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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Août 2026 > Angola : la loi contre les fausses informations en ligne entre en vigueur

Angola : la loi contre les fausses informations en ligne entre en vigueur

lundi 10 août 2026

Législation/Réglementation

Alors que plusieurs pays africains renforcent leur arsenal contre la désinformation, l’Angola franchit un nouveau cap avec un texte qui étend la responsabilité aux utilisateurs et aux plateformes numériques. La mesure suscite déjà des inquiétudes sur les risques pour la liberté d’expression.

La loi angolaise contre les fausses informations sur Internet est officiellement entrée en vigueur le jeudi 6 août, après sa publication au Journal officiel le mardi 4 août. Adoptée en mai 2026 par l’Assemblée nationale et promulguée en juillet par le président João Lourenço, elle établit la responsabilité civile et pénale des personnes reconnues coupables d’avoir diffusé de fausses informations en ligne.

Le texte prévoit des peines d’emprisonnement d’un à trois ans pour la diffusion de fausses informations, de trois à huit ans lorsque le contenu incite à la haine ou porte atteinte à la réputation de personnes ou d’institutions, et jusqu’à dix ans lorsque la diffusion compromet les processus électoraux ou la sécurité de l’État. Des amendes pouvant atteindre 400 salaires minimaux nationaux sont également prévues.

La loi introduit pour la première fois dans l’ordre juridique angolais des définitions légales précises de plusieurs notions, notamment les fausses informations, les deepfakes, la désinformation, les comptes inauthentiques, les contenus manipulés et les réseaux de dissémination artificielle. Elle s’applique également de manière extraterritoriale : les contenus produits à l’étranger mais destinés au public angolais relèvent de son champ d’application.

Les plateformes numériques sont également concernées. Elles sont tenues d’adopter des mécanismes de transparence, de soumettre des rapports mensuels au régulateur des télécommunications et de retirer les contenus concernés, sous peine de voir leur responsabilité engagée.

Un mouvement continental aux contours controversés

L’Angola s’inscrit dans un mouvement continental documenté depuis plusieurs années. Selon Africa Check, le nombre de lois africaines sanctionnant les « fausses informations » a presque doublé depuis 2016. L’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Nigeria, le Zimbabwe et la Tanzanie ont tous adopté ou tenté d’adopter des textes similaires. Le Burkina Faso et la Guinée ont également renforcé leur cadre législatif sur la désinformation ces dernières années, selon AfricLaw.

Mais l’efficacité de ces lois fait débat. Africa Check, qui a étudié 31 lois ou réglementations africaines sur les fausses informations dans 11 pays, note que dix d’entre elles ne requièrent aucune preuve que l’information ait causé ou soit susceptible de causer un préjudice pour engager des poursuites. Une telle disposition peut exposer des journalistes et des critiques du pouvoir à des sanctions arbitraires.

En Angola, l’organisation indépendante Maka Angola a alerté sur un risque structurel précis : le régulateur des télécommunications chargé d’appliquer la loi est placé sous tutelle du gouvernement, son conseil d’administration étant nommé par le président de la République. Un organe dépendant de l’exécutif pourrait ainsi déclencher des procédures de retrait de contenus concernant l’exécutif lui-même, ce que Maka Angola qualifie de « violation du principe fondateur de la séparation des pouvoirs ».

Adoni Conrad Quenum

(Source : Agence Ecofin, 10 août 2026)

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