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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2018 > Mai 2018 > Interview.... Karim Konaté, Chef de la section Mathématiques-Informatique (…)

Interview.... Karim Konaté, Chef de la section Mathématiques-Informatique UCAD : « Le Sénégal connait un déficit de développeurs »

vendredi 18 mai 2018

Portrait/Entretien

En marge de la sortie de la 27e promotion, le responsable de la section Informatique de la Faculté des Sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), M. Karim Konaté, enseignant-chercheur à la faculté des Sciences et techniques du département de Mathématiques- Informatique, responsable de la section Informatique nous a accordé un entretien dans lequel, il revient sur l’importance de cette filière dans la carrière des étudiants et dans le développement socio-économique de leur pays. Surtout en ces temps de révolution numérique, non sans lancer un plaidoyer en direction des pouvoirs publics.

Lors de la remise des diplômes aux soixante-dix-huit récipiendaires, vous disiez que vos étudiants trouvent un emploi avant même la fin de leur cycle d’étude. Quelles filières sont les plus demandées et quelles sont les entreprises qui les recrutent ?

Pratiquement toutes les filières en Informatique sont demandées, quand bien même certaines le sont plus que d’autres. Je peux citer la filière Business intelligence (Intelligence économique, Ndlr). En fait, tout ce qui rentre dans l’expression « informatique décisionnelle » bénéficie aujourd’hui d’un très grand intérêt auprès des employeurs.

Il y a également le profil de développeur qui est très demandé. Aujourd’hui, il n’y en a pas assez au Sénégal.

En gros, la filière Système d’informations réparties (Sir), qui forme des développeurs et des administrateurs de bases de données est très recherchée sur le marché de l’emploi. Donc, essentiellement, ce sont les deux profils les plus demandés, même s’il y a à côté les filières Réseaux-télécommunications et Bio-informatique-Bio-mathématiques. Et l’on retrouve les sortants de la section Information dans toutes les sphères professionnelles (banques, assurances, entreprises de télécoms, etc.).

Comment cela se passe ? Existe-t-il des partenariats entre la section Informatique et les entreprises qui accueillent vos sortants ?

Il n’y a, a priori, pas de partenariat. Ce sont le professionnalisme et le talent de nos étudiants qui pèsent sur la balance.

Par ailleurs, c’est dans la logique des partenariats que nous aimerions aller. L’on a beaucoup reproché à la section Informatique de ne pas mettre en place une stratégie de collaboration avec les entreprises qui manifestent de grands intérêts pour nos étudiants. Petit à petit nous sommes en train de développer des conventions avec certaines entreprises de la place. D’ailleurs, il y en a déjà qui ont été signées.

Que vous rapportent ces collaborations, en termes d’équipements, d’accompagnement ?

Pour le moment, ces entreprises nous soutiennent dans la formation. Connaissant mieux les spécificités du travail pratique, elles viennent quelquefois animer des séminaires, histoire de donner un avant-goût à nos étudiants de ce qui les entend dans la pratique en entreprise.

Car nous sommes dans une enceinte universitaire, donc plus théorique, alors qu’au sein de l’entreprise, le travail est plus pratique. En ce sens, elles nous suggèrent quelquefois de plus mettre l’accent sur tel ou tel autre point de la formation.

Dans nos discussions, il est cependant prévu que ces entreprises équipent nos laboratoires. C’est le cas avec l’une d’elles qui s’est engagée à nous en fournir un. D’autres nous ont promis de l’équipement pour nos salles de cours et de Travaux pratiques (TP).

Cet accompagnement provient du privé. Quand est-il des pouvoirs publics ?

De butte-en-blanc, je dirai que l’Etat ne nous accompagne pas beaucoup, comparé à ce que nous apportent les entreprises privées. Mais n’oublions pas que nous sommes à la faculté des Sciences de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, un établissement public qui dépend d’un ministère du gouvernement sénégalais. Donc le département dispose d’un budget de fonctionnement, d’où provient notre part de subvention.

A combien s’élève cette subvention ?

Le département de Mathématiques et Informatique bénéficie d’un budget qui tourne autour d’une dizaine de millions de francs CFA.

Comble-t-elle vos besoins ?

(Il coupe et se répète) Pas du tout, pas du tout. Cela ne comble pas du tout nos besoins. Nous n’avons pas les moyens de grandes ambitions, faute d’investissements conséquents. Je dois, cependant, souligner une chose : le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, nous a doté, il y a deux ans, de vingt ordinateurs ; à la suite de l’incendie qui avait complétement ravagé une de nos salles.

Concrètement quels sont les besoins du département d’Informatique ?

Actuellement, nos besoins se déclinent d’abord en termes de locaux, de salles de cours et de labos.

Actuellement, le Sénégal fait face à un déficit d’informaticiens formés. Il faut en former plus, donc, avoir des salles de cours et des labos pour les accueillir.

Je dois dire qu’il y a un fort intérêt pour les études en Informatique auprès des bacheliers. Au tout début, la section comptait douze étudiants, puis vingt. Aujourd’hui, nous sommes à soixante étudiants : des Sénégalais et des ressortissants de la sous-région africaine. Rien que pour ce nombre, nous n’avons pas assez de salles pour le contenir.

Une fois ce problème de locaux réglé, il faudra ensuite les équiper, en ordinateurs et autres moyens logistiques (routeurs, commutateurs, points d’accès, etc.). Il faudra également une infrastructure de Réseau local qui permette de partager des ressources.

L’informatique est un domaine d’étude qui nécessite une formation pratique. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’équipements pour des TP en Télécommunications. Il nous faut des serveurs pour les applications utiles aux apprenants, aux enseignements et aux chercheurs.

Enfin, nous avons un besoin d’enseignants. Aujourd’hui, l’informatique est un domaine transversal, qui concerne toutes les séries et tous les cycles d’étude, du primaire à l‘enseignement supérieur. Ici, nous ne sommes que quinze professeurs permanents, qui assurent les cours pour la formation en informatique pure et dure, mais également pour les formations dans les autres départements de la faculté.

Ces mêmes professeurs doivent s’occuper également des doctorants, de l‘encadrement des thésards, des étudiants en Master, en plus du travail administratif dont s’acquittent certains professeurs en tant que responsable de classe.

Les Tic contribuent à 8,7% au Pib. Le gouvernement entend porter ce taux à 10% à l‘horizon 2025. Est-ce que la section Informatique est associée aux plans de développement par les technologies, comme la stratégie « SN 2025 » ?

A ma connaissance, la section Informatique n’est ni associée ni impliquée dans ce plan stratégique.

Aimeriez-vous que la section Informatique soit associée ?

Mais bien sûr. Absolument. Nous sommes des enseignements avec l’envie et la volonté de participer au développement de notre pays, par la formation des jeunes.

Un informaticien, qui arrive dans n’importe quelle entreprise, est automatiquement recruté avec un salaire confortable. Nous, enseignants en Informatique, sommes des praticiens avec des savoir-faire que nous pourrions monnayer dans le privé. Nous avons plutôt choisi de participer à la formation des cadres sénégalais et africains. En cela, ce serait un bon appel d’air que nous puissions bénéficier d’un espace dans le Parc des technologies numériques de Diamniadio. Naturellement, ça devrait se faire, bien que, pour le moment, nous soyons dans l’expectative.

Entretien réalisé par Amadou Ba

(Source : Innovafrica, 18 mai 2018)

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