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Dr. Labaly Touré, fondateur Geomatica : « Le premier drone aux couleurs du Sénégal volera dans trois ou quatre mois »

vendredi 16 août 2019

Portrait/Entretien

Docteur en Géomatique, le Sénégalais Labaly Touré, fondateur et directeur de la startup Geomatica, revient dans cet entretien sur l’importance de cette discipline peu connue du grand public, et annonce la création de drones « Made in Sénégal » sous peu.

La géomatique est très peu connue au Sénégal. Que renferme cette discipline ?

La géomatique, pour faire simple, est un ensemble de disciplines qui consistent à donner une information localisée sur l’espace terre à travers des coordonnées géographiques. Autrement dit, la géomatique, c’est une information géolocalisée. Aujourd’hui, par exemple, Google Earth, Google Maps, les services météorologiques etc., font de la géomatique. Donc il s’agit de toutes ces disciplines où l’on collecte des informations géographiques, les stocke, les diffuse sur des supports numériques ou papier et qui servent à la prise de décision.

Concrètement, comment opère votre structure Geomatica ?

Geomatica est spécialisée dans les données géospatiales. Concrètement, nous essayons de voir dans quelle mesure pouvons-nous développer des outils qui aident à la prise de décision au niveau des territoires. C’est notamment le cas de la cartographie des ressources naturelles. Nous disposons également d’outils qui permettent de suivre les ressources foncières, de développer le web mapping, des plateformes sur lesquelles celles-ci peuvent être géolocalisées. Nous offrons également des formations via un Centre de recherche et de développement. Donc Geomatica, en résumé, est un centre d’expertise, de recherche et de formation au service du développement.

A quoi cela sert de cartographier les terres, les sources d’eau, etc. ?

Titulaire d’un Doctorat en Géomatique, je ne pouvais rester insensible à toute cette demande des autorités et des populations. Outre cet aspect-là, il existe de multiples possibilités que la géomatique peut offrir à notre pays.

Avoir la cartographie des terres, des points d’eau, etc., aide à la prise de décision et appuie justement les décideurs pour la maîtrise des ressources de notre pays. Ce qui est fondamental, puisque ne pas connaître son territoire, c’est prendre le risque de s’aventurer dans des décisions aux conséquentes néfastes.

Airbus fait partie des partenaires de Geomatica. Bénéficiez-vous du même égard de la part de structures publiques et/ou privées sénégalaises ?

Au Sénégal nous n’avons pas encore un réel accompagnement. Etre une entreprise sénégalaise, donc d’Afrique de l’Ouest et de bénéficier du soutien d’Airbus, un des leaders mondiaux dans le domaine spatial constitue une une très bonne garantie et cela nous donne une plus grande visibilité. Airbus a compris l’enjeu et les perspectives que Geomatica peut engendrer. Nous attenons que les institutions publiques ou privées, en tout cas locales, en fassent autant.

Se fier aux satellites étrangers pour avoir des données de géolocalisation ne constitue-il pas une menace quant à leur sécurisation et la souveraineté numérique de nos Etas ?

Je dois dire que nos Etats africains sont quelque peu obligés de se rabattre sur des entités étrangères. Si je donne l’exemple de la météo, les informations proviennent de données satellitaires, alors que le Sénégal ne dispose pas de satellites.

Ces satellites nous fournissent des données à la base. Et c’est à partir de celles-ci que nous collectons l’information géospatiale utile. Donc, pour nous il n’y a pas de problème à ce niveau. Ces satellites étrangers, qui existent déjà, constituent des raccourcis importants avec des images de haute résolution. Nous gagnons ainsi du temps, économisons des ressources, puisque nous avons des vues aériennes à tout instant, qui nous donnent en temps réel des informations qui aident à la prise décision. A notre niveau, nous analysons les images satellitaires à grande échelle que nous transformons en des données micro, c’est à dire des informations utiles au niveau local (villes, quartiers, collectivités locales, etc.).

Geomatica compte fabriquer des drones « Made in Sénégal ». Où en êtes-vous avec ce projet novateur ?

Il s’agit d’un projet qui avance très bien. Il est à 70% d’exécution. A Geomatica, nous disposons déjà de beaucoup de drones pour réaliser des cartographies, recueillir des informations dans notre travail. Nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas en utiliser pour régler des problèmes locaux, notamment celui des eaux stagnantes durant l’hivernage ? » C’est de là qu’est partie l’idée de vouloir concevoir nos propres drones qui permettront de désinfecter les zones d’eaux stagnantes pour lutter contre les moustiques qui causent le paludisme. C’est donc cela le projet de drones « Made in Sénégal » qui sera monté ici. Dans un premier temps, ils seront utilisés pour lutter contre pulvériser les zones à moustiques. Et on espère que le premier drone aux couleurs du Sénégal volera dans trois ou quatre mois.

Entretien réalisé par Amadou Ba

(Source : InnovAfrica, 16 août 2019)

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