidoyer pour amener l’Etat du Sénégal à promouvoir un partenariat vertueux Starlink/Opérateurs, FAI & Intégrateurs locaux.

Plusieurs leviers pourront être activés par l’Etat du Sénégal. Imposer le wholesale pour les services publics (écoles, administrations, etc…) et dans certaines zones géographiques. Passer par les acteurs locaux pour toute utilisation du fonds du Service Universel (ne pas imposer la double peine aux opérateurs existants : payer la redevance de service universel et que cette redevance serve à financer directement l’achat d’équipements et de services Starlink sans passer par un opérateur local). A l’image du dégroupage de la fibre, établir une offre wholesale pour les opérateurs/FAI pour les offres satellitaires. Offrir des services backhauling aux opérateurs

La disponibilité d’une connectivité très haut débit en milieu rural est une opportunité pour les entreprises de services numériques pour proposer de nouveaux services à valeur ajoutée dans plusieurs domaines (Santé, Formation, Finance, Agriculture, etc…) et stimuler l’innovation.

Tout schéma qui ne privilégierait pas ces partenariats, la transparence et l’équité, pourrait constituer une menace pour les acteurs de l’écosystème du numérique existants.

Starlink constitue-t-il vraiment une menace pour la souveraineté numérique ou pensez-vous que c’est une formidable opportunité économique pour le pays ?

La souveraineté numérique constitue un des piliers du New Deal Technologique. Je n’ai donc aucun doute que l’Etat du Sénégal prenne toutes les dispositions dans ce sens vis-à-vis de Starlink. Celles-ci ne se limitent pas à un avis favorable de la Commission des données personnelles (Cdp) sur les données personnelles : il y a lieu d’aborder la souveraineté numérique dans tous ses aspects et beaucoup de questions doivent trouver une réponse satisfaisante. De quels leviers opérationnels dispose-t-on sur l’infrastructure Starlink en cas de crise majeure ? Le trafic Starlink passe-t-il par les dispositifs nationaux de cybersécurité ? Le Sénégal a-t-il la capacité de faire appliquer ses décisions de souveraineté numérique à Starlink ? Quelles dispositions sont prises pour assurer la continuité de services équivalents si Starlink décide d’arrêter son service ? D’un autre côté, des opportunités réelles existent et qui ont déjà été présentées précédemment avec des conditionnalités.

Récemment, il a été fait état de cyber-attaques contre des organes du ministère de l’Intérieur. Cela aurait-il pu être évité ?

La multiplication des attaques des systèmes d’informations de nos administrations est préoccupante. Cela dénote d’un retard de notre pays dans la protection des infrastructures numériques critiques afin d’accompagner la nécessaire digitalisation massive de notre administration et de nos entreprises. Il est temps pour le Sénégal de se doter au plus vite des dispositifs, légaux, réglementaires, et opérationnels en matière de cybersécurité, à la hauteur de ses ambitions de digitalisation et surtout en adoptant les meilleures pratiques. Le secteur privé sénégalais, de même que la diaspora sénégalaise regorgent d’expertise de classe internationale en matière de cybersécurité. Optic renouvelle sa disposition à accompagner l’Etat du Sénégal comme elle a eu à le proposer lors des précédentes attaques.

Les cas récents d’attaques montrent que les systèmes propriétaires pilotés depuis l’étranger ne constituent certainement pas la solution pour les infrastructures d’information critiques qui doivent être maîtrisées par des acteurs locaux. L’Etat doit absolument travailler avec l’écosystème local pour l’ensemble des systèmes relevant de la souveraineté nationale.

Comment le secteur privé apprécie la mise en œuvre du New Deal Technologique lancé par l’Etat ?

Cela fera bientôt un an que le New Deal Technologique a été lancé. A notre connaissance, aucun comité de pilotage du NDT n’a été réuni à ce jour. Optic n’a donc aucune appréciation du niveau de la mise en œuvre des 50 projets répartis dans 12 programmes. Nous appelons l’Exécutif à constituer et à faire fonctionner les organes de gouvernance. Le défaut de pilotage de la SN2025 est l’une des principales causes de son bas niveau d’exécution.

Bénéficiez-vous de la confiance de l’Etat sur les projets TIC d’envergure, comme les documents administratifs ?

La volonté est réelle et nous la saluons. Cette volonté s’est matérialisée à travers des ateliers que nous co-organisons avec le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique à l’occasion du Salon international des professionnels de l’économie numérique (Sipen) par exemple, avec Sénégal Numérique S.A (Senum). Il reste à concrétiser ensemble, Etat et secteur privé, une vraie alliance stratégique, rapidement opérationnelle pour faire de cette volonté une réalité. Optic prend des initiatives, impulse des consortiums, est à l’origine de Digital Sénégal, qui est le bras opérationnel du secteur privé du numérique pour conduire les grands projets du numérique du Sénégal. Oui, l’espoir est permis.

Entretien réalisé par Seyni DIOP

(Source : Wal Fadjri, 13 février 2026)

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