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Accueil > Ressources > Points de vue > 2018 > L’ entente im-possible des générations d’Internet au Sénégal

L’ entente im-possible des générations d’Internet au Sénégal

lundi 5 novembre 2018

Point de vue

Le Professeur de droit Abdallah Cissé distinguait dans notre société trois générations d’internet au Sénégal : les déconnectées, les hypo connectées et les hyper connectés de l’Internet. Hypo vient du grec et signifie « inférieur » ou « en dessous », en opposition à hyper qui veut dire « supérieur » ou « au dessus ». Il était l’invité du réseau des blogueurs du Sénégal à un panel sur la gouvernance d’Internet. L’essentiel de ce qui est juste dans ce billet découle de son intervention.

Si la plupart des usages de l’Internet au Sénégal semble se réduire à naviguer sur les réseaux sociaux, la politique numérique du Gouvernement quant à elle semble se réduire à la traque des internautes. C’est ce qui ressort du discours public qui met en avant et à souhait la pratique cybercriminelle. Comme une obsession, la mécanisme consiste à traquer et réprimer, pour faire peur.

Internet nourrit aujourd’hui la tension entre usagers et gouvernants. Mais réglons déjà la question de la sémantique en précisant ce qu’est Internet.
Selon Wikipedia, Internet est le « réseau informatique mondial accessible au public. C’est un réseau de réseaux, à commutation de paquets, sans centre névralgique, composé de millions de réseaux aussi bien publics que privés, universitaires, commerciaux et gouvernementaux, eux-mêmes regroupés en réseaux autonomes (il y en avait 47 000 en 2014).

L’information y est transmise grâce à un ensemble standardisé de protocoles de transfert de données, qui permet des applications variées comme le courrier électronique, la messagerie instantanée, le pair-à-pair et le World Wide Web. Internet ayant été popularisé par l’apparition du World Wide Web, les deux sont parfois confondus par le public non averti ». Prêtez attention aux guillemets, c’est du wiki.

Des effets de ce réseau, l’on constate une forte tendance vers l’individualisme et une « perte de pouvoir » des institutions. A mon sens, nous sommes à un tournant décisif dans la configuration de notre environnement social et politique. Et nul doute qu’Internet y jouera un rôle incontournable parce que l’outil sait s’imposer. On a aujourd’hui affaire à un acteur dont aucun réalisateur ni aucun scénario ne semble avoir la maîtrise.

A quelle génération êtes-vous connectée ?

Je pars de l’idée selon laquelle tous seront impactés par l’évolution technologique, sans que notre consentement ne soit toujours requis. La différence viendra de notre niveau de préparation face à cette vague. Dans la masse des usagers, je me considère comme un utilisateur avancé, un concept qui fait chic.

Nous avons un premier groupe d’utilisateurs d’Internet qu’on peut nommer les « débranchés ». Les membres de ce groupe sont un peu comme la plupart de nos seniors dont l’univers de la connectivité se résume à l’usage d’un mobile. Et pas n’importe lequel sakh parce qu’elle utilise un téléphone à touches. Quand j’en ai montré un spécimen à ma fille en lui demandant ce que c’était, elle n’a su me dire. « C’est un téléphone » lui ai-je dit mais sa surprise a été telle qu’elle a pris l’appareil pour aller confirmer ailleurs et mieux, a poussé un coup de fil.

Le deuxième groupe d’utilisateurs d’Internet est composé de ceux qui ont accès à la technologie ou ont la capacité de l’utiliser. Ces hypo connectés ont un usage basique d’Internet et leur exploit se limite à l’email. Ils sont aussi très usagers d’outils comme WhatsApp qui offre des options vocales « appuyer pour parler, lâcher pour envoyer ». D’autres dans le même groupe peuvent s’exercer aux réseaux sociaux mais sans y faire grand chose. Ils y seront plus pour observer parce qu’ils ne veulent rien toucher au risque de le gâter.

Le troisième groupe réunit différents utilisateurs avancés. Il s’agit notamment des influenceurs, blogueurs, journalistes citoyens, etc. Ils sont à fond sur tout et présents partout. Férus du net ou Internet Addict, ils n’envisagent pas d’évoluer dans un environnement déconnecté. Ils sont moins nombreux que les autres groupes mais détiennent un outil de pouvoir.

Cette classification induit diverses conséquences que nous tentons de vous expliquer.

Conflits de générations

Si on analyse bien la composition des groupes, des singularités apparaissent. On pourrait par exemple considérer que les jeunes sont dans le groupe des « hyper connectés » tandis que les personnes plus âgées, les seniors se retrouveront plus dans le lot des hypo connectés. Quant aux déconnectés, on en retrouve chez tous les âges avec une proportion plus important chez les personnes d’un âge plus avancé.

J’évoquais plus haut la question du pouvoir parce que finalement l’enjeu autour de la bataille d’Internet, c’est le pouvoir. Lorsque vous analyser le discours des autorités publiques, un mot revient sans cesse la cybercriminalité. Parce que dans leur perspective, Internet est le nouveau repaire des délinquants et la prochaine menace de la démocratie telle qu’elles le conçoivent. Il y’a déjà un investissement massif dans la riposte, surtout que Dakar abrite désormais son école de cybertraqueurs.

Je mentionnais plus haut que les hypo connectés et les déconnectés tiennent les leviers classiques du pouvoir. C’est la génération que l’on trouve à la Présidence, à l’Assemblée nationale, dans les tribunaux ou chez les religieux. Ils ont une peur bleue de l’Internet et ressentent comme une menace à leurs prérogatives. Il en est de même d’ailleurs des utilisateurs avancés qui revendiquent d’être associés à la prise de décision puisqu’ils sont les destinataires de ces règles. C’est un peu ce qui justifie clash qu’on vit en ce moment autour du code des télécommunications électroniques.

Les choses ne sont-elles pas déjà jouées d’avance. N’assiste-t-on pas à une vaine tentative de reprendre les choses ? C’est aujourd’hui connu, Internet ne réagit pas aux codes de gestion d’un Etat classique et le Pr Cissé disait à juste titre qu’Internet a changé le changement. Seulement, dans ce jeu de pouvoir ou ce rapport de force, aucune partie ne détient toutes les cartes en main.

Il faudra alors se parler, s’écouter, s’essayer à la compréhension, négocier et travailler ensemble. Ce n’est que dans cet environnement collaboratif qu’on prendra conscience du fait que le cyber peut être pertinent pour la santé, l’éducation, l’environnement et surtout la bonne gouvernance.

Alaaji Abdulaay, Blogueur citoyen

(Source : Divan citoyen, 5 novembre 2018)

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