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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2012 > Juin > Facebook, superstar au Nigeria

Facebook, superstar au Nigeria

mercredi 20 juin 2012

Usages et comportements

Quels que soient les milieux, la passion pour le réseau social ne discrimine pas. C’est le point de rencontre des amoureux, des offreurs et consommateurs de services, d’un public politisé et bien plus encore.

Il y a tant d’activités qui se passent sur Facebook qu’Oyinlola Ajayi, une étudiante de droit de 21 ans, a du mal à imaginer sa vie avant son abonnement au réseau social populaire.

« J’ai rencontré l’une de mes meilleures amies sur Facebook, dit-elle. C’est une Sud-africaine et j’ai hâte d’aller en Afrique du Sud pour enfin la rencontrer. Quand j’ai une mauvaise journée, je lui en parle. C’est facile de me confier à elle. »

Facebook est aussi un outil politique important

Oyinlola a aussi rencontré un petit ami sur Facebook, il y a quatre ans, mais l’histoire n’a pas duré. C’était un Nigérian domicilié en Angleterre. Quand il est rentré au Nigeria pour les vacances, l’occasion de rencontrer Oyinlola pour la première fois, les attentes étaient trop élevées.

Ce n’est pas la première fois qu’une relation ne survit pas en dehors de l’environnement contrôlé de Facebook. Trop souvent, une sélection délicate se fait avant que quoi que ce soit y soit posté ; tout le monde y est un peu plus beau, un peu plus gentil.

Mais au-delà des rencontres personnelles, Facebook est aussi un outil politique important. C’est sur ce réseau que le président nigérian Goodluck Jonathan a annoncé sa candidature à la présidentielle d’avril 2011). Une première dans l’histoire politique de cette jeune démocratie d’à peine une douzaine d’années.

La page du président compte à peu près 720.000 de « likes » (j’aime). D’autres politiciens nigérians ont suivi l’exemple. Babatunde Fashola, le gouverneur populaire de Lagos, compte 260.000 d’amis entre ses deux sites. Le président américain Barack Obama, parmi les premiers à exploiter le pouvoir des réseaux sociaux à des fins politiques a presque 27 millions de « likes. »

« Je ne pense pas que les activités des Nigérians sur Facebook diffèrent fondamentalement des activités d’autres utilisateurs du réseau social à travers le monde », remarque Abasiama Idaresit, un conseiller qui aide les petites et moyennes entreprises à optimiser leur présence en ligne.

Boom réciproque avec le marché des « smartphones »

« La différence, dit-il, c’est que la grande partie des Nigérians accèdent à Facebook via leur téléphone portable, parce qu’ils n’ont pas d’ordinateurs. »

L’afflux de téléphones portables avec connectivité Internet permet de plus en plus de personnes défavorisées de participer au phénomène qui s’était longtemps limité aux jeunes universitaires.

A la différence de Twitter qui fait également sensation au Nigeria, mais qui demande un exercice de synthèse et qui prône aussi un échange d’idées, Facebook est un réseau social multifonctionnel qui s’ajuste à son utilisateur.

Ceci explique sa popularité, mais dans un pays de 167 millions d’habitants où un ordinateur est un objet de luxe, des téléphones et même des forfaits piratés rendent Facebook de plus en plus accessible sur le plan financier.

Alexa, une compagnie qui étudie le comportement d’internautes nous apprend que Facebook est le site le plus visité au Nigéria. D’ailleurs, la marque Facebook est tellement populaire qu’une garderie et une école primaire situées au cœur de la capitale économique de Lagos ont piqué le nom de la compagnie de la Silicon Valley.

Mais le succès de Facebook n’aurait pas été aussi fulgurant sans la prolifération de téléphones portables avec connectivité Internet.

Facebook à moindre frais

Selon l’ITU (International Telecommunications Union), la plupart des 44 millions d’internautes nigérians surfent le Net à partir de leur téléphone portable. Des copies piratées de ces téléphones avec connectivité Internet, dits smartphones, viennent de l’Inde et de la Chine et menacent les affaires des importateurs de téléphones de marque. Mais, en même temps, ils mettent les smartphones à la portée d’un plus grand nombre de personnes au Nigeria où la majorité survit avec moins de deux dollars par jour.

Iya Ruka, une femme dans la cinquantaine qui gagne moins de 50 dollars parle à peine l’anglais. Cependant, cela ne l’empêche pas de s’intéresser à Facebook. Elle a acheté un téléphone d’occasion qui lui permet de surfer sur le Net : une fonctionnalité qu’elle n’a encore jamais utilisée. Plus que toutes les autres icônes, c’est celle de Facebook sur sa page d’accueil qui la fascine.

A Lagos, la capitale économique, on peut obtenir un smartphone pour une somme d’environ 40 dollars, et encore moins s’il s’agit d’un téléphone d’occasion. Selon une étude de Informa Telecoms & Media, à peu près 6% des téléphones au Nigeria sont des smartphones. Ceci dans un pays avec plus 90 millions de lignes mobiles.

Pour activer un compte Facebook, il faut ensuite s’assurer une connexion Internet. En théorie, le forfait Internet moyen coûte 10 dollars le mois, mais même cette somme peut diminuer dans une ville où le besoin de rester connecté a engendré toute sorte d’innovations.

« Ici, dans le marché, il y a des gens qui peuvent configurer le téléphone pour que le client puisse avoir une connexion moins chère », explique David Udom, un vendeur de téléphones portables dans un marché électronique populaire de Lagos.

« Ils paieront toujours une somme mensuelle aux grandes compagnies de télécommunications mais ce sera une somme bien moins élevée. »

En tout temps, les marchés d’électroniques tels que Computer Village dans le quartier d’Ikeja ou les petits magasins sur la rue Saka Tinubu du quartier de Victoria Island, où David vend une panoplie de smartphones, grouillent de monde.

Bien souvent, il s’agit simplement de pratiquer un petit « voyeurisme » sur les amis présents sur Facebook.

« Je veux payer une connexion Internet pour pouvoir aller sur Facebook et regarder les photos. C’est tout », explique Iya Ruka, qui s’ennuie parfois à la poissonnerie où elle travaille.

Yinka Ibukun

(Source : Slate Afrique, 20 juin 2012)

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