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Financement de 40 milliards de l’intranet gouvernemental : Le jeu de dupes de Beijing

mardi 17 février 2009

Transformation digitale

Les contrats que le gouvernement vient de finaliser avec la Chine, notamment sur le réseau de sécurité nationale, ne semblent pas aussi gagnant-gagnant, comme on a coutume de le dire. Du moins, plusieurs responsables de Pme du secteur des Tic au Sénégal, se plaignent de ce que seules des entreprises chinoises sont associées à ce marché qui va rapporter des milliards à la Chine.

Dans la foulée de la visite du président chinois au Sénégal, les deux chefs d’Etat se sont adonnés à une belle séance de cinéma, pour essayer de justifier aux yeux de leurs populations, l’utilité d’une visite en mal de justification. Car en fait, les accords de coopération paraphés à l’occasion de la présence de M. Hu Jintao au Sénégal, avaient déjà été signés entre le ministre d’Etat Abdoulaye Diop et l’ambassadeur Lu. Le seul accord vraiment nouveau pourrait être celui concernant la mise en place d’une Commission mixte commerciale et technique, entre le Sénégal et la Chine.

Si Le Quotidien revient aujourd’hui sur le sujet, ce n’est pas pour dévoiler la mascarade, mais plutôt pour dénoncer, comme on a eu à le faire à plusieurs reprises, le caractère scandaleux d’une coopération qui ressemble plus à une alliance entre le lion et l’antilope. Le dernier exemple étant les accords sur le réseau de sécurité nationale.

Des spécialistes sénégalais des nouvelles technologies dénoncent un accord qui n’a aucune retombée positive pour le pays. Sur le prêt de 40 milliards de francs Cfa accordé, quasiment rien ne restera au Sénégal, sinon des miettes. Et on paiera la somme au prix fort, parce que, pendant longtemps encore, ce projet fera fonctionner des Pme chinoises, qui vont s’arracher les travaux de maintenance du réseau.

Or, pour commencer, aucun ingénieur sénégalais n’a été associé à ce projet d’Intranet national, sinon peut-être le seul conseiller du président de la République en matière de Technologies de l’information, M. Thierno Ousmane Sy, qui est le véritable maître d’œuvre de ce projet. Or, ce dernier qui connaît la situation des start-up sénégalaises, sevrées de marchés d’envergure, n’a pas jugé bon de les associer. Ou peut-être que ses partenaires chinois ne lui en ont pas laissé le loisir, selon le principe de qui commande paie.

Cela a conduit à des aberrations comme le refus d’utiliser le réseau de fibre optique installé par la Sonatel. Or, ce réseau est déjà sous-utilisé, du fait de la faiblesse du nombre d’abonnés au téléphone fixe et à Internet. De plus, même s’il était déjà bien utilisé, la fibre optique offre cette possibilité de faire passer plusieurs réseaux de données sur un même câble, sans qu’il n’y ait une interférence d’aucune sorte. D’ailleurs, les performances de la fibre optique sont telles que, sur le réseau électrique de l’Omvs qui transporte le courant électrique de Manantali vers les installations de la Senelec, la Sonatel utilise les câbles de l’Omvs pour les besoins de son réseau téléphonique. Parce que le réseau de Manantali utilise la fibre optique et, ni la Sonatel ni l’Omvs n’ont jamais eu à se plaindre de ce partenariat, véritablement gagnant-gagnant.

Les milliards de la maintenance

Or, ici, les Chinois de la compagnie Zte, qui ont gagné ce marché - encore une fois, sans appel d’offres- ont préféré faire creuser d’autres excavations, pour installer leur réseau à eux. C’est sans doute rien à ce niveau que le Sénégal aura un peu profité de l’argent des Chinois, dans les salaires qui ont été payés aux ouvriers sénégalais qui ont creusés les fosses et installé les câbles. Les spécialistes des Tic pensent néanmoins qu’il n’est pas trop tard pour que le gouvernement fasse ce qui est juste en associant les nationaux à la maintenance de ce réseau de sécurité nationale.

« Le matériel installé demandera une maintenance constante. Il faudra certainement, à plus ou moins long terme, changer des switches, renouveler des routeurs, etc. c’est un marché qui se monte à des milliards de francs », indique un ingénieur. Ce dernier juge anormal que tout cela soit laissé aux mains des Chinois, sans compter les questions de sécurité nationale, qui seront confiées à des mains étrangères.

Ce que demandent les experts nationaux devrait être facilement accepté par les autorités chinoises, si le gouvernement sénégalais est suffisamment ferme pour s’imposer à ses partenaires. Il suffirait de rappeler aux Chinois que dans les contrats que leur pays signe avec les partenaires étrangers, il impose toujours des clauses de transfert de technologie et de création d’emplois. Toutes les entreprises occidentales qui s’établissent en Chine sont obligées de se mettre en joint-venture avec des sociétés chinoises, et de faire du renforcement des capacités locales. 40% des montants du contrat doivent aller à des sous-traitants locaux. Pourquoi les Chinois s’attendraient-ils à ce que le Sénégal soit moins exigeant envers eux qu’ils ne le sont avec leurs partenaires occidentaux ? Après tout, ils ne nous font pas de faveur, car c’est un prêt qui nous est accordé.

Déjà, en plus de ce réseau de sécurité nationale, on leur a très facilement accordé le marché du transport urbain, au détriment de l’Inde. Là également, ce sont des milliards de francs qui sont en jeu. Sans compter la possibilité, si leur matériel est performant, de conquérir d’autres marchés de la sous-région. Ce qui n’est pas négligeable, et mérite une certaine compensation.

Car après tout, ce réseau de sécurité nationale installé par les Chinois, avait-on vraiment besoin de le réaliser à cette dimension ? Beaucoup de spécialistes en doutent. Plusieurs considèrent qu’il suffisait de consolider les réseaux existant de l’Administration. C’est là une mesure d’efficacité, et qui aurait coûté beaucoup moins cher.

M. Guèye

(Source : Le Quotidien, 17 février 2009)

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