Afrique de l’Est : un nouveau câble sous-marin pour renforcer l’accès à Internet
mardi 9 juin 2026
Avec l’accélération de la transformation numérique, on assiste à l’émergence d’usages de plus en plus gourmands en bande passante. Alors que la demande continue de croître, les pays africains renforcent leurs infrastructures afin d’y répondre.
William Ruto, le président du Kenya, a annoncé le lundi 8 juin avoir obtenu 37 millions d’euros (42,8 millions USD) de l’Union européenne pour un projet visant à connecter son pays ainsi que la Tanzanie, Djibouti et la Somalie à un nouveau câble sous-marin. L’initiative vise à renforcer l’accès à Internet dans ces pays et en Afrique de l’Est en général.
Le câble est l’extension africaine du projet Blue-Raman annoncé en juillet 2021 par Google. Long de 12 700 kilomètres, il doit relier l’Europe à l’Inde en passant par le Moyen-Orient, avec un atterrissement sur la côte est de l’Afrique.
La société italienne Sparkle, partenaire sur le projet, explique que l’infrastructure est composée de deux sections. Blue devait initialement relier l’Italie, la France, la Grèce et Israël, tandis que Raman devait connecter la Jordanie, l’Arabie saoudite, Djibouti, Oman et l’Inde. Chacune des deux sections est dotée de 16 paires de fibres optiques et repose sur une approche d’accès ouvert.
Le nouveau câble viendra renforcer l’infrastructure numérique de chacun des pays concernés. Selon la plateforme Submarine Cable Map, le Kenya est actuellement desservi par sept câbles sous-marins, tandis que deux autres sont attendus respectivement en 2026 et en 2027. La Tanzanie est connectée à cinq câbles, Djibouti à huit et la Somalie à cinq.
Un impact attendu sur les coûts
Le président kényan estime que Blue-Raman contribuera à réduire les coûts de bande passante. Cette perspective est étayée par plusieurs études. Dans un rapport publié en juin 2025, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) indique qu’un doublement de la capacité internationale entraîne une baisse immédiate d’environ 32 % du prix du haut débit fixe et jusqu’à 50 % pour le haut débit mobile.
La Banque mondiale aboutit à des conclusions similaires. Dans une étude publiée en juillet 2024, elle estime que chaque doublement de la capacité des câbles sous-marins en Afrique induit en moyenne une baisse de 7 % du prix de l’Internet haut débit fixe et de 13 % pour le haut débit mobile.
Cela intervient dans un contexte où le coût de l’Internet est considéré comme l’un des principaux obstacles à l’adoption et à l’utilisation régulière des services numériques. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), un forfait de 5 Go d’Internet mobile représente 4,1 % du revenu national brut (RNB) par habitant au Kenya, contre 4,79 % en Tanzanie, 4 % en Somalie et 5,74 % à Djibouti. Pour le haut débit fixe, ce ratio atteint 12,3 % au Kenya, 28 % en Tanzanie, 50 % en Somalie et 5,26 % à Djibouti. Le seuil d’abordabilité fixé par l’UIT est de 2 %.
Sécurité des infrastructures et zones d’ombre
Une réduction des coûts peut donc contribuer à réduire la fracture numérique. L’UIT indique par exemple que seulement 35 % de la population kényane utilisait Internet en 2024, contre 31,2 % des Tanzaniens, 27,9 % des Somaliens et 65,3 % des Djiboutiens.
Il convient toutefois de préciser que plusieurs inconnues demeurent. Le calendrier de mise en œuvre de l’infrastructure n’a pas encore été communiqué, alors que l’année 2024 avait initialement été évoquée pour l’entrée en service du projet.
Par ailleurs, la question de la sécurité de l’infrastructure se pose. Plusieurs incidents affectant des câbles sous-marins ont été recensés ces derniers mois, qu’ils soient accidentels ou intentionnels, entraînant des perturbations plus ou moins prolongées de l’accès à Internet.
Par exemple, le 4 mars 2025, le câble PEACE a été sectionné en mer Rouge. Quelques mois plus tôt, en mai 2024, les câbles EASSy et SEACOM avaient eux aussi subi des dommages avant d’être réparés trois semaines plus tard. Ces perturbations ont affecté des millions d’utilisateurs, notamment en Tanzanie, au Mozambique, au Malawi, au Burundi, au Rwanda, à Madagascar, aux Comores, en Ouganda, en Somalie et au Kenya.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 9 juin 2026)
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