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Forums de discussions sur Internet : Un espace d’échanges ou de dénigrement ?

mardi 19 mars 2013

Usages et comportements

« C’est vilain ça ! Ils n’ont même pas de pudeur ; putes ; assoiffés sexuels ; imbéciles, etc. ». Les commentaires faits sur une photo publiée sur un portail web d’information de la place fusent de partout.

Les uns étant plus déplacés que les autres. Ils sont d’une inélégance qui dépasse les limites de la morale, quand bien même que choquant, la photo postée l’est également. De la même manière que ces mots injurieux sont laissés sous cette photo, le vocabulaire utilisé par certains internautes pour commenter l’actualité de manière générale reprise par certains sites et portails web sont souvent salaces et peuvent atteindre aussi bien le simple visiteur du site que la personne concernée jusque dans son amour propre. Ces forums de discussion sont comme des lieux de règlement de comptes qui échappent à tout contrôle des gérants de sites web. Des insultes s’y échangent au quotidien, malgré les mentions comme « aidez-nous à modérer les commentaires », qu’on peut lire à l’ouverture de certains sites. Ces insanités s’immiscent aujourd’hui dans le jargon de ces espaces de liberté. Elles sont en passe d’en devenir des parties intégrantes. Stars du show biz, hommes politiques, marabouts, citoyens célèbres et même le Sénégalais lambda, tout le monde y trouve son compte.

Et pourtant, internet n’est pas une zone de non-droit, a estimé Mamadou Ndiaye, enseignant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), spécialiste des technologies de l’information et de la communication. « Il est régi par des textes. Au Sénégal, il y a un arsenal juridique qui a été voté en 2008 pour organiser l’utilisation d’internet », explique-t-il. Pour lui, les internautes doivent être sensibilisés sur cela. « L’internet est une place publique. Donc tout ce qu’on ne peut pas dire sur la place publique, on ne doit pas normalement pouvoir le dire sur internet », ajoute-t-il. À son avis, la liberté d’expression ne donne pas l’autorisation de dire tout et n’importe quoi sur internet. Par ailleurs, note le spécialiste, l’administrateur du site web ou la plate-forme à l’obligation de moraliser les commentaires. « L’administrateur du site doit relire et filtrer tous les éléments postés pour savoir si oui ou non ils sont conformes à la charte du site », fait-il savoir.

Problème de modération

Mais, déplore M. Ndiaye, « la majeure partie des administrateurs de sites et plates-formes web préfèrent poster directement les commentaires. Même si quelques fois, ceux-ci ne portent pas sur l’article ou l’élément posté. C’est ce qui prouve nettement, poursuit-il, « qu’il n’y a pas de modération ». « C’est en quelque sorte une complicité, parce que ce laisser-aller contribue à augmenter le nombre de visiteurs. Et plus le nombre de visiteurs augmente, plus vous avez des cliques et donc des arguments pour négocier des contrats publicitaires. Même si on peut essayer de le comprendre, c’est dommage et c’est condamnable », se désole l’enseignant. Pour Amara Soumah, directeur de publication du site web « lapremiereminute.sn », c’est un problème de moyen humain qui se pose pour la plupart des sites web au Sénégal. Il estime que rares sont les sites qui ont les moyens de payer un modérateur qui s’occupe uniquement du filtrage des commentaires. « Il m’est arrivé d’être modérateur sur un site web. Je ne faisais que relire et supprimer les commentaires qui n’étaient pas publiables. Mais c’est un travail immense », reconnaît-il. Toutefois, souligne M. Soumah, pour ce qui est de leur site, il leur arrive de supprimer des commentaires qu’ils jugent injurieux ou qui peuvent porter atteinte à la moralité d’une personne.

Pour Ibrahima Lissa Faye, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (Appel) et promoteur du site « Pressafrik.com », ces injures, même si c’est une forme d’expression, sont déplorables. À l’en croire, il y a un travail qui devrait être fait soit en amont, c’est-à-dire relire et censurer les commentaires non publiables, soit en mettant en place un mot clés pour protéger les gens.

« À « Pressafrik.com », il y a un travail de modération qui se fait pour éviter ce genre de chose », rassure-t-il. Pour lui, même s’il y a des sites qui ont besoin de cela pour monnayer leur publicité, ce n’est pas un argument plausible pour lyncher d’honnêtes citoyens. « Mais, il y a un travail qui est en train d’être fait à notre niveau pour y apporter des solutions », précise-t-il.

Souleymane Diam Sy et Ndiol Maka Seck

(Source : Le Soleil, 19 mars 2013)

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