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Accueil > Ressources > Points de vue > 2004 > De l’outil à l’usage : les batailles pour le contrôle des autoroutes de (…)

De l’outil à l’usage : les batailles pour le contrôle des autoroutes de l’information

samedi 4 septembre 2004

Extraits du texte « A propos de l’idéologie dominante de notre époque. La communication comme idéologie. » présenté à la rencontre L’Afrique et les Nouvelles Technologies de l’Information, Genève, 17-18 octobre 1996

Résumé :

L’interconnexion des réseaux informatiques implique la mise en oeuvre de moyens organisationnels, matériels et donc financiers lourds. Les questions relatives au coût de la construction de ces moyens, à l’organisation de l’accès, à leur usage et donc à leur contrôle, sont de plus en plus importantes. Samir Amin analyse la bataille autour du contrôle des moyens techniques des autoroutes de l’information et pose la question du rôle des Etats et des services publics face au pouvoir des multinationales. Bien que les NTIC risquent d’approfondir la polarisation entre les centres et les périphéries, l’auteur estime que l’organisation et le contenu des autoroutes de l’information dépendront d’abord des formes d’appropriation des techniques par le public et qu’il tient aux usagers de créer les conditions pour qu’elles soient socialement utiles.

Le contrôle des moyens techniques

La bataille pour le contrôle des moyens en question se déploie dans deux dimensions, l’une principalement nationale, l’autre mondiale. Au plan des Etats (ou groupes d’Etats étroitement associés comme veulent l’être ceux de l’Union Européenne) le choix est le suivant : à supposer que la production et le stockage des informations soit plus ou moins libre (c’est-à-dire non censuré par autre chose que les coûts, notamment financiers, qu’ils impliquent), leur transmission doit-elle être assurée par un service public (comme la Poste), ou par des entreprises privées, ou par la combinaison des deux à préciser ? Cette transmission doit-elle être aussi libre que possible, ou soumise à des conditions (éthiques, ou même politiques et autres) à préciser ? L’esprit du temps pèse plutôt en faveur de la solution du marché libre, bien entendu. L’information est alors traitée comme une marchandise, sa transmission comme un service marchand, soumis aux lois du marché. Celles-ci détermineront alors qui peut y avoir accès, c’est-à-dire payer le prix de la marchandise et du service. En amont, le choix des consommateurs par le portefeuille déterminera ceux des savoirs et informations utiles à collecter (ceux qui sont vendables) et ceux qui ne le sont pas. Les critères du service public, par contre, pourraient modifier la composition du bloc des consommateurs, répartir différemment la couverture des coûts et s’imposer des critères de choix qui garantissent mieux l’égalité dans l’accès (ou la moindre inégalité) et les conditions de son usage démocratique (l’objectivité, le pluralisme, etc.).

L’importance des enjeux est telle que les grandes multinationales y voient la source potentielle de profits financiers majeurs. Déjà l’ensemble des activités économiques regroupées sous les titres de l’informatique, des télécoms et de l’audiovisuel, représente 8 à 10% du PIB mondial, plus que l’automobile. Cette proportion est appelée à grandir, et vite, puisque déjà trois salariés sur cinq dans le monde se servent de technologies qui impliquent l’informatique. Or jusqu’à présent, les domaines de la communication restent largement - bien qu’inégalement d’un pays à l’autre - soumis à des réglementations légales et sont gérés par des services publics. L’offensive du capital privé, mobilisant à cet effet ses thèmes préférés bien connus (l’efficacité du privé, etc.), vise simplement à obtenir la déréglementation lui permettant de s’approprier des profits juteux en perspective. Rien de plus.

Au plan mondial, le problème est celui de savoir si les frontières d’Etat doivent être abolies pour permettre aux capitaux privés et éventuellement publics d’étendre leurs opérations à l’échelle mondiale, ou si les Etats partenaires doivent être les maîtres du jeu dans ce domaine. La solution préconisée par les courants politiques et idéologiques dominants, la déréglementation mondialisée, est certainement catastrophique pour la majorité des pays du monde (en fait pour le monde entier au delà des Etats Unis/Canada, de l’Union Européenne et du Japon). Car aucun des Etats en dehors des centres mentionnés, ou des groupes capitalistes privés qui relèvent de leur juridiction, ne serait capable sur leurs propres terrains de concurrencer les multinationales américaines, japonaises et européennes. Or le marché dont celles-ci se préoccupent n’est guère que celui représenté par 20% de la population mondiale (la majorité dans les centres, la minorité dans les périphéries dynamiques, une minorité négligeable dans les zones marginalisées) qui concentrent 80% de la consommation mondiale...

Mais il y a plus grave encore. A supposer même que l’option service public l’emporte dans tous les centres et les périphéries dans l’organisation du marché -ou alors pseudomarché - de l’information et de sa transmission, cela ne constitue pas une garantie de correction des déséquilibres à l’échelle mondiale. Dans les périphéries, les services publics qui seraient chargés ici également de la gestion des communications, seraient démunis de moyens. Les entreprises privées et même les services publics des pays du centre pourraient alors agir de concert sur les terrains fragiles de la périphérie pour les mettre en coupe réglée et en tirer des profits juteux. Dans ce domaine comme dans les autres la tendance naturelle du capitalisme mondialisé à produire, reproduire et approfondir la polarisation ne peut être combattue efficacement que par l’organisation d’interdépendances négociées et réglementées. Cela implique des actions systématiques concertées dans tous les domaines permettant en particulier l’organisation de transferts de capitaux des centres vers les périphéries, affectés à la construction des infrastructures nécessaires...

L’appropriation publique des techniques

Le progrès technique, l’invention de nouvelles technologies sont certainement toujours par eux mêmes souhaitables ; mais la distinction entre l’outil et l’usage qu’on en fait demeure essentielle. Le déroulement de l’histoire n’est pas commandé directement par le progrès technique, l’histoire est davantage celle de la lutte pour le contrôle des usages de ces techniques, qui est finalement un aspect de la lutte sociale, des luttes de classes et des luttes de nations entre autre. Il faut donc créer des conditions pour que cet usage serve le progrès de la société, la libération des individus et des peuples. Fort heureusement ceux-ci existent et agissent, pas toujours comme les forces dominantes du système l’auraient désiré. Le téléphone avait été inventé pour permettre d’écouter l’opéra sans se déplacer, dit-on. Le public s’en est approprié pour faire bien d’autres choses. Le Minitel a lui aussi été approprié par le public, pour le meilleur et le pire. On ne savait pas trop à quoi le fax pouvait être utile, paraît-il, et sa mise au point a été retardée longtemps pour cette raison. On sait ce qu’il est advenu. Le succès de ces médias discrets doit renforcer notre optimisme : les peuples, les usagers, peuvent conquérir la maîtrise de l’outil et le mettre au service des stratégies qu’ils veulent développer dans les champs de leur choix. Mais si dans le cas des médias discrets des acquis ont pu être conquis sans intervention organisée, il n’en est pas de même avec d’autres outils de la communication qui exigent que la bataille autour de leur usage soit collective, fortement organisée et politique : mettre la télévision au service de la démocratie en est un bel exemple. De même, organiser l’accès aux autoroutes de l’information, imposer une distribution des services acceptable et utile socialement aux échelles nationale et mondiale constituent aujourd’hui les enjeux des batailles à mener...

Samir Amin
Fondation Tiers Monde, Dakar

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