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Accueil > Ressources > Points de vue > 2003 > L’Internet est en train de changer la vie des Sénégalais (1999)

L’Internet est en train de changer la vie des Sénégalais (1999)

jeudi 26 juin 2003

Le Sénégal s’est connecté au réseau Internet en 1995. Entre cette année et 1999, ce pays de l’Afrique de l’Ouest a fait un tel progrès qu’il s’est hissé aujourd’hui au 4è rang des pays africains de par son nombre d’abonnés qui s’élève à environ 8 000 internautes.

Ces chiffres fournis par Arouna Sy, sont également disponibles sur le web, le réseau mondial Internet. Arouna Sy est ingénieur en informatique âgé d’une trentaine d’années. Il est le directeur général adjoint d’une société privée sénégalaise de service informatique, la société Genesis, sise avenue Albert Sarrault à Dakar.

Genesis est spécialisée dans le commerce électronique, spécialisée aussi en conseil pour une entrée sur Internet, création de site web, assistance aux entreprises et sécurité des réseaux. « Genesis est une société dont la vocation est de promouvoir les nouvelles technologies informatiques dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, » précise Sy.

Il affirme en outre que les abonnements à l’Internet sont en nette progression au Sénégal. Ses propos sont confirmés par Daouda Toumbou de Sud online qui fournit, chiffres à l’appui, plus de précisions sur la question.

’’ A ce jour, le Sénégal compte une douzaine de fournisseurs d’accès à l’Internet ( providers en anglais ), dont les plus importants sont Télécom Plus ( environ 2600 abonnés ), Aupelf-Uref (1034 ), Métissacana (1000), Université Cheikh Anta Diop de Dakar ( 500), Arc Informatique (250 ), Orstom (230 ), et la primature (80 ) ’’, déclare Daouda.

Il y en a bien d’autres comme Enda, Ati, Sonatel, Cyber Center de Silicion Valley, Point Net et Inter active dont les chiffres ne sont pas disponibles sur le Web.

Daouda Toumbou est le Chef bureau Sud online, une branche du groupe de presse Sud communication. A ce titre, il est chargé de mettre tous les jours sur le web le journal Sud quotidien et les programmes de la radio Sud FM, deux filiales du groupe Sud Communication.

Daouda déclare que ’’ l’Internet commence à rentrer dans les moeurs des Sénégalais ’’. Il n’en veut pour preuve que les abonnements qui proviennent de plus en plus des écoles sénégalaises, et la fréquentation progressive des cyber cafés qui sont des endroits où des personnes ne pouvant s’offrir un ordinateur à la maison peuvent se rendre pour surfer (naviguer sur le web ) contre paiement d’une certaine somme.

Le plus connu de ces cyber cafés au Sénégal et en Afrique de l’Ouest est Métissacana, situé au Plateau, dans la rue de Thiong. Diop N’Deye Kanté est formatrice à Métissacana. C’est elle qui accueille et renseigne tous les visiteurs du cyber café. Elle explique au prime abord que Métissacana est un mot bambara qui signifie ’’ le métissage est arrivé ’’. Ce nom a été choisi à dessein pour signifier la fréquentation multinationale du centre. « Métissacana est non seulement un fournisseur d’accès à l’Internet, mais aussi un cyber café, » précise Diop.

Elle confirme l’information selon laquelle Métissacana serait le cyber café le plus fréquenté au Sénégal et en Afrique de l ’Ouest. "Métissacana comte environ 1000 abonnés à l’Internet et reçoit chaque jour une soixantaine de clients de tous âges qui viennent soit pour surfer, soit pour envoyer des e-mails (les messages électroniques ) ’’, ajoute-t-elle.

Créé depuis le 5 juillet 1997, Métissacana dispose à ce jour d’une douzaine d’ordinateurs. Il set ouvert 24 heures sur 24. Il assure la connexion à l’Internet et offre un service de formation pou les novices.

A Télécom Plus, une filiale de la Sonatel (la Société nationale de télécommunications ), ils en font peut-être un peu moins que Métissacana en tant que cyber café, mais ils sont le leader incontesté au Sénégal des fournisseurs d’accès à l’Internet. En témoigne le chiffre de 2600 abonnés avancé par Daouda Toumbou et confirmé par Abdu Karim N’Diagne, un ingénieur en informatique à Télécom Plus.

