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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > Allemagne : le format ODF obligatoire dans l’administration

Allemagne : le format ODF obligatoire dans l’administration

samedi 21 mars 2026

Logiciel libre

The Document Foundation, qui gère LibreOffice, salue la décision du ministère allemand du Numérique, qui impose le format ODF dans l’administration fédérale, refusant ainsi le contesté OOXML de Microsoft.

C’est une victoire pour les formats ouverts qu’annonce The Document Foundation (TDF), l’organisation à but non lucratif responsable de la suite bureautique LibreOffice : l’intégration d’Open Document Format (ODF) comme format standard obligatoire dans le Deutschland-Stack, le cadre d’infrastructure numérique souveraine du gouvernement fédéral allemand pour l’ensemble des administrations publiques.

Pas une simple recommandation

Le Deutschland-Stack est publié (texte en allemand) par le ministère fédéral allemand du Numérique et de la Modernisation de l’État (Bundesministerium für Digitales und Staatsmodernisierung). Il définit les normes techniques d’une infrastructure numérique partagée, interopérable et souveraine pour toutes les administrations publiques allemandes. Parmi ses normes techniques dans une section « Technologies sémantiques et analyse en temps réel », les formats ODF et PDF/UA sont explicitement désignés comme les deux formats de documents obligatoires.

« Il ne s’agit pas d’une recommandation ni d’une préférence, c’est impératif », souligne Florian Effenberger, directeur exécutif de la Document Foundation (en France, le RGI de 2016 note le format ODF comme « recommandé » et le format OOXML "en observation - p. 40 et 41 du PDF).

« La décision de l’Allemagne de placer l’ODF au cœur de son système de gestion de documents souverains confirme ce que nous affirmons depuis des années : les formats de documents ouverts et indépendants des fournisseurs ne sont pas une préoccupation marginale pour quelques spécialistes des technologies et défenseurs des logiciels libres. Ils constituent une infrastructure fondamentale pour des administrations publiques démocratiques, interopérables et souveraines. »

La TDF indique que le Deutschland-Stack « adopte le principe « Fabriqué en Europe d’abord », exige des interfaces ouvertes et un stockage local des données, impose le développement de logiciels libres là où la propriété intellectuelle prévaudrait et vise explicitement à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs. » « Il vise la mise en œuvre concrète de composants d’infrastructure pour tous les niveaux de gouvernement d’ici 2028. »

« Le Deutschland-Stack appelle également à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs et à bâtir une infrastructure de cloud européenne fondée sur des standards ouverts », ajoute Florian Effenberger. « Le mandat d’ODF est l’expression concrète de ce principe au niveau documentaire, car on ne peut prétendre à la souveraineté numérique tout en laissant ses documents enfermés dans des formats propriétaires contrôlés par un seul fournisseur. »

« Un impact considérable sur le marché »

Sur son blog, la Document Foundation se félicite du choix de Berlin, et commente : « L’Allemagne est la première économie de l’Union européenne et ses décisions ont un impact considérable sur le marché. Les fournisseurs du secteur public allemand seront tenus de prendre en charge la norme ODF, ce qui pourrait inciter les autres États membres de l’UE, qui développent des infrastructures compatibles, à suivre son exemple.

L’importance du Deutschland-Stack va bien au-delà et représente un enjeu majeur : la reconnaissance politique formelle et de haut niveau que les formats de documents ouverts et standardisés sont une composante essentielle de l’infrastructure, et non une simple préférence ; que l’interopérabilité n’est pas une fonctionnalité secondaire à considérer ultérieurement ; et que la véritable souveraineté numérique exige des normes ouvertes à tous les niveaux de la chaîne technologique, y compris au niveau des documents. »

La TDF apprécie également dans la décision allemande le fait qu’elle renverse la charge de la preuve quant au choix du format propriétaire OOXML (Office Open XML) de Microsoft :

« À ce jour, l’adoption de l’ODF par les administrations publiques européennes a été freinée par les risques liés à l’abandon du format le plus répandu : problèmes potentiels d’affichage des documents et de flux de travail, et nécessité éventuelle de formation complémentaire pour le personnel. Dans ce contexte, le risque du changement est toujours supérieur à celui du statu quo. La règle Deutschland-Stack renverse complètement cette logique. En choisissant l’ODF comme norme – et non l’OOXML, « format le plus répandu » imposé par le fournisseur dominant –, le gouvernement fédéral allemand reconnaît que le principal risque pour l’interopérabilité, la souveraineté et l’intérêt public à long terme réside dans le format propriétaire. »

« Sensibiliser aux faux logiciels libres »

La décision allemande est un succès pour la fondation Document, qui a dénoncé vivement le verrouillage que constitue à ses yeux le format OOXML. Italo Vignoli, membre fondateur de TDF, a qualifié le mois dernier d’« outrageuse » l’idée selon laquelle l’OOXML (Office Open XML) serait un standard ouvert universellement acceptable. Selon lui, ce format est structurellement conçu pour être impossible à implémenter parfaitement par des tiers, une stratégie assurant l’hégémonie de la suite Microsoft Office sur le marché.

Il a précisé ensuite dans un autre billet de blog que ses commentaires ne visaient pas que Microsoft, mais avaient aussi pour but de « sensibiliser les utilisateurs aux faux logiciels libres, tels que OnlyOffice, qui s’associe à Microsoft dans le cadre d’une stratégie visant à fidéliser les utilisateurs ».

(Source : ZDNET, 21 mars 2026)

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