Afrique de l’Est : après les guichets uniques, la CAE numérise les garanties douanières
dimanche 27 septembre 2026
Pour les économies enclavées d’Afrique de l’Est, la compétitivité des échanges se joue aussi dans la capacité à réduire les frictions lors du transit des marchandises. La CAE cherche désormais à agir sur un maillon moins visible, mais déterminant, de cette chaîne.
La modernisation des corridors commerciaux d’Afrique de l’Est aborde une nouvelle étape, celle de la dématérialisation des cautions douanières. Une garantie de 29 millions USD annoncée par Afreximbank en faveur de BSMART Technology, accompagnera le déploiement de cette solution à l’échelle de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE).
L’objectif est de s’attaquer à un volet administratif encore contraignant en matière de transit régional, et notamment à la garantie financière exigée pour couvrir les droits et taxes susceptibles d’être dus pendant l’acheminement des marchandises. Concrètement, la plateforme permettra aux transitaires et autres opérateurs éligibles d’obtenir et de traiter leurs cautions douanières sous format numérique.
Les administrations douanières et les organismes garants peuvent également accéder au dispositif, avec à la clé une réduction du recours aux documents physiques lors du franchissement des frontières.
De la fluidification des frontières à la dématérialisation des procédures
La démarche prolonge une série de réformes engagées depuis plusieurs années par la CAE pour réduire les frictions sur ses corridors. Avant la numérisation des cautions, l’organisation avait notamment misé sur le territoire douanier unique et les postes frontaliers à guichet unique, ou OSBP.
Ces dispositifs ont déjà modifié le fonctionnement du transit régional. Selon les données de la CAE, le territoire douanier unique a permis de réduire de 70 % les coûts des opérations commerciales et de ramener de 21 jours à moins de quatre jours le temps de rotation des camions entre le point d’entrée et leur destination finale. Les postes à guichet unique ont, pour leur part, permis de réduire les délais de transit jusqu’à 72 %, tout en renforçant les connexions économiques entre les États partenaires de la CAE.
La caution numérique ajoute donc une nouvelle couche à cette architecture. Là où les précédentes réformes visaient principalement à rapprocher les administrations et à limiter les contrôles répétés aux frontières, la nouvelle plateforme cherche à supprimer une partie des formalités documentaires qui accompagnent les garanties de transit.
Le projet a commencé à prendre forme en août 2025, lorsque le Secrétariat de la CAE a lancé les premiers tests en Ouganda. Le Rwanda et le Burundi ont intégré le dispositif en janvier 2026, avant son lancement officiel lors du sommet des chefs d’État de la CAE en mars.
Afreximbank veut faciliter la circulation des garanties
La garantie accordée à BSMART Technology s’inscrit dans le Programme de garantie de transit collaboratif africain d’Afreximbank. Celui-ci vise notamment à réduire le recours à plusieurs garanties douanières successives lorsqu’une marchandise traverse différents territoires sur une même route de transit. Pour la banque, l’enjeu consiste à faciliter l’accès des entreprises aux garanties nécessaires à leurs opérations et de rendre leur traitement plus homogène entre les différents acteurs du corridor.
« Grâce à la caution douanière de la CAE, nous soutenons la numérisation et la simplification de l’accès aux garanties douanières pour les entreprises qui transportent des marchandises dans la région », a déclaré Kanayo Awani, vice-présidente exécutive d’Afreximbank chargée du commerce intra-africain et du développement des exportations.
L’Afrique de l’Est constitue un marché important pour ce type de réforme. D’après le rapport 2025 d’Afreximbank sur le commerce africain, la région représentait 14,5 % des échanges commerciaux intra-africains en 2024, ce qui la plaçait au troisième rang derrière l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest.
A mesure que les volumes de marchandises augmentent, la réduction des délais administratifs devient un enjeu aussi important que la capacité physique des corridors. La numérisation des cautions pourrait contribuer à cette évolution, mais son impact dépendra de l’adoption effective de la plateforme par les transitaires, les organismes de garantie et les administrations des différents États membres. La CAE devra également maintenir l’interopérabilité entre ce nouvel outil et les dispositifs déjà déployés aux frontières.
Henoc Dossa
(Source : Agence Ecofin, 26 septembre 2026)
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