Il complète en outre qu’en dehors de ses 2600 abonnés du Réseau téléphonique en communication (RTC), Télécom Plus compte également une dizaine d’abonnés (essentiellement des entreprises ) sur un nouveau type d’accès, le Réseau numérique à intégration de services (RNIS).

’’ C’est une ligne numérique qui a un débit de transmission beaucoup plus élevé que la ligne de transmission téléphonique ordinaire ’’, explique N’Diagne. Le Rnis est une ligne de transmission qui permet le passage beaucoup plus aisé, selon N’Diagne, de l’image et du son.

Malheureusement, déplore-t-il, l’obtention de cette ligne est encore très difficile auprès de la Sonatel. En fait, son expansion ne dépend que de la volonté des responsables de cette société qui a le monopole du téléphone au Sénégal. N’Diagne fonde ses espoirs sur un autre réseau, déjà connu en France et au Canada, et qui serait selon lui ’’l’avenir du réseau Internet’’. Il s’agit du réseau Nul Modem qui est un système de transmission par câble.

’’Avec ce réseau, plus d’embouteillages, plus de difficultés, le son et l’image pourront passer tout autant que le texte beaucoup plus rapidement’’, s’enthousiasme N’Diagne.

Pour l’instant, le développement de l’Internet au Sénégal est encore très entravé.

« La principale entrave au développement de l’Internet au Sénégal est le téléphone qui reste encore cher, » déclare Arouna Sy de la société Genesis. Il précise que les coûts d’abonnement à l’Internet ne sont accessibles qu’aux entreprises. Ils ne sont pas à la portée de la majorité des particuliers. ’’Or, le grand marché de l’Internet se trouve au niveau des particuliers’’, se désole Sy.

L’éclosion de ce marché, selon lui, va entraîner le développement de nouveaux types de services comme le commerce électronique , les échanges de services... "Mais tant que le téléphone restera aussi cher, le développement de l ’Internet se fera toujours au ralenti’’, assure Sy.

Un usager qui dispose déjà d’une ligne téléphonique doit débourser pour s’abonner, selon les tarifs de Métissacana, 25 000 francs Cfa comme frais administratifs, payer un abonnement de 8 000 francs, acheter un modem d’une vitesse moyenne de 33 600 bips (c’est une option) qui coûte 175 000 francs. Tous ces prix étant hors taxe, il leur sera appliqué en sus une TVA de 20 %.

A cela s’ajoute le prix d’un ordinateur multimédia qui tourne autour d’un million de francs Cfa plus d’autres frais accessoires et le coût total du raccordement à l’Internet s’élève à environ un million cinq cent mille francs Cfa, somme qui est largement au-dessus des possibilités du Sénégalais moyen.

Il faut ajouter à cela la facture téléphonique qui, chaque mois viendra rappeler à l’utilisateur de l’Internet qu’il doit se limiter au strict nécessaire.

L’autre entrave au développement de l’Internet, selon Sy, est la faiblesse de la vitesse de transmission des données. Cela crée très souvent une saturation du réseau entre 11 heures et 18 heures.

’’Même si le bip du Sénégal (2 mégabips par seconde) est au-dessus de celui du Bénin par exemple (0,5 mégabip par seconde), il est encore largement en dessous de la norme internationale qui est en moyenne de 5 mégabips par seconde’’, déclare Sy.

Le bip est entendu comme l’unité de mesure de la durée de transfert des données. Il est assez difficile en ce moment, selon Sy, de faire passer sur le web au Sénégal le son et l’image à cause de la faiblesse de ce débit. « Si on a envie de faire du multimédia, il faut que la capacité du bip soit augmentée, » conclut Sy.

Face à ces difficultés, la filiale sénégalaise de l’Internet society (ISOC), installée depuis 4 mois environ au Sénégal, ’’œuvre acharnement auprès de la Sonatel pour amoindrir les coûts de l’utilisation et rendre accessibles aux particuliers les services de l’Internet’’, déclare Sy.

N’empêche, pour beaucoup de chercheurs et de cadres de l’administration, l’Internet reste encore le média par excellence, assure Sy. « L’Internet est en train de changer la vie des Sénégalais, » conclut-il.

Michée Boko

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